01/08/2018

La révolution du partage

Depuis des années, l’émergence de grands donateurs individuels tels que Bill Gates et Warren Buffett, qui consacrent des milliards à des actions de développement est un phénomène interpelant. Ce mouvement, un vrai changement de paradigme, auquel s’associent maintenant Jeff Bezos, d’Amazon, et Mark Zuckerberg, de Facebook, est à l’évidence significatif et il ne s’agit pas de s’y montrer hostile - notamment compte tenu de la stagnation voire la diminution des engagements publics. Dans un article étoffé (1), Julie Rambal relève que la finance nouvelle génération va dans le même sens : « selon un sondage de U.S. Trust, trois quarts des millenials accordent la priorité aux objectifs sociaux dès qu’ils investissent. »

Dans son numéro du 28 mai 2018 consacré aux « Next Generation Leaders », le magazine Time cite Chris Long, 33 ans, star du football US qui a donné l’entier de son salaire de base 2017, un million  de dollars, à des œuvres caritatives, tout en apportant son aide pour rassembler deux millions supplémentaires – affirmant vouloir « tirer chaque goutte de mon potentiel pour améliorer les choses autour de moi ». 

Une telle philanthropie privée n’a pas vocation à être seulement le fait de gens (très) riches. Selon Alexandre Mars, serial entrepreneur français qui a fait fortune aux Etats-Unis et se veut aujourd’hui « activiste du bien social », un mouvement large se marque. « Il y a une évolution réelle, une quête de sens de plus en plus partagée. De nombreuses personnes aimeraient en faire plus (…) Les générations précédentes s’intéressaient au moi, à toutes ces choses qui relevaient de notre nombril. Aujourd’hui, la deuxième question qu’un candidat pose dans un entretien d’embauche, ce n‘est plus la taille du bureau ou si le bureau donne sur le lac, c’est ‘Quelle est votre action sociale ?’»

Mars vient de publier La révolution du partage (Flammarion, 2018) et, pour donner aux gens des pistes sur comment s’y prendre pratiquement, a créé une start-up, Epic.

Peter Singer, le philosophe australien qui enseigne l’éthique aux USA et a souvent pris des positions décoiffantes, s’intéresse au sujet, sur un mode utilitariste : « L’altruisme efficace est à la fois une philosophie et un mouvement social consistant à utiliser une démarche scientifique pour trouver les moyens de faire le maximum de bien (…) C’est très bien de donner, mais il faut le faire intelligemment. »  Il cite le cas d’un de ses brillants étudiants qui, alors qu’il pouvait faire un doctorat de philo à Oxford, a choisi de se faire embaucher par un cabinet financier de Wall Street, après avoir calculé qu’il pourrait alors donner bien plus à des associations caritatives.

Révolution du partage ? Well… beaucoup seront d’accord avec l’idée comme principe  général mais il y aura plus de réticences si elle nous touche directement, près de soi et de ses intérêts – le syndrome connu du NIMBY (« Not in my backyard » - pas dans mon jardin). Pour avancer dans le bon sens, peut-être avons-nous besoin de nous laisser convaincre que l’espèce humaine, plutôt que d’être fatalement marquée par la compétition voire l’agressivité, est la plus coopérative du monde vivant, comme l’affirment Servigne et Chapelle (L’Entraide, l’autre loi de la jungle. Paris : Les Liens qui libèrent, 2017).

1.Et soudain la finance devint altruiste (article de J. Rambal). Le Temps, 30 décembre 2017, p. 6.

 

 

 

 

27/03/2018

Le Parlement contre la santé de la population

 

Les Chambres fédérales démontrent une belle persévérance dans le refus de mesures qui peuvent apporter de réelles contributions en vue d’éviter de rendre nos concitoyens malades - et dans la foulée diminuer les frais médicaux. La Commission de la sécurité sociale et de la santé du Conseil des Etats vient de proposer de ne pas donner suite à une initiative du canton de Neuchâtel de taxer l'adjonction de sucre aux boissons et aliments. Pourtant, ce serait une mesure éminemment utile, mise en oeuvre avec des résultats positifs dans plusieurs grandes villes et pays. Et il y a lieu malheureusement de  mettre en relation cette prise de position négative avec la veulerie du Parlement en ce qui concerne une loi plus claire, correspondant aux intérêts de la collectivité, en matière de tabagisme. La même chose est vraie pour la loi sur les jeux d’argent, où on s’oppose à des mesures qui en limiteraient l’accès et réduirait le nombre de personnes dépendantes.

Tout cela voulu sous la coupe des lobbys concernés, au motif fallacieux de ne pas brider la liberté de chacun (la liberté de se faire du mal). En oubliant opportunément de tenir compte du fait que notre libre détermination est bien plus influencée (en mal) par les matraquages publicitaires multiples nous incitant à des consommations délétères que par les efforts des professionnels de santé publique. Ces derniers ne disposant que de très peu de moyens d’informer adéquatement alors que, de l’autre côté, on ne voit guère  de limite aux ressources consacrée à faire passer des « fake news » (l’industrie du tabac continuant à s’illustrer dans ce domaine).

15/01/2018

Diversité des formes familiales, avec quelles conséquences ?

40 ans après Louise Brown, premier « bébé-éprouvette »

C’est en 1978 que Edwards and Steptoe permettaient la naissance du premier « bébé-éprouvette », en Angleterre. La Société suisse de psychologie a invité la Prof. Susan Golombok, de l’Université de Cambridge, à parler à Lausanne du thème « Modern families : parents and children in new family forms ».

A la naissance de Louise Brown, le magazine Time avait titré « La naissance la plus attendue en 2000 ans »… Cette réussite médico-technologique avait frappé les esprits, mais on n’imaginait guère  les développements extraordinaires qui s’ensuivraient. De nombreuses questions étaient posées : Qu’allait être le devenir des enfants nés de procréation médicalement assistée (PMA) et de leurs parents? Comment seraient résolus les aspects pratiques et juridiques liées à des notions ainsi bousculées, procréation et filiation?

Au Royaume-Uni, de hautes instances judicaires avaient à l’époque interdit certaines modalités au motif de leurs effets délétères postulés - et on retirait la garde de leurs enfants aux mères lesbiennes qui en avaient eu (dans un partenariat hétérosexuel) ! Partout aujourd’hui, ces questions sont débattues (à ce stade, 6,5 millions d’enfants sont nés par FIV).

Les travaux de l'équipe dela Prof. Golombok portent sur l’évolution des membres des familles « nouvelles »: avec don de sperme ou ovule, avec mère de substitution, familles gays (à deux mères ou deux pères). Leurs résultats ont mis au défi certaines craintes à propos de ces familles et du développement des enfants. "Les familles PMA vont bien, l'important pour le bien-être des enfants est la qualité des relations intra-familiales,  indépendamment du genre des parent.s» Les enfants peuvent prospérer – ou non – aussi bien dans ces familles différentes que dans les traditionnelles. Plus de 90% des enfants vivant dans des familles à parents gays développent une orientation hétérosexuelle.

Une question majeure est celui du secret (quant au fait qu’il y a eu PMA, don de gamète ou grossesse pour autrui). Les études confirment que les enfants qui ont été informés le vivent mieux que ceux maintenus dans l’ignorance. Est  confirmé aussi que, très généralement, les enfants sentent qu’on leur cache quelque chose. Au reste, il ne s’agit pas de nier la difficulté pour des parents PMA d’en parler à leur progéniture ; mais souvent les parents qui n’ont rien dit à leur enfant en avaient parlé à d’autres autour d’eux !!

Développement aux USA : le Donor Sibling Registry, un site où les enfants nés par PMA avec don de sperme ou d'ovule peuvent rechercher leurs demi-frères et sœurs (le maximum ainsi trouvé est de 55, mais des articles de la presse grand-public ont parfois évoqué des chiffres plus élevés!). Ce registre a plus de 55'000 membres. Intéressant de savoir que ces enfants (devenus ados ou adultes) ont plus envie de prendre contact avec leurs « demi-frères ou soeurs » qu’avec le donneur de gamète.

Une dernière dimension, sociétale : il arrive que des enfants de familles différentes soient l’objet de questions désagréables et moqueries, à l’école par exemple : alors que des mots racistes seraient immédiatement sanctionnés par les maîtres, ces derniers sont moins fermes, voire hésitants, s’il s’agit de remarques sur les circonstances familiales. Partout, on peut encore progresser.