01/10/2016

Les promesses (et les risques) du numérique

La révolution numérique  transforme notre monde à un rythme inouï. Que nos (petits-)enfants ne semblent pas avoir de peine à assimiler, bien qu’on se demande si la physiologie humaine, et au sens large la vie en société, la culture, sont suffisamment adaptables pour « tenir le coup » à cette allure. Le téléphone portable en est un exemple extraordinaire. Cela m’avait frappé en voyage à Madagascar il y a quelques années, pays bien pauvre, où tout le monde paraissait disposer de cette technologie.

Helvetas consacre son magazine d'août 2016 à l’envol numérique. Le nombre de personnes utilisant un portable n’augmente nulle part aussi vite qu’en Afrique. Un interlocuteur du Mali : « On s’attendait à ce que ce soit la classe moyenne qui se jette sur ce moyen mais cela a été le fait des artisans, des vendeuses au marché, des conducteurs de camions. » Lorsque en 2012-2013 des rebelles islamistes ont occupé le nord du pays, « des stations de radio ont été alimentées en informations [bien utiles] par des utilisateurs de mobile (…) Lors d’élections, c’est un outil de lutte important contre les fraudes électorales. »

Les autorités utilisent la téléphonie mobile pour renseigner les citoyens sur de multiples sujets, y compris dans des urgences comme l’épidémie d’Ebola. « La formation est aussi bouleversée. Ce qui nécessite souvent des années pour les manuels scolaires est réalisé en temps réel dans les médias électroniques. » Risque de clivage entre ceux qui en disposent  et les autres ? « L’accès à l’informatique est bien plus large et profond que pour les anciennes technologies. En Afrique, 600 millions de personnes n’ont pas accès à l’électricité, mais sept personnes sur dix ont un portable. » Les échanges que permet l’électronique représentent un instrument précieux dans la sensibilisation à l’endroit de problèmes sociaux répandus comme les mauvais traitements infligés aux femmes.  

Le phénomène est global, au plan géographique et par sa pénétration dans toutes les activités de la société. Avec des promesses mais aussi l’émergence de craintes, en particulier quant à la vie privée de chacun. Ainsi, tout utilisateur de portable peut être géolocalisé ! C’est souhaitable si on part seul en montagne (il m’arrive de le faire sans portable et je me dis que c’est aujourd’hui critiquable), mais pas forcément ni toujours.

En médecine, le numérique fournit des moyens d’approcher et comprendre la complexité mieux et tellement plus vite. La branche pharma n’est pas en reste : Novartis  a décidé de soutenir la mise en place d’un réseau planétaire de données sur la santé et crée des applications pour téléphone portable pour les patients.

Le Dr Bertrand Kiefer de son côté consacre un récent article aux questions liées à la recherche : « A la suite de l’ensemble des sciences, et sans pitié pour les anciens pouvoirs, les données s’apprêtent à révolutionner la médecine. Mais ces données sont objet de trafics, de combines (…) Un changement de paradigme éthique devrait accompagner la médecine numérique. Il s’agit de considérer les données en santé récoltées dans la population comme faisant partie des ‘commons’ de l’humanité. Les ‘commons’, ce qui fait la valeur du monde et n’a pas de propriétaire. Tout cela est menacé». Ce qui devrait être des patrimoines communs/partagés de l’humanité (y compris des générations à venir) est trop souvent mis en cause par des évolutions privatisantes, où tout devrait être lucratif.