30/08/2015

Climat- Combattre le sentiment d'impuissance !

 

Nicolas Hulot, envoyé spécial du Président Hollande, reprend une formulation de Barack Obama, disant que nous sommes la première génération qui a conscience de sa vulnérabilité et la dernière qui a la faculté d’éviter que son destin lui échappe. Personne n’aime les mauvaises nouvelles et c’est un facteur fort dans la difficulté à sensibiliser à la réalité des dangers, a souligné Jacques Mirenowicz, rédacteur de La Revue Durable, lors de l'assemblée récente de l'association "Grands-parents pour le climat". Il nous coûte d’abandonner l’idée que la terre est corvéable à merci. Aux Etats-Unis, la moitié du pays résiste bec et ongles à toute idée que l’homme est responsable des changements majeurs que nous vivons (notion  d’Anthropocène, à savoir que l’activité humaine sur la planète a un poids « géologique »). Pourtant, note Hulot, les plus climato-conscients aux USA sont les militaires, peu suspects d’être des « greenies » (écologistes naïfs).

 

Aujourd’hui, la pertinence des conclusions du GIEC n’est plus contestée : les faits sont les faits - et, comme le disait un politique éclairé, si chacun a droit a son opinion, chacun n’a pas droit à ses propres faits ! Convaincu que c’est l’enjeu principal de l’époque, le très respecté The Guardian milite pour cette cause. Le 14 août, il publiait les noms de 1'000 médecins (dont des Suisses) s’associant à sa démarche au nom des effets délétères du réchauffement  pour la santé. Parmi les directions à suivre : 1) s’engager à laisser sous la terre les 75-80% des ressources non renouvelables qui y sont encore ; 2) désinvestir massivement le domaine des énergies non renouvelables.

 

 La reddition devant la difficulté à changer, voire le paresseux « Cela a bien été jusqu’ici, cela ira bien encore quelque temps », ne sont pas des options acceptables. A propos des voies à suivre, une remarque : les ressources non renouvelables ont souvent au cours de l’histoire  été des facteurs de guerre, tandis que la promotion des énergies renouvelables a un vrai potentiel de facteur de paix.

 

 

 

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23/08/2015

C'est ainsi que les hommes meurent

 

 

 

A propos du livre de ce titre du Dr Jean Leonetti (Editions Plon/Tribune libre 2015).

 

Le cardiologue Jean Leonetti a donné son nom à la loi du 22 avril 2005 relative aux droits des malades et à la fin de vie, principal document législatif traitant de cette problématique en France. A quoi il faut ajouter le Rapport de décembre 2012 de la Commission de réflexion présidée par le prof. Didier Sicard - mais qui n’a pas valeur légale. Le rapport Sicard décrivait  comment « on meurt mal en France aujourd’hui ». Plusieurs observateurs toutefois relèvent que, si les dispositions de la loi Leonetti étaient appliquées, la situation serait nettement plus satisfaisante ; parce qu’on renoncerait vraiment à l’obstination médicale déraisonnable, on traiterait mieux la douleur, on prodiguerait la sédation profonde.

 

Le Dr Leonetti publie un ouvrage sur la mort, le mourir et, en contre-chant, la vie. Panorama substantiel de ce que la réalité et l’inéluctabilité de la mort, les idées ou craintes qui y sont liées, a suscité chez les philosophes, les doctrines religieuses, les écrivains. En abordant les questions très actuelles posées dans la pratique et l‘éthique médicales. J'ai été intéressé d’approcher ainsi les positions d’un confrère qui a beaucoup influencé la pensée en France. Plusieurs éléments de doctrine qui valaient jusqu’ici comme intangibles devraient pouvoir être discutés, aménagés sur certains points - en rapport avec la réalité que le tableau général de la maladie et du mourir, et donc la pratique de la médecine, ont profondément changé. Changements qui, couplés à la promotion des droits des patients, notamment le respect de leur autonomie, demandent de sérieux réexamens : vis-à-vis de la douleur et de sa prise en charge, de la maladie terminale, des souhaits et déterminations propres des malades, y compris s’agissant de refus de mesures médicales (supplémentaires) et d’aide à soulager une agonie.

 

Ce qui est remarquable dans « C’est ainsi que les hommes meurent », c’est la dimension réaliste, pondérée, attentive à la vie des gens, des positions de l’auteur : on n’y trouve pas un certain côté militant conservateur, voire simpliste, qu’on aurait pu imaginer ; chez une personnalité qui aurait pu vouloir souligner de manière combative  la « différence »  ou  l’ « exception » française, par rapport notamment aux positions anglo-saxonnes plus libérales. Cela pourrait confirmer que, si ce qu’il promeut était généralement appliqué,  dès aujourd’hui on mourrait moins mal en France.

 

En fait, et c’est un médecin suisse impliqué en bioéthique qui l’écrit, si ce qui est présenté dans ce livre était mis en œuvre, la réalité pratique ne serait pas aussi différente, entre la France et la Suisse par exemple, qu’on pourrait le penser en lisant les fortes prises de positions de ténors politique et sociétaux, vouant aux gémonies toute éventualité d’admettre dans certains cas une assistance au suicide.  Regrettable d’en parler de manière manichéiste alors que, en réalité, la vie, le mourir, la médecine ne sont jamais en noir ou blanc, mais sont faits de continua de nuances de gris.

 

Une citation : « Les médecins génèrent quelquefois des situations de survie qui apparaissent insupportables pour les sujets qui les subissent et leur entourage. Cette remise en cause de l’action médicale déstabilise le monde des soignants, à qui il faut apprendre  ou réapprendre à s’abstenir de toute action et à mieux  prendre en compte la volonté du malade. » C’est l’acception actuelle de l’adage médical ‘D’abord ne pas nuire’.  

 

Le livre bénéficie d’une préface de Robert Badinter, ministre dela Justice qui a fait abolir la peine de mort en 1981.  « Je pense, écrit-il, qu’il est temps que, dans les Déclarations des droits humains, soit inscrit le droit à ne pas souffrir, avec comme corollaire le droit aux soins palliatifs et à la sédation profonde ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

07/08/2015

Nature en crise - L'écologie est forcément politique

 

 

 

 

 

 

 

A propos de

 

Nature en crise – Penser la biodiversité

 

Vincent Devictor

 

Paris : Seuil, 2015, 358 pages

 

Vincent Devictor est chargé de recherches à l’Institut des sciences de l’évolution de Montpellier, ses travaux sur la dynamique de la biodiversité  retiennent l’attention. II publie un substantiel ouvrage sur ce sujet. Présentation large de que qu’il faut entendre par biodiversité et des réflexions et travaux sur cette question au cours du temps -  essentiellement depuis la fin du XIXe siècle jusqu’aujourd’hui.

 

Ce livre très bien informé, fourmillant d’indications historiques et scientifiques, a cinq chapitres. Le premier, « Une crise du vivant », brosse un résumé de l’histoire  de la vie sur la Terre, montrant pourquoi nous sommes actuellement à un moment de crise. Parmi beaucoup de sujets, il discute la notion d’Anthropocène : par quoi on veut dire un effet de l’Homme sur la planète et ce qui y vit qui peut se comparer aux périodes géologiques classiques, bien qu’elle se déploie dans un temps beaucoup plus court. Le deuxième chapitre est consacré à l’éthique nouvelle impérativement nécessaire. Ceci en soulignant que la problématique écologique  doit être considérée dans le cadre de la société en général et que, s’agissant de prendre des mesures correctrices, il est simplement indispensable d’être en lien avec le champ politique.

 

On sera intéressé par la discussion des thèses et objectifs des deux doctrines principales que sont la préservation et la conservation : cette dernière ayant un but général de bonne gestion/gouvernance de l’environnement,  l’objectif de la première étant la sauvegarde, sur la prémisse d’une valeur intrinsèque attribuée à la nature et ses composantes – avec les conséquences  philosophiques et éthiques y relatives. Les figures historiques principales de ces deux visions, qui connaissent leurs conflits, sont aux Etats-Unis John Muir (1838-1914), préservationniste qui veut protéger la wilderness, et le forestier conversationniste Gifford Pinchot (1865-1946).

 

Les chapitres 3 et 4 sont techniques voire mathématiques : aspects auxquels il faut s’attacher dans la mesure où plusieurs notions importantes dans le domaine traité sont en fait difficiles à cerner et à définir, entre autres parce qu’elles  admettent des modalités d’approche différentes. Le dernier chapitre discute le lien avec la politique au sens large (« l’absence de rupture entre savoir scientifique et enjeux politiques »). En particulier les différentes démarches (conférences etc.) et réalisations (conventions , lois) intervenues au cours des décennies – malheureusement sans que les progrès enregistrés soient à la hauteur des paroles et des écrits. Un appareil de notes rend compte de l’importance de la bibliographie pertinente.

 

Cet ouvrage est bienvenu comme une présentation très complète de ce qu’il faut entendre par biodiversité et sa sauvegarde :  sur l’état de la science (des connaissances), sur les directions stratégiques envisageables et sur les besoins d’actions conjointes, localement et globalement - rassemblant le biologique, le social, l’économique, le politique. La nécessité d’une éthique nouvelle et d’un développement durable sont discutés. « Investir les problèmes de  biodiversité, c’est investir l’imprégnation réciproque entre faits et valeurs. Personne ne dit que c’est facile. Mais il se trouve que c’est nécessaire et passionnant. (…) Quoi qu’il en soit, les sciences de la biodiversité bousculent les étanchéités souvent admises ou défendues entre science, politique et société. »