31/01/2008

Evolution de la pratique médicale

 

Devenu médecin au milieu des années 1960, j’ai bien connu la pratique « en solo » de la plupart de mes confrères, généralistes pour l’essentiel : beaucoup de villages moyens avaient leur médecin de famille, tout près de la population, disponible constamment quelque 300 jours par an. Par la suite, j’avais comme médecin cantonal de fréquents contacts avec des praticiens, en ville comme à la campagne, menant cette vie de docteur à tout faire, de premier et de dernier recours. Hommes et femmes de bon conseil, pivot de la prise en charge de la population.

 

Deux ou trois décennies plus tard : peu de praticiens sont aujourd’hui disposés à être « pendus à un clou » comme on dit, chaque jour et nuit que Dieu fait – et bien sûr on les comprend ; le médecin n’est plus autant le notable qu’il était, qui se sentait tenu d’être là, de répondre à toutes demandes : médecin scolaire, médecin délégué, instructeur des Samaritains, membre de la commission de salubrité communale, voire municipal ou député. Il est devenu bien plus « normal » pour le praticien de prendre des loisirs. La profession s’est féminisée, une bonne chose à plusieurs égards. Les connaissances médicales sont devenues beaucoup plus sophistiquées et les patients plus exigeants (clairement, le patient ou ses proches n’osaient guère se manifester à l’époque, même si la prise en charge apparaissait moins qu’optimale). L’informatique et Internet sont passés par là, etc.

 

Cette évolution peut rendre souhaitable la mise en place de cabinets de groupe ou de réseaux de médecins. Des raisons de communication entre collègues, de facilité de regards croisés sur des situations difficiles, qu’elles soient somatiques ou psychosociales (voir le succès de ce qu’on appelle cercles de qualité). Et des raisons de permanence et continuité, dans le contexte nouveau qui vient d’être évoqué.

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22/01/2008

Les non-malades et pré-malades: une population croissante !?

Excellent éditorial du Dr Antoine de Torrenté sur les « non-maladies », dans le numéro du 16 janvier 2008 du Forum médical suisse. Il discute la question des facteurs de risque qui peuvent amener à proposer un traitement quand bien même vous vous sentez en bonne forme. Extraits : A supposer que vous présentiez telle ou telle caractéristique, « un rendez-vous chez votre médecin de famille pour une babiole va vous faire basculer dans le camp des pré-hypertendus. D’un homme en parfaite santé, vous voilà transformé en vrai malade et jeté dans les limbes de la médecine où errent, inquiets, préoccupés, les nouveaux clients de la médecine et de la Pharma ». Et plus loin : « Au cours de la dernière décennie, combien de patients ont été étiquetés prédiabétiques, préhypertendus, dyslipidémiques car constamment la norme qui sépare les bien-portants des malades a été abaissée ».

 

Problématique sérieuse, pratiquement, aussi bien pour les conseils prodigués par mes confrères à leur cabinet que, d’un point de vue éthique notamment, en ce qui concerne le rôle de l’industrie pharmaceutique. Il y a là des poussées tout à fait discutables de l’économie, déstabilisantes pour le système de santé et ceux qui y travaillent, qui méritent beaucoup d’attention : ce que les Anglo-Saxons appellent disease mongering (l’action des vendeurs de maladies, de ceux qui les « fabriquent » et en font le commerce). Alex Mauron, bioéthicien genevois connu, dit à ce propos : « Au ‘magasin des maladies’, on élargit constamment les limites des pathologies et donc le marché des traitements, pour autant que ceux-ci soient profitables à l’industrie pharmaceutique. C’est ainsi qu’on transforme les bien-portants en malades, gaspille des ressources précieuses et cause des dommages iatrogènes (dus au traitement)». Titre de son article : « Le Dr Knock rencontre Big Pharma ». Il évoque aussi l’histoire extraordinaire, il faut bien le dire, du sildénafil (Viagra) et des substances similaires, qui « a vu la dysfonction érectile liée à des lésions organiques, marché limité par définition, redéfinie et promue au rang de problème de santé majeur censé affecter la majorité des hommes de plus de quarante ans. La saga de la ‘dysfonction sexuelle féminine’ est elle également pleine d’enseignements ».

 

Mais peut-être convient-il aujourd’hui de ne pas critiquer cette « fabrication » de (pré)malades parce que l’activité économique y relative apporte sa pierre à la lutte contre la récession ??

 

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11/09/2007

Prendre en charge les brûlés - Admirable...


 

 

Belle fin de semaine dernière, au CHUV - et sur la TSR - , avec les manifestations organisées par le Centre des brûlés du CHUV, autour du Dr Wassim Raffoul et du Professeur Mette Berger - avec de nombreuses collaborations dont celle de Flavie, association des personnes brûlées et à l’occasion de la Journée nationale des hôpitaux, On se félicite de ce que les média  de notre région y aient accordé un intérêt attentif.

 

De l’excellent travail se fait dans de multiples domaines et services, on le sait mais on peut le redire. Pour prendre le CHUV - comme on peut s’en rendre en lisant les courriers de lecteurs - les expressions de satisfaction et gratitude sont bien plus nombreuses que celles qui critiquent. Dans tous les cas, ce qu’on a vu et entendu à propos des prises en charge de grands brûlés, si astreignantes (on peut avoir en permanence quatre infirmières autour d’un patient, sans compter les médecins et les autres), si longues, en était une vraie confirmation.

 

Extraordinaire intrication des aspects de médecine intensive d’abord (assurer la survie), de douches et pansements réguliers, de greffes de peau, puis d’une réadaptation aux multiples dimensions, physique (physio- et ergothérapie), psychologique et psycho-sociale (vivre avec un nouveau corps, assumer le regard que portent les autres sur vous). Ai noté que, entre autres moyens, l’hypnose y trouve une place.

 

J’ai été frappé par l’expression d’une membre de l’équipe qui s’attache particulièrement à ces aspects psychologiques : il s’agit avec le patient de « tisser une peau de mots »… Elle relève que, après le long séjour en milieu hospitalier, il s’agit de rentrer à la maison et que c’est souvent le plus difficile. Retrouver son univers familier, personnes, activités, choses, mais dans un corps si différent d’avant… Isabelle Moncada, dans l’émission 36*9 sur le sujet, relevait le besoin de « panser ces traces invisibles ».

 

Bravo donc. On veut croire que ces engagements, encourageants dans un monde qui ne l’est pas toujours, retiennent l’attention. Ainsi le livre de Marie-José Auderset « Brûlures profondes » (Editions Favre, 2007), avec les récits de vie de grands brûlés.

 

 

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