09/01/2008

A lire: le monde sans nous...


 C’est le titre (The world without us) de l’ouvrage qui vient de paraître du journaliste scientifique américain Alan Weisman (New York : Thomas Dunne Books, St. Martin’s Press, 2007), qui était tête de liste des « Ten best books » de 2007 du magazine Time du 24 décembre. Weisman approche de manière très originale les enjeux liés à l’impact de l’espèce humaine sur la vie sur la Terre, tout en voulant imaginer ce qu’elle serait sans nous – après nous si l’espèce réussit dans ses pulsions suicidaires actuelles.

 

« Very well researched » , comme on dit dans les cercles académiques, fruit d’un travail de plusieurs années d’études et de voyages en de multiples points du globe. Il nous mène de la Bialowieza Puszcza, la dernière forêt vierge européenne, à cheval sur la frontière entre la Pologne et la Biélorussie (auparavant inconnue au bataillon pour ce qui me concerne), dans divers parcs et réserves naturelles, des sites archéologiques, à Tchernobyl pour observer la manière dont la nature y reprend le dessus, dans la zone démilitarisée entre les deux Corée, les tunnels du métro de New York, le gigantisme de l’exploitation pétrolière sur la côte du Texas. En Australie et dans les mers du Sud, sur tous les continents…

 

Au contact de praticiens et savants : spécialistes de toutes les sciences naturelles, ingénieurs, archéologues, sociologues et sages - chrétiens, rabbins, un soufi turc, le Dalai Lama, parmi d’autres - qui  ont partagé avec l’auteur leurs hypothèses, visions ou convictions sur « la Terre après nous ».

 

Ardu de résumer, il faut lire cette saga, enracinée dans de solides connaissances quant à ce que nous savons du passé d’aujourd’hui, qui porte des éclairages forts sur l’avenir de la planète, avec ou sans nous.

02/01/2008

Alexandre Jollien, compagnon et maître à vivre

 

 

Alexandre Jollien a un parcours extraordinaire mais souligne qu’il ne veut pas – ou plus – être reconnu voire admiré parce qu’il surmonte un handicap majeur. Je m’efforce donc de parler sans paternalisme aucun de ce qu’il apporte. La construction de soi, paru au Seuil, est fait de lettres à ses amis philosophes mettant en regard leurs réflexions et les enseignements de sa vie. Sur la manière de mener son existence : « Une vie peut très bien ne se justifier que par le combat. J’ai consacré la mienne à livrer bataille (...) Se bâtir contre l’adversité, n’est-ce pas différer les occasions de joie ? Il me plaît de rejoindre les philosophes pour quitter cette logique de guerre ». Plus loin : « Non, je ne crois pas que nous accédons au bonheur par renoncement.  Je souhaite plutôt bâtir une vie du milieu en me gardant de prendre refuge dans l’ascétisme ». Il ne s’agit pas non plus de frénétiquement chercher le rendement: « En prétendant nous enrichir, nous passons à côté de  l’existence. Je me conduis de la même manière quand, avec avidité, je veux jouir de chaque instant, ne m’autorisant aucune gratuité, exigeant que tout me soit utile ». Ce qui donne lieu à « Depuis peu, j’observe la nature et, pour savourer sa beauté, j’ai arraché le compteur. Le croirez-vous, j’essaie d’être le plus lent possible ».

 

 

Tous nous sommes peu ou prou influencés par le qu’en dira-t-on, parfois l’envie: « Pour nous rassurer, nous comparons. Cependant, en scrutant les autres, nous nous exposons  à l’exclusion, au manque. Comment en finir avec cette propension à se référer sans cesse à des modèles ? ». « Je commence à bannir les comparaisons sans devenir assez fou  pour vouloir toutes les abolir. Certes une tonique émulation libère les possibilités qui sommeillent en soi. (Mais) une chose est de l’utiliser comme un moyen de progresser, une autre de l’installer au cœur de la vie. Celui qui dirige systématiquement son regard ailleurs finit par ressembler à une éponge ou à un esclave ». 

 

Corollaire de ce qui précède, avoir de l’estime pour soi-même, ce que beaucoup dans notre tradition morale peinent à faire : « Je m’applique avec plaisir à ne plus être complexé de mes complexes (…) Pour vous, cher Spinoza, le mépris de soi consiste à avoir de soi-même une moins bonne opinion qu’il n’est juste. A l’inverse qui flirte avec la mégalomanie encourt de grands risques ». Moins comparer, plus et mieux comprendre: « Il s’agit plus sobrement de s’abstenir de juger. Le philosophe sceptique refuse de statuer catégoriquement pour se rendre disponible à l’incertain ». «  Je me redis souvent: ne pas railler, ne pas pleurer, ne pas détester mais comprendre ».

 

Sur ce qu’on dénomme aujourd’hui bien vieillir – ou mûrir : «  Chaque jour je laisse derrière moi un peu de ma vie, l’homme de la semaine dernière n’est plus. Changer, c’est mourir, perdre et trouver ». « Je composerai avec ma constante transformation. Si rien ne saurait  être définitif, mes égarements, mes tourments passeront aussi. Et s’ils doivent demeurer, je les accepterai ». Et vers l’avenir, notamment de ceux qui nous suivent : « Hier soir, je tenais ma fille dans mes bras. Comment savoir ce que me conseillait véritablement mon amour pour elle (…) car trop d’erreurs ont été commises sous le prétexte que ‘c’était pour ton bien’ ». Dans la foulée, belle occasion de réfléchir à l’occasion des Fêtes : « A quoi suis-je attaché par l’amour ? A trop de choses. A trop peu de choses ».