07/08/2019

Désobéissance civile et usage de la force publique...

Au printemps dernier à Lausanne, on a vu une manifestation de jeunes militants pro-climat devant le Crédit Suisse. Ils se sont retrouvés devant un tribunal. Au début de l’été, des démonstrations similaires ont eu lieu devant l’UBS à Bâle et le Crédit Suisse à Zurich. La police zurichoise a réagi très vigoureusement, ainsi que le Ministère public. Le petit-fils d’une amie femme de médecin a été interpellé et je suis interloqué par les méthodes utilisées. Citation : « Notre petit-fils de 17 ans était à Zurich : il a été mis en garde à vue pendant 24 heures, sans possibilité de contact avec l’extérieur. Il était accusé d’avoir entravé le passage vers les portes du CS - c’est-à-dire d’avoir occupé le trottoir. D’autres sont restés emprisonnés plus longtemps. Les membres du groupe ont reçu des amendes de Fr. 800.- à 1600.- ».

La NZZ a publié le 19 juillet deux lettres de médecins, les Drs. Hagnauer et Haemmerle, sur ce qu’on peut appeler des brutalités surprenantes. « A côté des aspects juridiques [excès dans les mesures prises], les aspects psychologiques ne sont pas moins dramatiques. Des jeunes gens font preuve de désobéissance civile au nom de leur et de notre avenir et sont punis pour cela. Nous savons pourtant que le fait de se taire et de réprimer des angoisses rend malade - mais pas le fait de réagir activement auxdites angoisses. » (P. Haemmerle, pédopsychiatre). On relève que le Ministère public bâlois a été encore plus sévère. On nous a traités comme des criminels, dit une jeune femme.

Zurich est une des grandes places financières du monde et souhaite défendre ses « poules aux œufs d’or ». Néanmoins, comment ne pas voir une disproportion marquée entre les faits et les réactions policières et des Ministères publics ? Les faits, c’est une manifestation pacifique comme tant d’autres – et, NB, il n’est pas incompréhensible que des manifestants résistent quelque peu quand ils sont « évacués » manu militari. Faut-il rappeler que la proportionnalité est une base de notre ordre juridique ? De même que l’interdiction de l’arbitraire.

Surtout, il importe d’apprécier les raisons de manifester. Le dérèglement climatique est incontesté (sauf par quelques négationnistes). Il représente des risques graves pour le milieu naturel et humain, en partie déjà concrétisés.

Une partie importante de la jeunesse est très préoccupée – c’est de son avenir qu’il s’agit. Notamment en soulignant fortement que, pour freiner cette dramatique évolution, il faut que soit très limité, voire supprimé, l’emploi des combustibles fossiles ; et qu’un moyen de le faire est de convaincre les places financières et les caisses de pensions de désinvestir ce secteur. Mais ces dernières mettent beaucoup de temps à admettre leur rôle à cet égard.

Il est vrai que les manifestants ont créé des perturbations mais, s’agissant des enjeux planétaires, les « puissances qui comptent », dont la finance, portent une responsabilité majeure dans des bouleversements bien plus graves. La question naïve (de bon sens ?) est alors : « Qui devrait être interpelé et même sanctionné, comment et combien ? ». L’important est de rendre attentive la société à des effets délétères critiques du modèle actuel de société – et de la faire évoluer.

La loi c’est la loi, et les autorités ont une certaine latitude de « taper fort » sur des éléments gênants. Dans le cas particulier, ce n’est pas ce qu’elles font de mieux. Doit encore être mentionné un aspect grave : les manifestants de Zurich et Bâle ont été soumis à des tests ADN ; or la loi est très claire, cela n’est licite que dans des cas beaucoup plus graves. Selon le professeur D. Sprumont, de Neuchâtel », faire de tels tests était « totalement disproportionné. Il s’agit d’un vrai dérapage dont il faut s’inquiéter» (2). Big Brother s’invite… Et la Fontaine l’a dit : « Selon que vous serez puissants ou misérables… »

 

Références :

1.24 heures du 19 juillet rapporte comment des ténors du barreau vaudois se sont engagés bénévolement pour défendre ces accusés.

2.Le Temps – T-magazine en ligne, 22 juillet 2019.

 

Commentaires

Un bon moyen de se faire entendre consiste à déposer un OUI bien senti à l'initiative pour des multinationales responsables cet automne.
http://posttenebraslux.blog.tdg.ch/archive/2019/03/24/des-multinationales-responsables-c-est-un-gag-297964.html

Écrit par : Pierre Jenni | 10/08/2019

Et si l'on commençait par celle sur les politiciens responsables, en particulier les intermittents du spectacle électoral, les figurants de la comédie référendaire ?

Écrit par : rabbit | 10/08/2019

Politicien et responsables sont des qualités antinomiques. Ce sont tous des intermittents qui font au mieux de la figuration et au pire des dégât irréparables. Et comme ils sont de passage, il est impossible des les poursuivre. Le dernier exemple en date c'est le bras droit de Pierre Maudet qui a démissionné de son poste de fonctionnaire pour éviter les suites possibles du voyage aux Emirats.
Maintenant je ne savais pas qu'il y avait un loi qui cadre la responsabilité d'un élu. Tout au plus une prise de serment lors de l'investiture.

Écrit par : Pierre Jenni | 11/08/2019

Je pensais plutôt à ces personnages qui vont dans le sens du courant de la pensée unique délivrée par la presse, et que l'on cite le plus souvent dans les journaux ou qui apparaissent fréquemment à la télévision. Pierre Maudet n'est pas le bon exemple, puisqu'il a été ereinté délibérement par cette même presse avant même de connaître les détails de "l'affaire".

Écrit par : rabbit | 11/08/2019

Je ne parle pas de Pierre Maudet mais du haut-fonctionnaire qui le secondait et au sujet duquel la presse n'a pas été très disserte.

Écrit par : Pierre Jenni | 11/08/2019

Si vous connaissez le milieu, faites une enquête d'une neutralité exemplaire et dites la vérité. Mais, si vous voulez vivre en paix, manifestez pour le climat : c'est contingent et ça a le mérite de déplacer l'attention d'une foule inconstante sur le danger d'un état en extension permanente.

Écrit par : rabbit | 11/08/2019

Un Etat en extension permanente ?!
Je le vois moribond, démuni, endetté voire illégitime, voleur, tricheur et menteur.
Si seulement l'Etat pouvait se concentrer sur ses taches régaliennes, il pourrait faire illusion. Lorsque le système monétaire s'effondrera ce faux arbitre sera emporté dans la chute. Nous vivons un époque mémorable.
Trop vieux pour les manifs et autres démonstrations puériles qui ne font que justifier une répression à la mesure de l'angoisse des autorités.

Écrit par : Pierre Jenni | 11/08/2019

Si vous attendez aussi la fin d'un monde, c'est que vous êtes gagné par le catastrophisme tribal. Ayn Rand a écrit un charmant petit livre sur la vertu d'égoïsme: c'est libérateur.

Écrit par : rabbit | 12/08/2019

Je n'attends rien. Et chaque minute est une fin en soi qui permet à la suivante de naitre. Je fais partie des optimistes, souvent considéré comme un naïf lorsque j'exprime ma confiance. Quant à Ayn Rand si j'avoue avoir fait relier cuir la belle histoire d'amour entre Dominique et Howard Roark, je relativise aujourd'hui son message qui ne correspond plus à notre époque. Et je plains ceux qui viennent encore nous bassiner avec leur "main invisible".
L'altruiste est un égoïste intelligent ou un imbécile s'il n'a pas compris qu'il ne saurait être satisfait seul dans son coin.

Écrit par : Pierre Jenni | 12/08/2019

Effectivement, c'est prodigieux.

Écrit par : rabbit | 12/08/2019

On dit que le pouvoir qui se sent menacé voire ébranlé se durcit.
Vu les émeutes de ces derniers mois et les conditions de travail des policiers quelle est leur santé psychophysique?

Écrit par : Myriam Belakovsky | 12/08/2019

En effet, c'est la question de l'été.

Écrit par : Adam Smith | 12/08/2019

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