21/06/2007

Un système politique de riches?

 

Au cours des années, expliquant le modèle politique suisse à des étrangers et le fait que nous avons 26 cantons avec chacun  un parlement et une constitution, j’ai souvent dit que c’était un système de pays riche, très à l’aise. On reste songeur en vivant  (je l’ai vécu comme médecin cantonal) que, sur tant de sujets qui intéressent  tous les Suisses au même titre mais où il n’y pas de compétence fédérale, ou bien on doit élaborer 26 législations ou bien on tolère un vide juridique - vide qui n’est d’ailleurs pas forcément catastrophique dans un ensemble cantonal qui était (est encore ?) presque une famille.

 

 

Notre système est consubstantiel à l’histoire du pays et à une longue culture, il a le mérite d’être proche du citoyen. Toutefois, de plus en plus, il y a un décalage entre le caractère très « local » du parlement et le fait que Vaud et la Suisse sont entraînés dans une mouvance bien plus large. Par exemple, ce qui se passe au Grand Conseil n’a pas souvent de liens forts avec la plateforme universitaire remarquable constituée par l’EPFL, l’Université de Lausanne et ses voisines romandes, encore moins avec la Genève internationale.

 

Le cas de figure qui m’a laissé songeur est celui, plusieurs fois par an, de la révision de conventions intercantonales. C’est le sommet de ce que peut faire un système de (petites) unités riches, sérieuses et ultra-perfectionnistes. Agréés par les Exécutifs de plusieurs cantons, des textes sont soumis aux députés qui ne peuvent en général qu’approuver en bloc ou refuser (ce qui stoppe la machine – voir à une échelle cent fois plus grande le refus du Traité constitutionnel européen par deux pays !). A l’avenir, en matière d’enseignement, de santé et d’autres, le nombre de telles conventions ne peut que se multiplier (avec, s’agissant du pouvoir d’amendement des députés, un déficit démocratique donnant lieu à de belles envolées oratoires). Est-il réaliste de penser que, même hautement compétent en « micro-mécanique » (!), notre pays pourra longtemps fonctionner ainsi ?

 

On va voir des collisions entre décisions cantonales et opinion publique - et une certaine équité - avec l’imminente nouvelle répartition des tâches. Les cantons y retrouvent plus de prérogatives dans le social, socio-éducatif et médico-social. Les professionnels craignent de disposer alors de moins de moyens qu’auparavant, et ce n’est pas exclu. Surtout, s’appliquera alors le principe « L’autonomie, c’est - logiquement - la possibilité de l’inégalité ». Ce qu’on verra c’est si dans un domaine sensible les différences de traitement et de moyens entre cantons voisins vont aisément être admises par les collectivités. Pas sûr.

 

Merci de ne pas mal me comprendre. Le système est éprouvé, au jour le jour il marche pour l’essentiel, travailler au sein du Grand Conseil est sympathique. Mais il faut quelque part penser à ce qu’il devrait être dans 30 ou 50 ans. En tout cas, pour des univers de quelques centaines de milliers d’habitants, on ne peut pas vouloir des moulins législatifs tels que ceux de grands pays. Possible que cette question soit aussi importante que de construire un Parlement flambant neuf sur la place du Château.

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18/06/2007

D'ores et déjà: cohabitation et collaboration avec les musulmans

On sait combien sont vives, dans certains quartiers politiques, les inquiétudes à propos de l’Islam, qu’on tend à diaboliser dans le même temps qu’on stigmatise les mouvances islamistes. Alors que ce n’est tout de même pas la même chose - mais c’est politiquement expédient! On affirme le faire au motif de défendre l’Occident chrétien - ou du moins de culture historique chrétienne. Je me suis exprimé à ce sujet dans ce blog le 5 mai dernier (« Ces bons chrétiens antiminarets »).
Celles et ceux qui se préoccupent de relations humaines, voire fraternelles, avec les musulmans de notre pays seront intéressés par le passage suivant du Rapport du Conseil synodal (exécutif) sur l’état de l’Eglise évangélique réformée vaudoise pour 2006, à sa page 16 (plus d’infos sur www.protestant.ch/eerv). Je cite :
« Pour les aumôniers en milieu pénitentiaire, la perspective des missions à exercer en commun avec l’Eglise catholique est largement dépassée puisque, dans ce secteur, on a déjà passé au stade de la collaboration interreligieuse, et notamment avec la communauté musulmane. Les cultes, par exemple, attendus et toujours bien suivis, voient des musulmans y participer ! Et les aumôniers sont aux côtés des imams pour leur faciliter l’organisation de la prière du vendredi. En prison, la collaboration oecuménique et interreligieuse prend tout son sens : au-delà de l’appartenance confessionnelle ou religieuse, la compétence et la qualité de la relation des intervenants sont importantes ».
Intéressant, non ? Je peux imaginer comment des fondamentalistes d’un bord ou de l’autre trouveront à redire à ce travail commun. Pour ma part, dans une époque et une société où il est essentiel d’affirmer la dimension spirituelle de la personne, et où l’écoute et le respect de l’autre sont à cet égard une précondition indispensable, je le salue.

15/06/2007

Conseiller d'Etat, quel portrait-robot?

 

 

Mardi 12 juin 2007, adieux de Jacqueline Maurer-Mayor et de Charles-Louis Rochat, conseillers d’Etat sortants, devant le Grand Conseil à son avant-dernière séance de la  législature. Très bons morceaux de « résumé/bilan/anecdotes » à leur sujet par le Président du Parlement Jean-Marie Surer, dont on sait qu’il a assumé la charge avec vigueur et intelligence. Et bons discours des deux Ministres qui s’en vont et ont bien mérité de la République (ces républiques dont on sait combien elles sont ingrates – je veux croire que Jacqueline et Charles-Louis n’auront pas à le vivre de façon amère).

 

Un mot à retenir dans le propos de celui qui a été à la tête de la santé et du social, puis de la sécurité et de l’environnement, mot dont il faut apprécier et la lucidité et l’humilité : « Conseiller d’Etat… pilote de formule 1 ou chauffeur de bus scolaire  (ceci dit certainement sans intention péjorative aucune vis-à-vis desdits chauffeurs).

 

On le sait bien, une formule frappante vaut des dizaines de pages d’explications laborieuses.
Bonne retraite, Charles-Louis - et bonne retraite, Jacqueline.

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