14/02/2016

Médecin de dernier recours - Un livre du Dr François Choffat

 

Le Docteur François Choffat est bien connu de Suisse romande. Il publie aux Editions d'en bas (Lausanne) un livre qui est une sorte de biographie et de bilan. Nous partageons d’avoir tous deux travaillé en début de carrière dans des pays en développement - le Maroc pour lui. Après avoir été assistant dans des hôpitaux romands et travaillé outremer, l’auteur s’est installé comme généraliste. Sa curiosité de paradigmes médicaux autres (y compris guérisseurs et « panseurs de secret » dans le Jura) et des expériences positives dans des situations où l’allopathie s’avérait décevante l’ont amené à s’attacher à l’homéopathie. Il s’est aussi beaucoup préoccupé d’alimentation, en étant un disciple de Catherine Kousmine, et a fondé un Centre de santé holistique.

« Le chamanisme et la chirurgie sont les symboles de deux pratiques diamétralement opposées de l’art de guérir... un pôle humaniste et un pôle mécaniste. Pour moi, ces deux pôles sont devenus indissociables, et complémentaires comme le cerveau gauche et le cerveau droit (…) Dans ma pratique, il y a d’un côté l’héritage revendiqué de la médecine conventionnelle, de l’autre certaines médecines complémentaires.»

C’est toute une trajectoire que retrace Médecin de dernier recours, titre lié au fait que, pas rarement, des patients se sont adressés à lui après avoir cherché du secours ailleurs, en particulier dans la médecine orthodoxe, sans qu’un remède soit trouvé. Il se dit aussi « médecin des causes perdues ».

Choffat s’attache à décrire ses débuts en homéopathie, ce qu’il a appris de cette méthode, ainsi que d’autres démarches dans lesquelles il s’est formé. L’ouvrage fourmille de vignettes cliniques illustrant le propos. Il consacre un chapitre à ses réserves vis-à-vis des pratiques vaccinales qu’il juge trop systématiques (tout en ne les excluant pas) et influencées par l’industrie. Un autre est dédié à la sclérose en plaques, une des « causes perdues » pour lesquelles on faisait appel à lui.

A propos de la pratique de la médecine : «  Le médecin devrait tempérer la dictature des statistiques par le bon sens, en fait par l’évidence du patient qui recourt à ses soins, son vécu, son témoignage.» Sur certaines dérives actuelles : « Pour exorciser sa peur du néant, l’homme moderne n’a de cesse de survaloriser son corps. Il le déguise, le maquille le rajeunit, le drogue… la médecine, service après-vente des maladies provoquées par stress, angoisse, obésité. »

A son dernier chapitre, l’auteur relève avoir toujours été captivé par les physiciens, mentionnant une demi-douzaine de grands noms, et leurs intuitions : « Ces mystères nourrissent ma méditation et m’imprègnent de la transcendance de la Vie. Dans leur sillage, je suis au carrefour de la poésie, de l’humour, de la métaphysique (…) Ces physiciens connaissent la profondeur de leur ignorance. Leur façon de penser questionne notre médecine institutionnelle et son rationalisme dogmatique. "

Les attitudes ont passablement changé à l’endroit des méthodes qu’on ne souhaite plus appeler parallèles ou alternatives mais complémentaires. Aujourd’hui, il me paraît que beaucoup peuvent se dire d’accord avec F. Choffat que « le fait d’affirmer qu’il n’y a pas de salut en dehors de la médecine officielle relève de l’arrogance.» Cela étant, on ne sera pas toujours d’accord avec l’auteur dans ses affirmations. Mais on ne saurait nier son ouverture aux choses « autres », sa sincérité, et son engagement. Ce livre est un exemple d’efforts tout à fait estimables, par des médecins au terme d’une carrière bien remplie, de rassembler vécu, leçons tirées, questionnements, sous une forme aisément accessible à d’autres.

 

 

12/02/2016

Nos richesses et nos peurs...

Jeudi soir 11 février, l’animateur de l'émission de 19 h. Paradiso, sur La Première, interviewait un chanteur italien, Gian Maria Testa si j'ai bien compris. Très intéressante conversation, M. Testa montrant un engagement sociétal, et une sagesse, qui m'ont impressionné.

Ai retenu une formule : aujourd’hui, a-t-il dit, nous sommes en Europe occidentale définis (ou faudrait-il dire obsédés) par nos richesses et nos peurs.

Même s'il se peut qu'elle soit incomplète, une manière frappante de nous voir.

09/02/2016

Pardonner...

Pardonner, problématique difficile, et fondamentale à tant d'égards - y compris la question d'un "droit au pardon"

Hier lundi 8, sur RTS Deux, documentaire sous ce titre de Mireille Darc, avec des entretiens avec un homme que sa partenaire a brusquement quitté, une mère dont la fille est morte suite à une erreur médicale, un homme emprisonné durant huit ans , condamné sur des allégations infondées de viol, et une victime de viol.

Des phrases fortes. La mère de Capucine: "Pardonner, c'est refuser d'être victime,  je ne resterai pas dans le chagrin". "Ce drame m'a ouvrit à un monde de tolérance où personne ne se réduit à ce qu'il a fait".

La personne la plus impressionnante, dans sa résilience et son équilibre retrouvé, est la femme de 34 ans, violée à 15 ans: : "Je ne suis pas responsable de ce que cet homme a fait, mais je suis responsable de ce que j'en ai fait". A propos du fait que ses enfants ados savent son histoire: "Si je suis capable d'aller bien en l'ayant vécu, ils doivent être capables d'aller bien en l'entendant". Elle aussi refuse d'endosser le statut de victime.

Ai lu ailleurs récemment ce mot de Antoine Leiris, dont le jeune épouse a été tuée le 13 novembre dernier au Bataclan, à l'adresse des terroristes: "Vous n'aurez pas ma haine. Non, je ne vous ferai pas ce cadeau de vous haïr". Well...  Respect, comme on dit chez nous.

Autre souvenir de lecture : en pardonnant, c'est à soi qu'on fait du bien.

Et deux citations de grand auteurs:

Francis Bacon: "Se venger, c'est se mettre au niveau de l'ennemi"

Hannah Arendt: "Pardonner, c'est permettre un nouveau commencement là où tout semblait avoir pris fin."

On se souhaite, cas échant, ces sagesses.