25/07/2016

Interruption de grossesse: La Suisse fait très bien, a un taux très bas

 

Les médias se préoccupent régulièrement de la situation de l’interruption de grossesse - récemment à nouveau. On observe des différences d’importance entre cantons mais il faut souligner que la situation est nettement moins hétérogène qu’auparavant. Une source que je juge fiable disait que, dans les années 1970-1980 et dans un canton catholique proche du mien, le Conseil d’Etat était tenu informé des interruptions admises dans le canton (quelques-unes par an)… Et nous connaissions une assez importante migration, de Suissesses voisines et de Françaises venant chercher une IG sur Vaud. Même après le changement légal de 2002, on sait que durant plusieurs années les Haut-Valaisannes ne pouvaient obtenir une IG chez elles. A l’époque aussi, Nidwald a dû licencier le gynécologue de son hôpital cantonal qui refusait de les pratiquer.

Le plus important, vraiment, c’est que depuis plus de vingt ans la Suisse globalement a le taux d’IG le plus bas d’Europe - ou un des plus bas, selon les années. C’est à mettre au crédit du fait que le planning familial est généralement accessible et que des programmes d’éducation sexuelle existent presque partout, après des efforts  pionniers durant des décennies. D’où une diminution des grossesses non désirées et donc de la pression vers l’interruption. En ce qui concerne les taux d'IG plus élevés observés chez les étrangères, le manque d’information et un accès plus difficile au planning sont en cause. Comme médecin cantonal préoccupé de ces questions, il m‘arrivait de parler, à propos de certaines migrantes (parmi lesquelles des Européennes aussi) d’ « analphabétisme en matière sexuelle ».

Une chose encore : les médecins ont le droit  d’invoquer la clause de conscience pour refuser de pratiquer l’IG, mais ils ont alors le devoir déontologique d’orienter la femme vers un confrère susceptible de la réaliser. Refuser de donner une telle information ou user de manœuvres dilatoires est simplement inadmissible  – comme l’est le fait de profiter de la détresse de la femme pour un gain pécuniaires accru (choses que malheureusement on a vues).

 

 

19/05/2016

Les abus sexuels, leur détection, leur prise en charge

A propos du livre de Florence Thibaut, Les abus sexuels (Editions Odile Jacob, 2015)

« L’histoire de la violence sexuelle remonte aux origines de l’humanité, il a pourtant fallu attendre jusqu’à récemment pour que les victimes, en très grande majorité des femmes ou des fillettes, voient leur statut de victimes puis leur souffrance psychologique davantage reconnus ». « On se heurte au mur du silence des victimes ; moins de la moitié d’entre elles parlent de leur agression et seulement 10% osent porter plainte ; elles continuent trop souvent à endosser la culpabilité du viol (…) C’est pourquoi il est très important de laisser une large place à leur parole ». Florence Thibaut, professeur de psychiatrie et d’addictologie à l’Hôpital Cochin, Paris, s’adresse dans cet ouvrage aux besoins correspondants.

Onze chapitres. Les premiers font un état des lieux, donnant un aperçu historique, des définitions, puis un panorama de la violence sexuelle en termes chiffrés. Discutant les raisons qui font que les victimes restent si souvent muettes et que les professionnels ne déclarent pas systématiquement les situations. A partir du chapitre 4, on entre dans la pratique : quand faut-il penser à une agression, chez un enfant, un adolescent ? Le chapitre 6 est consacré au point de vue des victimes et le suivant à leurs réactions psychologiques, immédiates et/ou à long terme. Viennent ensuite la législation et les aspects judiciaires, avec le renforcement récent des droits de l’enfant. Le dernier chapitre est consacré à la prévention, y compris l’identification précoce des situations à risque et la problématique Internet. Plusieurs annexes complètent l’information pratique, sur les modalités de signalement, le secret médical auquel il peut être dérogé, l’examen médical et le recueil des preuves.

Des points à noter : La survenue d’abus ne dépend pas de manière importante du milieu social. Le viol entre époux est maintenant condamnable dans la plupart des pays. L’importance aggravante d’un rapport d’autorité ou de dépendance entre abuseur et victime est unanimement reconnue. Le risque est accru de devenir un abuseur si l’on a été soi-même abusé.

S’agissant de pédophilie : se souvenir que « dans la plupart des cas, les signes sont indirects et très peu spécifiques. Ce qui doit alerter, c’est une modification importante du comportement de l’enfant, dans son milieu familial ou scolaire, ne pouvant être expliquée par un évènement identifiable. »

« Difficile pour la victime de faire un choix, sachant que se taire ou parler peut aboutir à la même conséquence : la mort sociale ». Pour l’inceste, des auteurs parlent d’assassinat psychique. On sait la difficulté écrasante, en cas d’inceste, de briser ce « secret entre nous » (abuseur dixit), vu comme une trahison…

Des programmes nécessaires : 1) la mise en place de centres pluridisciplinaires spécialisés d’accueil et d’examen ; c’est heureusement  un domaine où des progrès significatifs sont réalisés, sous l’égide de la médecine légale ; 2) « les soins apportés aux agresseurs sexuels eux-mêmes sont un élément clef dans la réduction du nombre d’abus ». La formation dans ce but d’équipes compétentes permettra de limiter les récidives (un tel lieu vient d'être ouvert à Lausanne, le Centre prévention de l'Âle, rue de l'Âle 30); 3) un rappel qui devrait aller de soi : « il est très important, pour prévenir, de renforcer les programmes d’éducation sexuelle, et d’insister sur la nécessité d’un consentement entre partenaires lors d’une relation ».