08/12/2020

Nous avons demandé des signes, les signes ont été envoyés… (I)

Les Américains Naomi Oreskes et Erick Conway publient un petit livre intitulé « L’effondrement de la civilisation occidentale » (Ed. Les liens qui libèrent, 2020). Rappelons qu’ils sont les auteurs du formidable "Les marchands de doute " (2012), démontrant - et démontant - l'impact des lobbys dans notre monde.

Dans "L'effondrement", ils mettent en scène un historien futur étudiant un passé qui est notre présent et notre avenir (possible). Ainsi, à propos de la Conférence de Copenhague sur le climat qui a été un échec retentissant : « C'est en 2009 que le monde occidental a eu sa dernière chance sérieuse d'organiser son salut »... Trois grands chapitres : 1) L'avènement de la période de la Pénombre (début du XXle siècle); 2) La frénésie des énergies fossiles; 3) L'échec du marché. Avec un lexique des termes "archaïques" (sic !).

Ardu de résumer les descriptions faites des évolutions de la biosphère liées aux conséquences dévastatrices d'un système néo-libéral que la lenteur de la prise de conscience politique et sociétale ne permet pas d'enrayer. 

ll y a lieu de reconsidérer sérieusement l’influence que le cartésianisme, aspirant à la connaissance par la seule raison, de façon mécaniste, insistant sur la dualité Homme-Nature, a exercée durant des siècles.  Les auteurs mettent en évidence ses effets retardateurs, contre-productifs, dans les réponses aux défis actuels. « Si ce réductionnisme s'est révélé puissant dans bien des domaines, il a entravé la recherche sur les systèmes complexes. Il a aussi rendu difficile d'énoncer clairement la menace du changement climatique (...) Même les chercheurs qui avaient une vision d’ensemble répugnaient à la formuler publiquement : cela les aurait contraints à sortir des limites spécialisées de leur champ d'expertise ». Sensibilités académiques classiques aux conséquences regrettables

Ce qui doit être promu (selon l’observateur futur) : « Certains ont préconisé une science de la complexité, une science du système Terre », mais ils l’ont fait sans être suffisamment inclusifs. « Ces approches dites holistiques, presque entièrement concentrées sur les systèmes naturels, passaient sous silence les composantes sociales ». Ainsi les scientifiques n'osaient guère insister sur le fait que le dérèglement climatique « est causé par des gens », est d'origine anthropique. « Les scientifiques tels que les physiciens sont restés attachés à des méthodologies réductrices qui empêchaient de comprendre les interactions vitales entre le physique, le biologique et le social. » Tout est interactions.

17/11/2020

Prendre la mesure de ce que nous vivons (II)

L'attitude éclairée – et affirmée – d’un banquier

Patrick Odier est le patron d'une importante banque privée genevoise, il a présidé l’Association suisse des banquiers. Il a une sensibilité et un intérêt pour les enjeux climatiques, entre autres, et le démontre dans une prise de position récente (Reconnaitre la valeur du capital naturel. Le Temps, 2 novembre 2020). « Notre dépendance à l’égard de la nature a été révélée de manière flagrante cette année avec la pandémie de Covid-19. Le saut des agents pathogènes de la faune vers l’homme est probablement une conséquence du déplacement des espèces ou de la perte de leur habitat. Aujourd’hui, nous nous rappelons à nos dépens que la santé humaine, le bétail, la faune sauvage, notre alimentation et l’environnement sont tous interconnectés. » On croirait lire un leader écologiste ou un responsable de santé publique.

Et de rappeler que le 22 août 2020 la planète atteignait le jour du dépassement, celui où les ressources naturelles de la planète allouées pour toute l’année ont été épuisées. Cela vaut pour le monde ; pour des pays gros consommateurs/gaspilleurs comme la Suisse, ce jour était dans le courant du printemps ! « Concrètement, notre pays doit se préparer à la multiplication des dangers naturels. Les vagues de chaleur qui ont conduit aux périodes de canicule record de 2003 et de 2018 pourraient devenir la norme. »

Le PIB, un mauvais indicateur qu’il faut abandonner – Passage à une économie décarbonée

Odier toujours : « Étendard des indicateurs économiques, le produit intérieur brut (PIB), développé en 1937, fait toujours foi pour mesurer la croissance économique d’un pays. Or il est inutile face aux enjeux de la durabilité, car le capital naturel n’y est pas intégré (…) Alors qu’une grande partie de notre économie dépend directement du capital naturel, bon nombre des industries qui en dépendent se comportent comme s’il s’agissait d’une ressource gratuite et illimitée. »

Le changement climatique a des répercussions directes et indirectes sur les activités et les infrastructures humaines. « Des modèles d’affaires appropriés pour préserver et régénérer le capital naturel sont essentiels. Donner un juste prix à la valeur de la nature permet d’utiliser les instruments économiques pour la protéger. »

« Le passage à une économie décarbonée, soit à zéro émission nette, ne se produira pas sans une remise en question des [activités économiques] et de leur relation avec la nature. » En fait, il faut que tous, secteurs publics comme privés, se mobilisent pour la transition d’un modèle basé sur le gaspillage des ressources et les déchets « vers une économie circulaire, efficiente, inclusive et propre ».

Difficile de dire mieux.

 

18/10/2020

"I am Greta" - le film

Suis allé voir ce film qui sort sur nos écrans. Je suis, à quelques encablures des 80 ans, un militant pro-climat avec les jeunes, convaincu que là est le plus grand défi du moment (la pandémie est un problème sérieux, mais le nombre des vies humaines perdues ou gravement altérées par le dérèglement climatique sera un multiple très élevé des pertes vraisemblables par le covid.

S'agissant du film sur la remarquable ado suédoise, je me demandais comment les réalisateurs allaient éviter le piège d'un certain "culte de la personnalité". Ils y sont parvenus à mon sens. Au reste, NB; on peut comprendre l’enthousiasme que suscite Greta;  cette jeune femme fait preuve d'une force et d'un intelligence hors du commun, c'est tout à fait clair.. Cela étant, elle a aussi, qui n'en aurait pas, ses moments de fragilité

 Les enjeux auxquels nous sommes confrontés justifient pleinement qu'on aille voir "I am Greta".