08/10/2016

Fin de vie: tension entre théorie et réalité clinique

A propos du livre de Emmanuel Hirsch  Mort par sédation - Une nouvelle éthique du « bien mourir » ? (Toulouse : Editions érès 2016, 209 pages).

Emmanuel Hirsch est un intervenant marquant en bioéthique francophone. Il a écrit ou dirigé de nombreux ouvrages. Cette dernière publication peut être dite militante, dans la mesure où elle présente en détail ses réserves, en fait son opposition, aux modifications apportées le 2 février 2016 à la loi français dite Leonetti (de 2005) créant de nouveaux droits en faveur des personnes en fin de vie. Sa crainte est que, avec la sédation terminale ainsi incluse au cadre légal, on s’achemine vers l’acceptation de l’euthanasie, comme au Benelux, ou vers le suicide médicalement assisté, comme en Suisse (auxquels certains semblent prêts à retirer la qualité de pays civilisés).

L’auteur a été très impliqué dans les débats qui ont précédé l’adoption de dite loi. Et il regrette que ceux qui avec lui ont les mêmes réserves n’aient pas été assez entendus par le parlement français. Cela étant, on pourrait  souhaiter que ceux qui critiquent les modifications et l’évolution dont elles font partie se penchent sur la réalité au lit du malade. Ainsi sur le caractère insuffisamment pertinent voire inapproprié (notamment dans les situations aiguës et de soins intensifs) de distinctions et limites sur lesquelles on a beaucoup insisté jusqu’ici. La formule « Laisser mourir, oui, faire mourir jamais » est théoriquement parfaite mais en pratique de plus en plus souvent inopérante - une insistance dogmatique sur ce point peut certainement aller à l’encontre de l’accompagnement le plus approprié. Hirsch en est d’ailleurs conscient quand il relève que « les techniques de réanimation ont rendu parfois indistincte la frontière entre vie et survie artificielle ». En fait, ce n’est pas « parfois », c’est la réalité fréquente aujourd’hui d’une médecine qui dans des situations irréversibles peut maintenir indéfiniment l’existence. Mettre l’accent sur le caractère déterminant de l’intention d’une mesure n’est pas plus aidant, et risque de ne servir qu’à stigmatiser. Hirsch questionne aussi la conclusion « On meurt mal en France » de l’important Rapport de la commission Sicard de décembre 2012. Pourtant, cette conclusion est largement admise. Un autre point majeur est la notion d’abandon : pour l’auteur, c’est abandonner le patient que de permettre la sédation terminale ; dans la pratique, on rencontre aussi des malades qui jugent qu’on les abandonne en les laissant souffrir jusqu’à la dernière extrémité - et qui serions-nous pour les disqualifier ?

En 4e page de couverture est posée, avec quelque dépit, la question : « N’aurait-il pas été alors plus sage et courageux de créer les conditions effectives d’un choix possible entre un accompagnement humain jusqu’au terme de la vie et une euthanasie par compassion ? ». Il est vraisemblable que l‘avenir est dans ce sens. A ceci près qu’il n’y a pas lieu de choisir l’un ou l’autre mais qu’il est tout à fait possible d’avoir un accompagnement digne, d’une part, et d’autre part, quand les circonstances précisément le rendent humain et compréhensible, d’ouvrir la possibilité d’une assistance médicale au suicide ou d’une euthanasie. Sur la demande instante et répétée du patient capable de discernement.

 

 

 

 

 

04/09/2016

Burkini - L'importance de ne pas se ridiculiser

 

Remarquable démonstration de discernement et de sens des valeurs que les propos de Martine Brunschwig Graf, le 30 août dans 24 heures sur le voile islamique (qui, soit redit en passant, ressemble souvent à s’y méprendre aux foulards de nos grands-mères) et, période estivale oblige, sur le burkini (NB : le présent courrier ne traite pas de voile couvrant la totalité du visage).

Nos voisins français sont en train de se ridiculiser par des empoignades de préau d’école. A telle enseigne que le Conseil d’Etat (autorité qui vérifie la cohérence des textes juridiques) vient d’annuler, à juste titre, les dispositions prises par des communes interdisant cette tenue de bain. Comme le relève un observateur : quelle différence entre une femme en burkini et le plongeur sportif ou surfeur qui, après l‘effort, décide de simplement se baigner ou s’allonger sur la plage dans sa combinaison ? Des censeurs pleins de leur interprétation à eux de notre tradition judéo-chrétienne construisent des argumentations discriminantes mais, en réalité, il s’agit dans les deux cas d’êtres humains avec la même allure et les mêmes droits, et qui ne font de tort à personne.

Plus que jamais il est souhaitable de rester objectif, sérieux. Le vrai danger, dont on espère que la pondération helvétique saura l’éviter, est que l’on entame des  « guerres de religion » nourries par des tribuns voyant des incendies là où il n’y en pas. Tribuns qui en fait refusent le droit à la différence qu’il est essentiel de préserver, dans le cadre au reste du respect mutuel attendu au sein de la société.

28/04/2016

Nouvelle votation sur le DPI - Des signes que le bon sens pourra prévaloir

 

Le 5 juin prochain, nous votons à nouveau sur le diagnostic préimplantatoire (DPI). Après que, par une modification de la constitution fédérale, le peuple en ait accepté le principe à une large majorité, c’est la loi d’application qui est maintenant soumise. Il s’agit donc de permettre à des couples à risque de transmettre une maladie héréditaire grave à leur enfant de bénéficier d’un examen de l’embryon (conçu par une méthode de procréation assistée), avant son implantation chez la mère. La plupart  des pays qui nous entourent  autorisent cette technique, sans que les craintes évoquées chez nous par les opposants se soient concrétisées. Et c’est vers ces pays que les couples suisses concernés sont aujourd’hui contraints d’aller – ce qui à l’évidence est une sélection par l’argent.

Un sondage récent (24 heures du 22 avril) montre que, alors que 20% des citoyens restent indécis, les tenants du oui sont nettement plus nombreux que ceux du non. Et le 23 avril le congrès du parti démocrate-chrétien vient d’apporter une heureuse surprise, en soutenant clairement la loi. Signe de  bon sens, indication de ce que la population garde le recul adéquat vis-à-vis de propos très excessifs qu’on voit réapparaitre dans des états-majors politiques ou religieux, selon quoi la loi ouvrirait toute grande la porte à des dérives (il n’est pas acceptable de caricaturer en parlant de « scénario à la Frankenstein» !). Comme la  Fédération des médecins suisses, qui s’engage pour la loi, je suis de ceux qui encouragent l’électeur à confirmer son vote antérieur.