12/07/2019

Désinformation organisée, un fléau

Démarche de salubrité publique que l’entretien de Florent Quiquerez avec Martine Rebetez (24 heures du 8 juillet). Qu’il y ait de trop nombreux lobbyistes, influençant de manière très orientée nos parlementaires et d’autres, c’est une chose, et une majorité politique n’y trouve rien à redire. Mais que des montants par millions soient consacrés à répandre des messages faux, c’en est une autre. Le fait est que les colporteurs de « fake news » et autres « marchands de doute » ont le bras long - y compris pour dévoyer des personnes ou instituts en principe scientifiques, mais qui acceptent de souligner lourdement, par exemple, qu’en science « on n’est jamais sûr de rien ». Bien sûr, le doute fait partie intégrante de la démarche scientifique mais, sur le dossier climatique, les faits sont les faits, il n’y a plus de débat (pour 97% des scientifiques !). Occasion de rappeler le mot de Daniel P. Moynihan, homme politique américain majeur il y a quelques décennies (à une époque où dans mon souvenir il y avait dans ce milieu une certaine décence), qui disait « chacun a le droit à sa propre opinion - bien entendu - mais pas à ses propres faits ». Le médecin de santé publique que je suis se doit ici de rappeler que, avant les firmes du pétrole et du charbon, l’industrie du tabac s’est particulièrement illustrée par la propagation de notions inexactes en ce qui concerne la nocivité du tabac – 10'000 morts par an en Suisse.

 

 

19/06/2019

Les marchands de doute - et de choses qu'ils savent fausses

 

Samedi matin 15 juin, j’écoutais « Médialogue » sur la Première, avec un interview de Richard Eastes, scientifique français établi en Suisse. On parlait des « exploits » de la communication de groupes économiques cherchant à influencer les élus et la collectivité en général en propageant des informations fausses et/ou en instillant le doute sur des enjeux concernant leurs affaires. Référence a été faite à « Les marchands de doute », livre connu - bien en vue en ce moment dans nos librairies ; les Américains Naomi Oreskes et Erik Conway y démontrent et démontent les démarches, tendant à discréditer les acquis de la science, de secteurs craignant une baisse de leurs bénéfices. Les cigarettiers et les firmes pétrolières se sont beaucoup illustrés dans ce sens. Certains mouvements politiques ne sont pas en reste, suivant Donald Trump le grand gourou des "fake news" et de la vanité...

Tout en suivant l’émission, je parcourais le journal tous ménages « Edition spéciale » d’un grand parti nationaliste, arrivé peu avant dans ma boite à lettres. Avec des attaques en règle contre ceux qui se préoccupent des catastrophes vers lesquelles nous mène le dérèglement climatique attesté par 97% des scientifiques. Tout en refusant une quelconque responsabilité de notre pays à cet égard (trop petit pour faire une différence… comme si la Suisse n‘avait pas dans le monde une importance disproportionnée par rapport à sa taille). Avec aussi des compliments appuyés à l’action écologique d’une entreprise proche du parti…

Etonnante coïncidence… ce tous-ménages est une belle illustration des moyens mis en œuvre par les « marchands de doute ». 

 

 

 

15/06/2019

Des affiliés de la CPEV veulent qu'elle se montre responsable en désinvestissant les combustibles fossiles

Un groupe d’affiliés de la Caisse de pensions de l’Etat de Vaud très concernés par l’urgence climatique, animé par Etienne Schaufelberger, s’est constitué sous le nom de Divest-Vaud. Ils interpellent la Caisse en demandant un réexamen - urgent - de leurs modalités d’investissement. Ceci dans la foulée, entre autres, de l’action exemplaire du quotidien britannique « The Guardian », qui a fait du climat un thème prioritaire et met en exergue la formule "Laissez les combustibles fossiles sous terre".

Renoncer à ces énergies est un facteur majeur pour réduire les émissions de gaz à effet de serre. Et les mécanismes financiers usuels (ceux de la bourse) sont ici un levier potentiellement efficace. Si on parvient à convaincre les grands organismes financiers d’aller vers le désinvestissement, l’attrait de ces valeurs va beaucoup baisser et l'exploitation ces  énergies diminuera - comme diminuera le CO2 émis dans l’atmosphère. En réalité, quand la bulle (financière) carbone éclatera, les milliards investis dans les réserves fossiles s’évaporeront...  

 Une douzaine de personnalités romandes étaient réunies à ce propos à Lausanne le 24 mai dernier, pour inviter la CPEV à développer une stratégie respectant l'Accord de Paris de 2015. De cette manière, la Caisse non seulement donnerait un signal fort pour l’avenir des Vaudois, mais pourrait améliorer le rendement de ses investissements. Il importe que les affiliés de la CPEV s’interrogent : « Voulons-nous que nos retraites participent à un meilleur avenir ? » Comme eux, tout citoyen-ne concerné-e est invité-e à soutenir cette démarche via la plateforme en ligne divest-cpev.ch.

 Rappel : le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) a depuis longtemps sonné la sonnette d'alarme : un réchauffement de 4 degrés serait synonyme de catastrophes inouïes ; par exemple jusqu'à 75% des habitants de la planète pourraient être victimes - jusqu’à en mourir - de vagues de chaleur meurtrières. Or, chez nous, l’Office fédéral de l'environnement a rendu attentifs les investisseurs au fait que leur comportement actuel favorise une augmentation de température de l’ordre de 4 à 6 degrés avant la fin de ce siècle - alors que l’Accord de Paris entend la limiter à 1,5 degré.

 La réunion du 24 mai s’est tenue dans la Salle capitulaire de la Cathédrale de Lausanne. Frappant de penser que, pour discuter d’enjeux majeurs à très court terme (quelques décennies au plus), on se réunissait dans un bel espace gothique, illustrant la continuité et la (relative) stabilité historiques au cours des siècles. A vrai dire, on aimerait sauvegarder une stabilité… Extraits des propos d'orateurs de haut vol.

 « Entre l'égoïsme darwinien et l'altruisme humain, la raison dit de s'engager pour le  second », a affirmé le Prix Nobel Jacques Dubochet, qui depuis des années est de tous les combats pour la solidarité et le maintien d’un environnement vivable.

Margherita, représentant la Grève/Marche des jeunes pour le climat qui s’était déroulée peu auparavant dans les rues de Lausanne. « Quand j'ai rejoint le mouvement, j'avais déjà réduit ma consommation de viande et ma production de déchets, dit-elle. J'achetais local, de saison, de seconde main, je privilégiais les transports publics. La grève du climat valorise ces petits gestes du quotidien mais reconnaît leur limite. L'impact des actions individuelles est bien modeste face à celui des grands acteurs. Et ça fait peur. »

Susana Jourdan, cofondatrice des Artisans de la transition, a présenté leur travail - répercuté notamment par La Revue Durable. Charles Kleiber, ancien Directeur général du CHUV et ancien Secrétaire d'Etat, grand-père sans voiture de quatre petits-fils sans permis de conduire (!), a souligné les défis lancés au modèle occidental de démocratie libérale, actuellement menacé, érodé par des tentations autoritaires et les invasions de " fake news". 

Selon l’avocat Luc Recordon, ancien conseiller aux États, la pression économique est un puissant facteur de modification des comportements qu’il faut employer pour enrayer le dérèglement climatique. La prise de conscience des milieux financiers commence.

Les Grands Parents pour le Climat étaient représentés (en plus de Jacques Dubochet !) par Laurence Martin: « Au soir d'une vie remplie notamment par la vie associative, j'avais fait des adieux sereins à ces activités. Je pensais que le temps était venu du repli sur la famille et la méditation. Pourtant, La Revue Durable allait bouleverser ma perspective, il y a cinq ans, en relatant que des Grands-parents du monde entier se mettaient en route pour ne pas mourir de honte face à leurs petits-enfants. Parce que notre génération a aveuglément cédé à des habitudes de pillage et de gaspillage éhonté. »

Personne, individu, entreprise ou corporation, banque ou caisse de pensions, gouvernement, personne n’a seul les moyens de résoudre le problème. Et ne croyons pas à ceux qui manifestent une fois inébranlable dans les prouesses à venir des technologies, qui régleraient d’un coup de baguette magique les problèmes dramatiques et urgents actuels. L’action de Divest-Vaud est hautement pertinente.