10/09/2015

Courir, bon pour le corps et pour l'esprit

 

 

A propos de :

 

Nicolas Duruz

Dis-moi pourquoi tu cours

Ed. Médecine et Hygiène, Genève, 2015, 117 pages.

 

Nicolas Duruz, psychologue et psychothérapeute, est professeur honoraire de l’Université de Lausanne. A près de soixante ans, il a découvert la course à pied et en est devenu un praticien engagé. Douze ans plus tard, il raconte ses expériences de coureur. Ce petit ouvrage m’a vivement intéressé dans la mesure où, durant vingt-cinq ans, j’ai beaucoup couru, des courses de grand fond notamment (marathons, 100 km de Bienne). Et bien sûr, quand deux coureurs se rencontrent (même par livre interposé), la discussion est nourrie. Le vécu/ressenti qu’il décrit, que ce soit au plan psychologique ou physique, m’a beaucoup parlé.

 

Deux parties à l’ouvrage . La première décrit plusieurs « états du corps » que peuvent connaitre les coureurs de fond. La deuxième présente et discute 16 une typologie de l’expérience de courir, en quatre types : contactuel, performant, collectif et motivé (l’auteur court contactuel, j’ai couru plutôt performant-collectif).

 

Posée à un coureur à pied régulier, une question fréquente est « Mais qu’est-ce qui vous fait courir ? ». Pour se sentir vivre, améliorer sa forme physique, perdre du poids, aller au bout de soi-même ? Etc… Duruz à ce sujet : « J’ai réalisé que j’en apprendrais sûrement davantage si je posais la question du ‘Comment courez-vous ?’, si je cherchais à comprendre le pourquoi par le détour du comment. » Ci-dessous des pièces de son propre témoignage.

 

Sur les débuts. « M’extirper de mes activités professionnelles en cherchant à me changer les idées, voilà probablement ce à quoi j’aspirais. J’y ai pris goût, puisque douze ans plus tard je continue à courir, participant chaque année à six ou sept courses populaires. »  « L’expérience de courir s’est progressivement invitée dans mon existence comme une métaphore du bien-vivre. »

 

La pratique et les pensées qu’elle suscite. « Je cherche à courir en ménageant et en respectant mon corps, cet ami qui me met en lien avec autrui et le monde. En courant, je cherche à découvrir et expérimenter le neuf de chaque instant. »

 

« Quand je cours, c’est toujours une grande fête pour les sens. Quel bonheur de découvrir à la fin de l’hiver les premières primevères (…) Le paysage qui défile devant moi ne cesse de me solliciter, comme si j’étais assis dans un train, à ceci près qu’un corps en mouvement se trouve encore davantage stimulé. »   

 

« Un autre vécu m’anime aussi lorsque j’aborde certaines pentes. Je me dis volontiers : Ici, ‘c’est ici, là-bas, c’est là-bas’, ou ‘Maintenant, c’est maintenant ; après, c’est après’. Je suis simplement ici, maintenant ». Clairement, ce vécu va dans le sens de la méthode dite pleine conscience (mindfulness), de plus en plus souvent évoquée et pratiquée.

 

Le temps qu’on prend, qu’on se donne. « J’aime  courir parce que c’est un moment où j’essaie de prendre du temps … pour ne pas courir. Paradoxalement,  je dis volontiers  que c’est le moment où je cours le moins dans la vie. Quand je cours, je cherche à privilégier l’expérience du temps qui dure, sans souci premier d’un début et d’une fin.»

« Courir en vivant une certaine routine plutôt qu’un perpétuel changement - installant de l’éternité dans le moment présent. Courir sans avoir à penser l’acte qui va suivre. »

 

Des réflexions surviennent sur la vie qui s’écoule et sur la mort. « Je dois avouer que la pensée de gestes accomplis dans ma vie pour la dernière fois [y compris telle ou telle course] ne m’est pas étrangère. La perspective  de devoir un jour tout arrêter, pour une raison ou une autre, se profile dans mon esprit. Comment puis-je l’accepter ? Vais-je me contenter de mes beaux souvenirs ? (…) Je sens bien au fond de moi que toutes ces rêvasseries sont nourries par des pensées sur la mort. Courir pour se sentir vivant jusqu’à la mort ?»

 

Un ouvrage ramassé, facile et agréable à lire, qui intéressera toutes celles et ceux qui pratiquent le jogging ou le running avec une certains régularité.  Bien que ce ne soit pas un de ces manuels techniques avec plans d’entraînement et conseils nutritionnels ou de santé, il offre de multiples occasions de comparer sa propre expérience avec celle de Nicolas Duruz ;  ce qui a pour le lecteur  une utilité pratique et contribue à cette convivialité/confraternité que vivent beaucoup d’adeptes de la course.

 

Commentaires

Oui, ça me parle, puisque je cours deux fois par semaine durant une heure et depuis environ 5 ans.
Mais...
J'ai beau tenir compte de tous les avertissements, mon corps se rebelle.
D'abord les lombaires, puis les genoux et enfin les tendons d'Achille.
J'ai opté pour les bare-foot running shoes qui ont presque réglé les deux premiers problèmes en transposant le poids du corps sur l'avant et en sollicitant plus la musculature que le squelette.
Seulement voilà, la conséquence s'est immédiatement répercutée sur les tendons et les mollets.
Et je suis évidemment devenu accroc à cette méditation de pleine conscience.
Parfois je m'interroge sur notre besoin de sport. Ne serait-il pas plus simple de s'économiser ?
J'ai pris le parti de me bouger le cul pour pouvoir continuer à m'adonner à mes penchants jouisseur sans devoir augmenter les doses.
J'ai envoyé ma recette sur le blog de Gilbert Salem.
http://salem.blog.24heures.ch/archive/2015/07/25/l-instinct-guerrier-de-nos-petiots-859356.html

Écrit par : Pierre Jenni | 18/09/2015

Merci beaucoup pour ce commentaire. Vous avez raison, un sport donné ne correspond pas à chacun. Et je regrette bien sûr que la course à pied s'avère ne pas être votre tasse de thé. Meilleurs messages.

Écrit par : Jean Martin | 23/09/2015

Les commentaires sont fermés.