15/03/2019

Climat - Les élus, sensibles aux préoccupations de la population ?

« Les mobilisations qui essaiment en Suisse et ailleurs frappent les observateurs par leur ampleur, leur jeunesse et leur ton radical » - remarque d’un observateur des manifestations qui ont réuni 40'000 personnes en Suisse le 2 février. Et, à Lausanne, à nouveau  lus de 10'00 ce jour 15 mars. Parmi les phrases lancées dans ces marches : « les dinosaures aussi pensaient qu’on avait le temps », « la planète, tu la préfères bleue ou cuite ? », « il n’y a pas de planète B ». Le programme le plus synthétique « Changer le système, pas le climat ». Un groupe de Médecins en faveur de l'environnement : "Urgence - Baissons la fièvre!"

On est en face d’un mouvement de fond. Marquent en particulier la masse de la jeunesse et sa motivation. Mais les enjeux sont tels qu’on reste perplexe. Bertrand Kiefer, le médecin et éditeur genevois, écrit dans sa Revue médicale suisse : « En 2019, le climat, la finance folle et la croissance des inégalités feront un peu parler d’eux. Bien loin cependant de leur réel impact (…) Dans ces débats, les éthiciens se sentent la responsabilité de mettre des nuances mais ces nuances déroulent une histoire bisounoursée ». Que les philosophes dont il parle voient la réalité trop en rose n’est pas trop grave. Ce qui l’est, c’est quand les politiques dorment, ne veulent pas savoir que le dérèglement climatique représente une situation de grande urgence. Peut-être parce que ce qui se passe au niveau planétaire est trop « gros », trop multifactoriel, que cela fait peur… Pourtant les élus ont le devoir de voir large et loin. En ce qui concerne le climat, beaucoup regardent leur bout de nez ou regardent ailleurs.

Les jeunes et moins jeunes qui s’engagent méritent beaucoup mieux que la désinvolture, l’ironie voire les insultes que tel ou tel notable leur adresse.  On a même - bêtement - allégué qu’ils étaient manipulés par des idéologues totalitaires. Totalitaires, celles et ceux qui tentent de sauvegarder une existence vivable pour nos petits-enfants ?

Mes amis et anciens collègues de parti  (je suis un ancien député et constituant radical) sont-ils trop occupés pour se pencher sur les faits et les conclusions fermes, massivement majoritaires, des scientifiques ? Les mieux disposés vous écoutent, voire consentent qu’il y a problème mais le saut logique consistant à mettre en cause des éléments importants de notre modèle de société leur reste inimaginable.  Avec entre autres le prétexte classique du « On ne peut pas être sage tout seul ». Il faudra bien pourtant, une fois.

 « Les mesures efficaces sont hors de notre portée, notre pays ne peut porter seul ce fardeau », vient d’écrire l’un d’eux. Inacceptable à mon sens d’user de tactiques dilatoires pour faire le moins possible, laissant les patates chaudes à ceux qui nous suivront. Signe d’espoir : la méthode qui consiste à traîner les pieds perdrait du terrain. Le Conseil des Etats semble prendre le contrepied du démontage de la loi sur le CO2 auquel a procédé la majorité myope (aveugle ?) du Conseil national. Et certains élus PLR (mais en Suisse alémanique à ce stade) veulent mettre le climat à l’ordre du jour du parti. On peut toujours espérer.