09/09/2011

Aucune femme ne subit une interruption de grossesse par plaisir

 

 La volée de bois vert du député François Brélaz (24 Heures du 27 août) aux promoteurs de l’initiative contre le remboursement de l’interruption de grossesse (IG) par la LAMal ne manque pas de piquant. Lui et moi avons siégé ensemble sur les bancs du Grand Conseil. Nous n’étions pas souvent d’accord mais je salue notre unité de vue sur cet enjeu.

 

On reste perplexe quand, en 2011, des citoyens ignorent à tel point les difficultés suscitées, dans les familles, par une grossesse lourde à porter ; la perplexité devient un vrai choc quand ces citoyens sont des femmes. S.v.p., noter deux ou trois choses : 1) aucune femme ne subit une IG par plaisir ; 2) personne n’aime l’IG, qui est toujours un échec regrettable mais peut être compréhensible ; 3) une carrière de santé publique, au contact  des soucis de santé d’une collectivité, m’a démontré comme à beaucoup d’autres que le régime du délai que nous connaissons depuis 2002 est la moins mauvaise solution légale. De loin. Les régimes punitifs que notre pays et d’autres ont connus ne font que multiplier les IG clandestines et leur cortège de complications et de morts.

 

Je sais que les initiants ne cherchent pas ici à abolir le régime du délai. Mais, retirant de l’assurance de base la prise en charge de l’IG, on ferait de ces femmes des réprouvées. Point majeur, rappeler aussi que l’IG est plus fréquente dans les milieux défavorisés, parce que jeunes filles et femmes y sont moins informées et ont moins accès au planning familial. Il est attristant enfin de constater que des gens affirmant des convictions chrétiennes soutiennent cette démarche insensible à la réalité et qui creuserait un peu plus les inégalités.

 

 

 

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21/07/2011

Le "Dictionnaire humanisé des cancers", lecture bien intéressante

 

Cet ouvrage des professeurs Bernard Hoerni et Jacques Robert, avec de nombreux collaborateurs (Ed. Frison–Roche, Paris, 2011) est la quatrième édition, revue et complétée, d’un livre qui s’est d’abord appelé « Les Cancers de A à Z ». Ouvrage qui frappe comme encyclopédique, au meilleur sens du terme. Appréciation du Prof. Maurice Tubiana dans la préface : « il a non seulement la recherche de l’exhaustivité mais, ce qui est mieux, la hauteur de vue, le goût de la perspective et de la prospective et, pourquoi ne pas le dire, une âme, un dessein. Et ce dessein est de faire comprendre le cancer à un public cultivé et, par là, l’apprivoiser et le démythifier ».

 

Agréable à consulter, il comprend un millier de rubriques, mots et notions en rapport avec le cancer, présentées sous une forme bien accessible : formidable fresque de ce qu‘est la maladie cancéreuse et ses multiples dimensions, relations et enjeux. Avec, au-delà des sciences de base, de la médecine et des soins, beaucoup de références à l’histoire, aux sciences sociales, à la littérature et aux arts, méritant ainsi bien le qualificatif de humanisé. Des portraits d’hommes et de femmes célèbres, des résumés de films et de romans. Qu’on en juge par quelques titres de rubriques : accompagnement, ADN, adventistes, Sainte Agathe, alcool, baron Alibert, dermatologue du XVIIIe siècle, amiante, androgènes, Anne d’Autriche souffrant d’un cancer du sein, antidépresseurs, L’arbre de Noël (livre et film), le cycliste Lance Armstrong, arrêt de travail, arsenic, artistes (des noms), associations de malades, autonomie, De l’Autre côté du bistouri (témoignage d’un chirurgien) ; et puis vaccination, maladie de Vaquez, vérité, Pierre Viansson-Ponté (et Léon Schwartzenberg), vieillissement , Virchow, virus, Vivre comme avant, Waldenström (maladie de Pompidou et Boumedienne), James Watson (la double hélice des chromosomes), Marguerite Yourcenar, Fritz Zorn (zurichois auteur du fameux ouvrage autobiographique « Mars »). Ceci pour prendre des exemples à la première et aux dernières lettres de l’alphabet.

 

Dans la substantielle introduction, le Prof. Hoerni relève : « L’évolution des connaissances et des idées sur les cancers s’est accélérée à partir de 1960-1970, il en va de même des représentations qu’on s’en fait. Ce livre n’aurait pas pu être écrit il y a trente ans. Les stéréotypes stigmatisants changent heureusement sous l’influences de l’information plus libre et la vulgarisation, comme les assure cet ouvrage, et de l’expérience perçue à partir de cancers qui sont de moins en moins cachés ». 

  

Vaste somme sur le thème cancer et société, le « Dictionnaire humanisé » est aussi une mine d’informations scientifiques, médicales et médico-sociales sur la maladie cancéreuse, aux plans biologique, diagnostique, thérapeutique, préventif et de santé publique. A noter qu’on s’est donné la peine de procéder à une indexation croisée fouillée des rubriques (renvois), facilitant la mise en relation de sujets apparentés ; très utile.  

 

 

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29/01/2011

De la foi excessive dans la concurrence en matière de santé

 

Le refus du Parlement vaudois d’entrer en matière sur une modification du financement en matière hospitalière (24 Heures du 26 janvier) va au-delà de la « gifle » au Conseiller d’Etat concerné. Peut-être est-ce de bonne guerre en préambule d’une année chaude d’ici aux élections cantonales, à ceci près que les milieux de l’économie qui coachent chaleureusement les députés de la droite de l’hémicycle les ont convaincus d’une thèse erronée : que la concurrence sans entraves est la panacée aux maux du système de santé. Pascal Couchepin a lui aussi trop cru les chantres de la dérégulation. Pourtant, si des mécanismes favorisant l’émulation, une certaine compétition pour la qualité et l’efficience – tout en faisant une place à la collaboration - sont souhaitables, la concurrence à l’américaine est hautement indésirable ; elle a fait des Etats-Unis le pays industrialisé le moins à même de fournir des soins adéquats à toute sa population. Il y a quelques jours, un parlementaire US a dit que la façon dont les républicains martèlent que la loi Obama sur la santé (qui pour la première fois introduit une dimension sociale/sociétale aux soins dans le pays) est désastreuse est proche de celle dont les nazis ont réalisé un lavage de cerveau anti-juif du peuple allemand – disant cela il a créé le scandale mais, en réalité, la comparaison n’est pas inepte.

 

La grande majorité des Vaudois n’ont certainement aucune envie que les soins de santé prodigués dans le cadre LAMal donnent lieu à des bénéfices rémunérant des actionnaires. Pas plus qu’ils ne veulent que les revenus de directeurs d’établissements soient sans limites – que cela existe pour les banquiers leur suffit sans doute.

 

Personne ne vise la disparition des cliniques privées, dans un système où elles assument le 15% des hospitalisations. Il convient toutefois que tout le monde (députés y compris) se souvienne que les cliniques privées ne prennent pour l’essentiel pas de cas complexes, lourds, où le pronostic vital est en jeu, et qui coûtent cher. Il serait normal que, si elles doivent oeuvrer de routine dans l’assurance-maladie sociale, des mesures adéquates soient prises pour éviter – précisément !- des distorsions de concurrence.

 

 

 

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