23/01/2018

No Billag : Les incohérences des initiants

 

Une chose difficile à comprendre est que les milieux nationalistes s’engagent en faveur de cette initiative. Eux qui pourtant sont les chantres de la suissitude et de la diversité qui fait le génie de notre pays. Or, ce sont ces caractéristiques de la Suisse qui font qu’il faut éviter comme la peste de voir nos médias devenir dépendants de décisions prises, dans tels bureaux d’une métropole - alémanique ou étrangère, sur des bases de pur rendement financier. C’est ce qui arrivera si on supprime la redevance. On sait que le riche patriarche des nationalistes a pris des intérêts dans des journaux et qu’il a sa propre chaîne de télévision ; il dit défendre notre pays mais on peut craindre que ce qui l’intéresse soit une Suisse uniformisée selon ses convictions.

Des médias de service public sont indispensables si l’on entend continuer à profiter d’information et de documentaires, notamment, de la qualité de ce qui vaut aujourd’hui (que d’autres pays nous envient). Les initiants insistent sur la digitalisation rapide de la société - les gens suivent tout sur leur ordinateur. Mais ils négligent le fait que cette évolution laisse sur le bord de la route les personnes précarisées, moins instruites, qu’un affaiblissement majeur des médias de service public défavorisera encore plus...

Certaines réformes soient souhaitables mais vouloir les amener par « No Billag » est totalement disproportionné.

 

19/01/2018

Le monde nouveau (pour moi) de l’hyperconnection - une dépendance

 

Je viens de passer une semaine sur Lanzarote, l’île aux 300 volcans. Six jours de randonnée avec une grande diversité dans la flore, les couleurs, les reliefs. J’y ai trouvé des enseignements frappants de géographie humaine, de la manière dont l’humain s’est accommodé de son milieu et y a développé des façons de (sur)vivre. Mais j’aimerais ici dire comment je me suis senti « étranger », dans un groupe sympathique d’une douzaine de personnes. Par exemple en les voyant se précipiter sur leurs ordinateurs portables au retour de chaque activité. « Parce que, tu comprends, je reçois une centaine de mails par jour, il faut que je m’en occupe sans attendre. »  Beaucoup regardent  les paysages pour l’essentiel à travers leur smartphone.

Nous avons la joie d’avoir des petits-enfants. Ceux qui ont entre 10 et 16 ans passent énormément de temps sur leurs écrans et tablettes. Où j’ai été un peu amer l’été dernier, c’est de constater lors d’un voyage au Sud de l’Europe comment ils peuvent rester toute une journée (ensoleillée) dans leur chambre de notre Airbnb, sans intérêt apparent pour les monuments ou les sites naturels de l’endroit. Quand je voyage, en train, en voiture ou en avion, une de mes « passions » est d’être à la fenêtre pour découvrir les régions traversées; des jeunes que je vois semblent ne pas imaginer qu’on puisse regarder par la fenêtre.

Je trouve de grandes satisfactions à marcher, spécialement loin de tout. Pour quelques jours ou même deux ou trois semaines, ma doctrine était « (si) pas de nouvelles, bonnes nouvelles »… (j’envoie - encore - des cartes postales, qui arrivent après moi). Ici, je me promène souvent seul et ai dû réaliser qu’on  pouvait trouver critiquable d’être sans téléphone portable. Un marcheur solitaire que j’ai lu regrettait qu’ « on n’ait plus le droit de se perdre». Du côté positif, on pense bien sûr à ceux qui jusqu’il y a, disons, un quart de siècle, ont perdu la santé, la vie ou le lien avec leurs proches parce qu’ils n’ont pu signaler où ils étaient.

Aujourd’hui : ce qui frappe, c’est l’indispensabilité existentielle qui devient celle du smartphone - avec ses potentialités d’avoir dans la main pratiquement toutes les connaissances  existantes. Récemment, j’observais comment mes compagnons, d’une part, tapaient sur leur appareil dès qu’était mentionnée une question (plante, géographie, histoire), et d’autre part étaient véritablement « perdus » quand ils ne l’avaient pas sur eux. Le problème est bien proche - pour ne pas dire plus - de la dépendance.

Implications pour la suite ? Il ne peut être question d’arrêter l’évolution, mais de réfléchir (un peu quand même) au fait que, dans la vie quotidienne, nous devenons des cyborgs, combinaisons homme-machine (y compris grâce aux merveilles de la médecine : pacemakers, greffes de matériaux artificiels, prothèses).

Une conséquence est que notre appréhension du monde, la connaissance de notre environnement, ne sera plus directe comme elle l’était depuis toujours mais sera de plus en plus médiatisée par des auxiliaires technologiques. Logiquement (?), nos cinq sens seront moins utilisés, perdront de leur utilité (s’atrophieront ?) : à leur place des senseurs multiples vont saisir la réalité extérieure mais aussi notre réalité intérieure - paramètres biologiques - bien mieux que nous. Et ce n’est pas seulement les sens qui perdront de leur importance mais aussi la mémoire puisque google peut sans effort tout nous dire en un clic.

Suis-je complètement dans l’erreur ? Je le souhaiterais.

 

 

15/01/2018

Diversité des formes familiales, avec quelles conséquences ?

40 ans après Louise Brown, premier « bébé-éprouvette »

C’est en 1978 que Edwards and Steptoe permettaient la naissance du premier « bébé-éprouvette », en Angleterre. La Société suisse de psychologie a invité la Prof. Susan Golombok, de l’Université de Cambridge, à parler à Lausanne du thème « Modern families : parents and children in new family forms ».

A la naissance de Louise Brown, le magazine Time avait titré « La naissance la plus attendue en 2000 ans »… Cette réussite médico-technologique avait frappé les esprits, mais on n’imaginait guère  les développements extraordinaires qui s’ensuivraient. De nombreuses questions étaient posées : Qu’allait être le devenir des enfants nés de procréation médicalement assistée (PMA) et de leurs parents? Comment seraient résolus les aspects pratiques et juridiques liées à des notions ainsi bousculées, procréation et filiation?

Au Royaume-Uni, de hautes instances judicaires avaient à l’époque interdit certaines modalités au motif de leurs effets délétères postulés - et on retirait la garde de leurs enfants aux mères lesbiennes qui en avaient eu (dans un partenariat hétérosexuel) ! Partout aujourd’hui, ces questions sont débattues (à ce stade, 6,5 millions d’enfants sont nés par FIV).

Les travaux de l'équipe dela Prof. Golombok portent sur l’évolution des membres des familles « nouvelles »: avec don de sperme ou ovule, avec mère de substitution, familles gays (à deux mères ou deux pères). Leurs résultats ont mis au défi certaines craintes à propos de ces familles et du développement des enfants. "Les familles PMA vont bien, l'important pour le bien-être des enfants est la qualité des relations intra-familiales,  indépendamment du genre des parent.s» Les enfants peuvent prospérer – ou non – aussi bien dans ces familles différentes que dans les traditionnelles. Plus de 90% des enfants vivant dans des familles à parents gays développent une orientation hétérosexuelle.

Une question majeure est celui du secret (quant au fait qu’il y a eu PMA, don de gamète ou grossesse pour autrui). Les études confirment que les enfants qui ont été informés le vivent mieux que ceux maintenus dans l’ignorance. Est  confirmé aussi que, très généralement, les enfants sentent qu’on leur cache quelque chose. Au reste, il ne s’agit pas de nier la difficulté pour des parents PMA d’en parler à leur progéniture ; mais souvent les parents qui n’ont rien dit à leur enfant en avaient parlé à d’autres autour d’eux !!

Développement aux USA : le Donor Sibling Registry, un site où les enfants nés par PMA avec don de sperme ou d'ovule peuvent rechercher leurs demi-frères et sœurs (le maximum ainsi trouvé est de 55, mais des articles de la presse grand-public ont parfois évoqué des chiffres plus élevés!). Ce registre a plus de 55'000 membres. Intéressant de savoir que ces enfants (devenus ados ou adultes) ont plus envie de prendre contact avec leurs « demi-frères ou soeurs » qu’avec le donneur de gamète.

Une dernière dimension, sociétale : il arrive que des enfants de familles différentes soient l’objet de questions désagréables et moqueries, à l’école par exemple : alors que des mots racistes seraient immédiatement sanctionnés par les maîtres, ces derniers sont moins fermes, voire hésitants, s’il s’agit de remarques sur les circonstances familiales. Partout, on peut encore progresser.