29/12/2016

Mix et Remix - Départ d'un tout grand du dessin de presse

 

 

Le monde de l’humour et la collectivité de Suisse romande - et au-delà - vient de prématurément un dessinateur de haute volée qui nous a régalés de son coup de crayon vigoureux et de ses mots incisifs depuis plusieurs décennies. Philippe Becquelin avait le don, un style à lui, de saisir en quelques traits, avec ses personnages minimalistes, une situation, un évènement, et de déclencher le rire. Un observateur parle de « la désarmante frugalité de ses dessins et leur folle efficacité », un autre de son génie de percevoir la réalité en un trait, de cerner l’important, avec une conscience politique aiguë.

Einstein a dit que inventer, c’est penser à côté ; on pourrait aussi dire sortir du/des cadres. C’est sans doute un des talents des grands dessinateurs de presse, dont il était. Cette autre manière de voir la vie et ses circonstances, en en faisant surgir la drôlerie tout en en faisant découler un enseignement substantiel, social, politique, philosophique parfois. L’humour au service du fond.

Il a collaboré avec de nombreux journaux de genres divers et était invité par la TSR, animant depuis les coulisses les débats d‘Infrarouge par des dessins en temps réel. Il a aussi été l’illustrateur d’une quinzaine de livres d’une série « Comprendre la Suisse » de la maison d’édition LEP. Un aspect important de son œuvre à mon sens. Tout en étant marqués vivement par l’humour de Mix et Remix, ce sont des ouvrages de référence sur diverses dimensions de notre pays : histoire, géographie, droit, économie, institutions, médias; sur la santé et le système de santé, sur l’environnement construit. Ceux à but de présentation de la Suisse à des étrangers ont un succès particulier et ont été traduits, en plus des langues nationales, en anglais (Swiss democracy/history in  a nutshell, Swissness in a nutshell). L’un d’eux l’est en japonais.

A cet égard, je cite souvent à des amis étrangers un dessin du livre « L’image de la Suisse », à son chapitre « Ponctualité ». On y voit, très affairée, une secrétaire arrivant dans le bureau de son chef et disant « Monsieur le Directeur, Monsieur Muller vous prie instamment de l’excuser, il a deux minutes de retard ».

Intéressant aussi de rappeler qu’il a été durant une dizaine d’années le guet de la Cathédrale de Lausanne, annonçant les heures de nuit depuis le haut de la tour principale, activité qui lui donnait du temps pour travailler, avec un collègue parfois.

J’ai envie de noter que, avec d’autres, il a montré (ce n’est pas nouveau mais on peut le redire) que nous autres francophones de ce pays savons être drôles, voire légers, tout en passant des messages forts, sans en avoir l’air (« pour la modestie c’est fou, y en a point comme nous », disait Gilles).

Si triste de ne pas avoir pu profiter longtemps encore de son regard aigu. Au reste, peut-être a-t-on aussi besoin d’humoristes là où il est allé.

 

 

 

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