02/02/2016

Pour une laïcité de raison et pas d'agression

Dans un texte récent sur la laïcité, Pierre Kunz, président de l'Institut national genevois, rappelle qu’elle a pour objet la neutralité des pouvoirs publics vis-à-vis des religions et la non-ingérence de ces dernières dans la marche propre de l’Etat - et pas autre chose. Il est important de le souligner. Or, à entendre en France intellectuels ou politiques en parler, tout se passe comme si on voulait ignorer le fait religieux, écartant l’évidence qu’il est partie intégrante de la diversité d’une société pluraliste. Pire, on sent parfois une volonté, au moins un souhait, d’éradiquer ce fait de la vie publique. Démarche dénuée de sens commun, voir l’échec des efforts dans ce sens au XXe siècle dans des régimes totalitaires. Alors, dans le pays gardien des droits de la personne, au XXIe siècle…

Ce qui choque, ce sont les déclarations trop souvent exemplaires d’intolérance liées à cette conception « française » - apparemment très majoritaire. Comment peut-on imaginer que cette manière agressive faciliterait le vivre ensemble qui manque cruellement en ce moment et dont la promotion est un rôle majeur les pouvoirs publics ? Elle a à l’évidence des aspects de rejet, voire insultants, pour les adeptes d’une religion (étant entendu que la façon de montrer publiquement son appartenance ne saurait être elle-même agressive ou limitatrice de la liberté des autres, agnostiques et athées compris). Le canton de Genève entend en ce moment se doter d'une loi sur la laïcité, fort bien. Qu’il s’inspire ce faisant du principe de neutralité religieuse et pas des positions exacerbées qu’on observe outre-Jura.

 

Commentaires

L'auteur Sandrine Desse, dans son roman Charlie profané, livre une réflexion assez iintéressante à ce sujet:
" Les religions m’indifférent profondément. Il n’existe pour moi que des humains dont le droit essentiel est de vivre en pensant ce qu’ils veulent sans avoir à risquer leur vie pour ça. Et c’est ce que la laïcité avait presque réussi à accomplir. Aidé de la science, l’homme avait tué le merveilleux et la sagesse qui seule peut permettre le véritable vivre ensemble était enfin à portée de main. Et aujourd’hui, ce sursaut de délire mystique remet en cause des siècles de combat silencieux et sans violence. Tous les discours que nous pourrions faire pour inciter l’homme à la raison seraient inutiles. L’être humain a besoin de merveilleux autant que de nourriture. C’est la seule chose que la laïcité n’a pas pu lui fournir. C’est notre seule faiblesse."

Écrit par : Visiteur | 07/02/2016

Grand merci, Visiteur, pour votre attention et pour cette citation effectivement très pertinente.

Je n'ai aucune envie d'une théocratie, où que ce soit, elles ont toutes fait la preuve de leurs côtés liberticides voire sanguinaires, et je suis donc favorable au modèle de neutralité religieuse qui est le nôtre en Suisse.

Cela étant, je me suis souvent demandé si nous serions plus "équilibrés" si l'ensemble de la collectivité, écoles y compris, avait écarté toute idée de transcendance, de cadre tant soit peu inspirant, au plan du vivre ensemble, au plan éthique. Et je ne suis pas arrivé à me convaincre que nous en serions plus heureux... Sandrine Desse semble du même avis. Merci encore.

Jean Martin

Écrit par : Jean Martin | 08/02/2016

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