12/05/2009

Le besoin est grand de commissions d’éthique

 

 Pour changer, Beat Kappeler pontifie. Grand donneur de leçons, il informe la collectivité dans un article récent que les commissions d’éthique sont sans utilité. Pas étonnant chez un observateur à la vision fort « tunnelisée » sur l’économique, grand amateur de dérégulation jusqu’à ce que les mois récents l’incitent à mettre un peu d’eau dans son vin – et encore. Depuis début avril, je me trouve être président a.i. de la Commission nationale d’éthique pour la médecine humaine (CNE), dont M .Kappeler juge qu’on aurait tout intérêt à se passer ; je suis donc subjectif mais a-t-on le droit de demander si lui ne l’est pas aussi ?

 

Une commission nationale d’éthique est formée de personnalités d’expérience de diverses disciplines, qu’on doit pouvoir considérer comme des « sages » ; je vois d’ici certains s’esclaffer devant ma suffisance… j’assume cette prétention. Instituée par une loi fédérale de 1998, la CNE « suit les développements scientifiques et leurs applications dans les domaines de la santé et de la maladie. Elle prend position d’un point de vue éthique sur les questions sociales, scientifiques et juridiques qui s’y rapportent ». Mission dénuée de sens ? Comment nier que les avancées de la biomédecine interpellent des valeurs éthiques fondamentales ? S’en remettre à cet égard aux sages dans les troupes de M. Kappeler ?                        

 

Ses membres sont désignés ad personam par le Conseil fédéral et travaillent en toute indépendance, condition fondamentale dans tous les Comités de ce type dans le monde. En passant, on notera que si la Suisse supprimait sa Commission d’éthique, elle donnerait une nouvelle preuve de l’unique spécificité de son « Sonderfall » - tous les pays comparables au nôtre ont une telle instance nationale et la soutiennent bien mieux que nous ne le faisons, mais peut-être se trompent-ils tous ? 

 

En général, la question mérite d’être posée de savoir comment on peut conclure, aujourd’hui précisément, qu’il est inutile et dispendieux d’établir des Conseils/commissions de haut niveau se préoccupant d’éthique au plan de la collectivité (à côté de tant d’autres exclusivement consacrés aux choses sérieuses selon M. Kappeler, à savoir au business) ? N’est-il pas judicieux, nécessaire, d’avoir, à côté de la main invisible du marché et des âpretés au gain des capitaines d’industrie, des instances adéquatement mandatées dans ce sens, par les pouvoirs publics. Représentant un (potentiellement salutaire quoique modeste) contrepoids aux options respectables mais basées sur des critères trop simples, auto-centrés, de ceux qui se veulent entrepreneurs - et  pour qui ce titre ferait d’eux les seuls piliers crédibles de notre vie en commun ?

 

Des instances qui jettent sur les enjeux d’aujourd’hui et de demain un regard qui ne soit pas opportuniste ni intéressé (financièrement), non contaminé par les conflits d’intérêt qui ont été une plaie de notre société dans le passé récent. Qui soient à distance du « Filz » (des enchevêtrements de liaisons et de renvois d’ascenseur, dans l’économie et la politique, ici et ailleurs). Vraiment aucun besoin ? Poser la question, c’est y répondre.

 

 

 

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01/05/2009

Utilité des médecines complémentaires : intéressante polémique et nouveau « Gate » ?…

Interpellante émission « Falò », consacrée à la santé, de la Télévision suisse italienne jeudi soir 30 avril, sous le titre « Une légende à six millions » (c’est le coût du programme de recherche concerné). Les journalistes Harry Haener et Serena Tinari se sont penchés sur l’histoire du Programme national de recherche sur l’évaluation des médecines complémentaires (PEK) lancé en 1999, Ruth Dreifuss étant à l’époque Cheffe du Département fédéral de l’intérieur dont dépend la santé.

 

Le rapport final des travaux sur l’utilité de cinq méthodes thérapeutiques alternatives est sorti au printemps 2005. Le Dr Pedro Koch notamment - un confrère  qui a oeuvré  à l’OFAS et à l’OFSP - affirme (avec, pour ce que le téléspectateur en voit, des arguments crédibles) que le rapport final a été amputé, avant d’être rendu public, de plusieurs conclusions favorables aux dites méthodes. Est évoqué aussi le fait que, lors de la séance formelle de présentation des enseignements du programme, la majorité des nombreux intervenants prévus se sont désistés au dernier moment (sur pressions venues de quelque part ?). Parce que la décision avait été prise, au plan politique, de mettre un terme à l’expérience voulue par Ruth Dreifuss de donner leur chance à ces méthodes dans le cadre de la LaMal ?

 

S’il y a eu caviardage d’un rapport scientifique, ce n’est à l’évidence pas admissible. Le funeste George W. Bush s’est, parmi d’autres titres de gloire, illustré en « conformant » les commissions à mandat scientifiques de son Administration à ses a priori politiques et moraux, de façon inacceptable dans un monde libéral ouvert. A-t-il eu à cette occasion des émules dans notre bon pays ? Au reste, certains observateurs disent que le rapport en question manquait de l’impartialité scientifique indispensable, ce qui expliquerait qu’on l’ait aménagé … Peut-être mais la méthode resterait  discutable, pour dire le moins.

 

Y a-t-il là un « Naturo-alternativo-therapeutico-Gate », dont l’évocation tombe bien - ou mal, c’est selon - deux semaines avant une votation sur le sujet ? Il est vrai que chaque pays a les « Guerre de Troie »  qu’il peut… et nous sommes de grands spécialistes des tempêtes dans des verres d’eau. Affaire à suivre néanmoins, s’agissant des liaisons parfois dangereuses entre science et politique.

 

 

 

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