16/03/2016

Médecine chinoise - Un paradigme totalement différent

 

 

Le Dr Michel Vouilloz, spécialiste FMH en médecine interne, a montré au cours de sa carrière la diversité de ses intérêts et engagements en étant, entre autres choses, médecin-chef de la Croix-Rouge, puis médecin cantonal du Valais. Intéressé par la médecine chinoise depuis ses études, il a consacré les dernières décennies de sa carrière à la pratique de l’acupuncture à Martigny.

Après un Dictionnaire de médecine chinoise à l’usage des profanes curieux en 2008, il publie Médecine chinoise - Science et intuition (Imprimerie des 3 Dranses, 1933 Sembrancher, 2015), en y rassemblant ce qu’il a appris et pratiqué quant à la médecine traditionnelle de la Chine. Ce que j’ai trouvé stimulant, c’est que, dans le cadre d’un effort substantiel historique, descriptif, comparatif et épistémologique, il ne cherche en rien à dire que cette médecine devrait retenir notre attention parce, après tout, elle pourrait être comparée à la nôtre. Au contraire, il explique comment il n’est guère possible de les considérer « en parallèle » (même si des travaux scientifiques ont validé les effets de l’acupuncture par exemple), parce qu’elles procèdent de fondements complètement différents.

Le Dr H. Dong, qui préface l’ouvrage : « Le Taoïsme [d’où découle la médecine chinoise] s’intéressa volontairement plus à la sagesse intuitive qu’à la connaissance rationnelle. Néanmoins, l’observation attentive de la nature combinée à une forte perspicacité mystique amena les sages à des intuitions qui furent confirmées par les nouvelles découvertes de physique et de médecine modernes ». Médecine occidentale rationnelle, médecine chinoise utilisant l’intuition… Dong : « Aucune des deux n’est incluse dans l’autre ni ne peut être réduite à l’autre, mais elles sont nécessaires et l’homme a besoin des deux».

A discuter ! C’est ce qu’entend faire le Dr Vouilloz, qui écrit : « La conception chinoise de la vie, et de l’Homme, holistique, procède par une approche globale, jamais par analyse, jugée trop réductionniste. La médecine chinoise s’intéresse à la dysharmonie, la question qu’elle pose est : qu’est-ce qu’il faudrait équilibrer ? ».

On est là confronté à une forme d’incommunicabilité entre « eux » et « nous ». Les bases mêmes d’un dialogue ne semblent pas réunies. Pourtant, d’une part il faut toujours dialoguer. D’autre part, des modalités thérapeutiques chinoises, l’acupuncture en particulier, sont maintenant bien admises, dans nos pays et Faculté. Exemple de plus où la réalité nous demande de reconnaître des faits - alors même qu’on ne sait pas en intégrer les fondements théoriques dans nos systèmes de référence. Difficile pour ceux de ma génération, éduqués dans un cadre sûr de lui n’admettant que le rationnel. Et qui devons aujourd’hui vivre avec ces éléments pas explicables dans notre rationalité mais qu’on ne peut plus traiter de pures illusions. Qui sont du registre de l’épi-, du para-, du « soft », du non-rectiligne, de l’empirique/pragmatique et du qualitatif. Un monde intellectuellement nettement moins confortable.

Ces interrogations sont posées, les limites vite atteintes de mes compétences m’interdisent de conclure. Médecine chinoise n’est pas un traité sophistiqué ni détaillé, mais l’essai informé d’un praticien qui a vécu le potentiel, les réussites et sans doute aussi les échecs de deux systèmes médicaux. Praticien qui cherche à faire oeuvre de pont, de passeur. On peut lui en savoir gré, pas seulement au plan d’une réflexion sur les médecines mais plus généralement pour l’ouverture proposée à un système de pensée, et de « fonctionnement », si différent du nôtre.

 

07/03/2016

Prise en charge des personnes âgées dépendantes et proches aidants - Nouvelles du PNR 67

 

Le Programme national de recherche 67, « Fin de vie », a été lancé en 2011 avec un financement de 15 millions de francs pour cinq ans. Ont été sélectionnés les projets de 33 équipes. En 2016, ses responsables organisent cinq Dialogues permettant de discuter les résultats obtenus. Le premier, « Mourir à la maison ou dans un EMS », a eu lieu à Berne le 19 février. On y a beaucoup parlé des proches aidants, de plus en plus sollicités pour prendre soin de leurs parents très âgés, une problématique qui croît rapidement en importance. Un travail sous la direction de B. Sottas, réalisé à Fribourg et en Valais, a étudié les situations critiques à cet égard. Ainsi, la durée des aides extérieures, professionnelles et autres, est d’un peu plus d’une heure par jour, alors que les proches aidants doivent être disponibles en permanence. Ces derniers ont de la peine à y voir clair : pour un patient, on a pu voir jusqu’à 32 intervenants, chacun pour une prestation particulière. D’où un très grand besoin de coordination. Parmi les conclusions de l’étude : les aidants sont souvent épuisés, au plan physique et psychique ; ils (mais noter que ces aidants sont très majoritairement des femmes) ont le sentiment d’être abandonnés, ils peinent à se préparer au décès prévisible du patient, ont peur de ne pas faire juste ni assez et de ne plus avoir le contrôle, ni de la situation ni de leur propre vie.

Une étude lausannoise, sous la direction de M.-A. Berthod, s’est intéressée à la manière dont les aidants parviennent - ou pas - à concilier vie professionnelle et exigences du soutien à leur proche âgé. Pas surprenant d’observer que des aménagements sont rendus plus ou moins faciles - ou difficiles - selon la culture d’entreprise et la bonne volonté des supérieurs. Les auteurs de l’étude soulignent les besoins d’instauration de possibilités mieux structurées, si possible à large échelle, pour faciliter la disponibilité des proches aidants, y compris par une protection de l’emploi pour ceux qui diminuent leur temps de travail, ainsi que des soutiens organisationnels et matériels.

La recherche présentée par A.-V. Dürst, S. Monod et coll. (Lausanne) a porté sur le désir de mourir dans des groupes de patients âgés : en service de réadaptation, 12,9% ont exprimé un tel désir; en EMS, ils étaient 21 %. A été évoquée la question du suicide assisté : les chiffres en Suisse montrent qu’il est plus fréquent chez les plus de 65 ans (et chez les plus de 75 ans, le nombre de suicides assistés est proche de celui des autres suicides).

Trois intervenants du domaine de la pratique se sont exprimés sur les résultats présentés. Les questions sont complexes, c’est le moins qu’on puisse dire. D’abord il y a celle de la multiplicité des intervenants, qu’il faut chercher à simplifier mais sans diminuer la qualité des prises en charge. Il est impératif de mieux reconnaitre le rôle des proches aidants et de donner plus d’attention aux aides dont ils ont besoin. En pratique, les responsabilités et tâches sont le fait de services privés ou publics. Dans le secteur public, la répartition des compétences diffère selon les cantons entre ce qui est du ressort des communes, voire des districts, et de l’Etat. On est habitué en Suisse à ces diversités, souvent solidement ancrées politiquement, mais il importe de faire en sorte que, partout et de manière équitable, nos concitoyens âgés et dépendants puissent bénéficier de prestations qualitativement et quantitativement adéquates. Clairement, les défis lancés par le « tsunami gris» du vieillissement sont de taille.