18/02/2019

Climat - Un jeune parlementaire aux réactions de vieux - Myopie, désinvolture ?

Intéressant mais regrettable démonstration de myopie - ou d'ignorance - que le billet du conseiller national Ph. Nantermod,  dans le journal Le Temps du 12 février. Article titré "conférence de conciliation" alors que son propos est parsemé de vives critiques voire d’insultes pour ceux qui ne pensent pas comme lui: il parle des « plus enragés », de ceux qui tirent « les vieilles ficelles du populisme écologiste », des "esprits culpabilisateurs et catastrophistes ». On se demande si ces malheureux vont se précipiter pour dialoguer avec le conseiller national valaisan.

Mais il y a plus grave que ces incivilités. Trop occupé, ce jeune en vue, pour se pencher sur les faits et les conclusions fermes, massivement majoritaires, des scientifiques qui étudient le climat depuis des décennies et sur l’urgence avérée de la situation. Il demande une action raisonnable qui aboutisse à des solutions, tout en disant « Les mesures efficaces sont hors de notre portée (…) Notre pays ne peut porter seul ce fardeau. » C’est le classique « On ne peut pas être sage tout seul », trop souvent entendu dans les congrès des partis de droite. Au reste, personne ne demande à la Suisse d’agir seule mais de faire sa part, ce qu’elle ne fait pas pour l’instant. Monsieur Nantermod n’emploie pas optimalement sa juvénile fougue en gorillant les autres et en adoptant des tactiques dilatoires qui laissent de manière inadmissible les patates chaudes à nos enfants. Signe d’espoir que ses attitudes de vieux ne seront pas suivies : au moment où il écrivait, le Conseil des Etats prenait le contrepied du démontage de la loi sur le CO2 auquel a procédé la majorité myope (aveugle ?) du Conseil national. Ose-t-on proposer à M. Nantermod ce qu’il recommande aux autres : réfléchir davantage.

 

 

05/02/2019

Climat - Les marcheurs et les enjeux

Les mobilisations qui essaiment en Suisse et en Europe « frappent les observateurs par leur ampleur, leur jeunesse et leur ton radical » (voir par ex. « Les lanceurs d’alerte du climat », de Céline Zünd, Le Temps du 2 février). Une nouvelle preuve : samedi 2 février ont eu lieu des KlimaDemo/Manif pour le climat/, Manif per il clima dans quatorze villes de Suisse. En tout quelque 40'000 participants - vraiment pas mal !).

A Lausanne, ce sont plus de 10'000 personnes qui ont défilé, dans le calme et la bonne humeur. Avec des centaines de pancartes, bannières etc.  Des appels à la préservation de la nature, à la contestation et surtout à l’action – dans le sens d’un changement de modèle. De nombreuses expressions déplorant que les politiques dorment (soit la stricte réalité en ce qui concerne la droite parlementaire fédérale).

Parmi ces phrases lancées au public : « les dinosaures aussi pensaient qu’on avait le temps », « il n’y a pas de planète B », « la planète, tu la préfères bleue ou cuite ? ». Plus poétique : « faites fondre vos cœurs, pas la banquise ». Dans le même sens, plus politique : « Sauver la banquise plutôt que les banques ». Et le programme d’action le plus clair « Changer le système, pas le climat ». Dans la foule, des politiques d’importance, actuels et anciens, notre (heureusement toujours présent) Prix Nobel Jacques Dubochet. Aussi le chanteur Henri Dès avec fille et petite-fille.

Il y avait donc des notables, mais il faut admettre et souligner qu’on est là face à un vrai mouvement de base. La diversité des âges, des tenues et looks en témoigne et c’est la masse de la jeunesse qui impressionne, sa motivation. Un défi est de leur apporter le soutien pratique, peut-être le coaching et les compétences « techniques », qui permettront à la jeune génération d’imposer sa voix et sa place comme un acteur majeur sur la scène sociétale et politique.

 

14/12/2018

Climat – La Suisse ne peut pas s’en laver les mains

 

 

Remarquable présentation de Michel Bourban, dans Le Temps du 8 décembre, à propos du dérèglement climatique. Il souligne la double inégalité en résultant : les pays industrialisés en sont responsables pour la plus grande part, les pays en développement en souffrent le plus - pour l’instant. A la COP 24 de Katowice qui se termine en ce moment, les grands producteurs de pétrole (y compris, lamentablement, des Etats-Unis totalement désorientés par leur président) ont même l’indécence de nier le phénomène et ses causes.

 

Dans le même temps, dans le débat de la loi sur le CO2, les Chambres poussent à ce que la Suisse ne soit plus crédible sur ce dossier. Sa majorité de droite ne veut pas entériner les objectifs-phares de la COP 2015 de Paris, et entend passer à d’autres pays - en leur achetant des bons d’émission de CO2, le rôle de diminuer notre propre empreinte carbone. Illustration d'une certaine « bonne conscience helvétique » dans des aspects peu reluisants.

 

Que répondront ces très sérieux parlementaires, dans vingt ou trente ans, à leurs enfants et petits-enfants qui les interrogeront sur leurs votes de 2018, si sensibles aux intérêts de l’industrie des énergies fossiles - dont il est impératif de s’éloigner et bientôt de se passer ? Combien de temps encore pour que ces élus comprennent que l’égoïsme à la courte vue du « business as usual » n’est ici plus possible ? Quand ce pays montrera-t-il un vrai sens de l’intérêt commun au niveau global ?