26/06/2019

Chez nos voisins: la désastreuse affaire Vincent Lambert

Au cours de mes rencontres récentes, j’ai encore à trouver quelqu’un qui se réjouisse de la poursuite de la saga Vincent Lambert chez nos voisins français. Que je rappelle que, suite à un accident de circulation en 2008, cet ancien infirmier est resté en état dit « végétatif. » Basé sur sa vie avec lui et ses volontés clairement exprimées à l’époque, son épouse souhaite qu‘on le laisse mourir en paix.

Les plus hautes instances judiciaires ont donné raison aux médecins qui se sont ralliés à la détermination de l’épouse (qui représente son mari). Ce à quoi s’opposent avec une virulence hors du commun les parents de Vincent L. et leurs avocats, qui ont multiplié les recours et continuent à le faire.

Comme médecin cantonal, j’ai vécu l’évolution des attitudes en rapport avec la fin de vie. Ainsi que le développement réjouissant des soins palliatifs, domaine essentiel de la médecine contemporaine. Ces enjeux sont je le crois traités avec justesse et respect chez nous. Mais j’ai toujours été impressionné, inquiet, depuis des années, de voir comment outre-Jura on ne parvient pas à dialoguer sereinement mais qu’au contraire on s’étripe (le mot est à peine trop fort) sur la place publique - sans apparemment prendre la peine de considérer la position de l’autre partie.

La lecture récente de l'ouvrage* d’une médecin britannique qui a fait carrière dans les soins palliatifs m’amène à citer des propos qu’on aimerait faire parvenir aux oreilles, à l’intelligence et aux coeurs de protagonistes dogmatiques : « Oui ou non avons-nous le droit de choisir quand mettre un terme à notre vie ? Nous sommes nombreux à avoir une opinion à cet égard, liée à des perspectives diverses quant à l’autonomie personnelle, la fragilité de la condition humaine […] Il n’y a pas de doute que, des deux côtés, ceux qui font campagne [pour ou contre l’euthanasie ou l’assistance au suicide] sont motivés par des éléments de compassion et principe. Pourtant, la discussion, si souvent polarisée et bruyante, semble avoir peu de rapport avec ce qui est vécu. Beaucoup de ceux qui travaillent quotidiennement en soins palliatifs sont exaspérés par les positions tranchées des militants de l’une ou l’autre vision, alors que nous savons que la réalité n’est ni noire ni blanche mais faite de nuances de gris. La perspective qui manque aux deux ‘bords’ est la réalité du mourir humain. »

Devant des épisodes réitérés comme ceux qui entourent le lit de Vincent Lambert, on craint vraiment que certains des acteurs ne s’intéressent qu’à leurs idées préconçues et pas à la vraie vie – ou la vraie mort. 

*Kathryn Mannix. With the End in Mind – How to Live and Die Well. Londres: William Collins, 2018.

19/06/2019

Les marchands de doute - et de choses qu'ils savent fausses

 

Samedi matin 15 juin, j’écoutais « Médialogue » sur la Première, avec un interview de Richard Eastes, scientifique français établi en Suisse. On parlait des « exploits » de la communication de groupes économiques cherchant à influencer les élus et la collectivité en général en propageant des informations fausses et/ou en instillant le doute sur des enjeux concernant leurs affaires. Référence a été faite à « Les marchands de doute », livre connu - bien en vue en ce moment dans nos librairies ; les Américains Naomi Oreskes et Erik Conway y démontrent et démontent les démarches, tendant à discréditer les acquis de la science, de secteurs craignant une baisse de leurs bénéfices. Les cigarettiers et les firmes pétrolières se sont beaucoup illustrés dans ce sens. Certains mouvements politiques ne sont pas en reste, suivant Donald Trump le grand gourou des "fake news" et de la vanité...

Tout en suivant l’émission, je parcourais le journal tous ménages « Edition spéciale » d’un grand parti nationaliste, arrivé peu avant dans ma boite à lettres. Avec des attaques en règle contre ceux qui se préoccupent des catastrophes vers lesquelles nous mène le dérèglement climatique attesté par 97% des scientifiques. Tout en refusant une quelconque responsabilité de notre pays à cet égard (trop petit pour faire une différence… comme si la Suisse n‘avait pas dans le monde une importance disproportionnée par rapport à sa taille). Avec aussi des compliments appuyés à l’action écologique d’une entreprise proche du parti…

Etonnante coïncidence… ce tous-ménages est une belle illustration des moyens mis en œuvre par les « marchands de doute ». 

 

 

 

05/03/2019

Semaine de la Durabilité dans les Hautes Ecoles de Suisse

Cette semaine, en Suisse, les étudiants et leurs institutions s’engagent vivement pour cette cause. Dans une quinzaine de Hautes Ecoles se déroulent du 4 au 9 mars les activités de la Semaine de la Durabilité (Sustainability Week Switzerland – www.sustainabilityweek.ch), dont le lancement pour l’Unil et l’EPFL a eu lieu le 28 février à Dorigny.

Les enjeux du dérèglement climatique sont tels qu’on reste perplexe, interloqué. Bertrand Kiefer tout récemment dans la Revue médicale suisse: « En 2019, le climat, la finance folle et la croissance des inégalités feront un peu parler d’eux. Bien loin cependant de leur réel impact (…) Dans ces débats, les universitaires se sentent la responsabilité de mettre des nuances. Mais ces nuances composent une pièce de théâtre pour enfants, déroulant une histoire bisounoursée ».

L’expérience des commissions d’éthique m’a souvent laissé songeur devant l’extrême attention portée à tous les détails imaginables d’une question posée, sans en aucune manière se pencher sur les enjeux généraux (parce que c’est trop « gros », trop multifactoriel, pas de notre ressort ni dans nos compétences…). Le philosophe suisse Mark Hunyadi plaide avec force pour que l’on passe de l’éthique usuelle pointilliste (où « c’est comme si nous luttions pour la liberté de choisir la couleur des briques de notre propre prison »- sic),  à une Grande éthique voyant large et loin.

Or, c’est un tel changement qu’impliquent les mobilisations pour le climat… Les mieux disposés (je pense à des amis politiques de haut niveau et autres notables) vous écoutent, consentent qu’il y a un problème, mais le saut logique qui consisterait à mettre en cause le « système » reste simplement inimaginable.  Avec entre autres l’excuse classique du « On ne peut pas être sage tout seul »… Il faudra bien pourtant, une fois.

Les médecins et soignants sont évidemment concernés, au vu des impacts délétères du dérèglement climatique, pour les personnes individuelles et leur bien-être comme pour la santé publique – la mise au point la plus affûtée étant le « Compte à rebours » de Lancet, une des meilleures revues médicales du monde, régulièrement mis à jour.