22/01/2008

Les non-malades et pré-malades: une population croissante !?

Excellent éditorial du Dr Antoine de Torrenté sur les « non-maladies », dans le numéro du 16 janvier 2008 du Forum médical suisse. Il discute la question des facteurs de risque qui peuvent amener à proposer un traitement quand bien même vous vous sentez en bonne forme. Extraits : A supposer que vous présentiez telle ou telle caractéristique, « un rendez-vous chez votre médecin de famille pour une babiole va vous faire basculer dans le camp des pré-hypertendus. D’un homme en parfaite santé, vous voilà transformé en vrai malade et jeté dans les limbes de la médecine où errent, inquiets, préoccupés, les nouveaux clients de la médecine et de la Pharma ». Et plus loin : « Au cours de la dernière décennie, combien de patients ont été étiquetés prédiabétiques, préhypertendus, dyslipidémiques car constamment la norme qui sépare les bien-portants des malades a été abaissée ».

 

Problématique sérieuse, pratiquement, aussi bien pour les conseils prodigués par mes confrères à leur cabinet que, d’un point de vue éthique notamment, en ce qui concerne le rôle de l’industrie pharmaceutique. Il y a là des poussées tout à fait discutables de l’économie, déstabilisantes pour le système de santé et ceux qui y travaillent, qui méritent beaucoup d’attention : ce que les Anglo-Saxons appellent disease mongering (l’action des vendeurs de maladies, de ceux qui les « fabriquent » et en font le commerce). Alex Mauron, bioéthicien genevois connu, dit à ce propos : « Au ‘magasin des maladies’, on élargit constamment les limites des pathologies et donc le marché des traitements, pour autant que ceux-ci soient profitables à l’industrie pharmaceutique. C’est ainsi qu’on transforme les bien-portants en malades, gaspille des ressources précieuses et cause des dommages iatrogènes (dus au traitement)». Titre de son article : « Le Dr Knock rencontre Big Pharma ». Il évoque aussi l’histoire extraordinaire, il faut bien le dire, du sildénafil (Viagra) et des substances similaires, qui « a vu la dysfonction érectile liée à des lésions organiques, marché limité par définition, redéfinie et promue au rang de problème de santé majeur censé affecter la majorité des hommes de plus de quarante ans. La saga de la ‘dysfonction sexuelle féminine’ est elle également pleine d’enseignements ».

 

Mais peut-être convient-il aujourd’hui de ne pas critiquer cette « fabrication » de (pré)malades parce que l’activité économique y relative apporte sa pierre à la lutte contre la récession ??

 

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11/09/2007

Prendre en charge les brûlés - Admirable...


 

 

Belle fin de semaine dernière, au CHUV - et sur la TSR - , avec les manifestations organisées par le Centre des brûlés du CHUV, autour du Dr Wassim Raffoul et du Professeur Mette Berger - avec de nombreuses collaborations dont celle de Flavie, association des personnes brûlées et à l’occasion de la Journée nationale des hôpitaux, On se félicite de ce que les média  de notre région y aient accordé un intérêt attentif.

 

De l’excellent travail se fait dans de multiples domaines et services, on le sait mais on peut le redire. Pour prendre le CHUV - comme on peut s’en rendre en lisant les courriers de lecteurs - les expressions de satisfaction et gratitude sont bien plus nombreuses que celles qui critiquent. Dans tous les cas, ce qu’on a vu et entendu à propos des prises en charge de grands brûlés, si astreignantes (on peut avoir en permanence quatre infirmières autour d’un patient, sans compter les médecins et les autres), si longues, en était une vraie confirmation.

 

Extraordinaire intrication des aspects de médecine intensive d’abord (assurer la survie), de douches et pansements réguliers, de greffes de peau, puis d’une réadaptation aux multiples dimensions, physique (physio- et ergothérapie), psychologique et psycho-sociale (vivre avec un nouveau corps, assumer le regard que portent les autres sur vous). Ai noté que, entre autres moyens, l’hypnose y trouve une place.

 

J’ai été frappé par l’expression d’une membre de l’équipe qui s’attache particulièrement à ces aspects psychologiques : il s’agit avec le patient de « tisser une peau de mots »… Elle relève que, après le long séjour en milieu hospitalier, il s’agit de rentrer à la maison et que c’est souvent le plus difficile. Retrouver son univers familier, personnes, activités, choses, mais dans un corps si différent d’avant… Isabelle Moncada, dans l’émission 36*9 sur le sujet, relevait le besoin de « panser ces traces invisibles ».

 

Bravo donc. On veut croire que ces engagements, encourageants dans un monde qui ne l’est pas toujours, retiennent l’attention. Ainsi le livre de Marie-José Auderset « Brûlures profondes » (Editions Favre, 2007), avec les récits de vie de grands brûlés.

 

 

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30/08/2007

Rationnement des soins - Effets d'annonce et réalité du terrain


 On a parlé ce mois de « qualité des hôpitaux », selon l’étude d’un groupe lié aux assureurs-maladie (voir l’inclusion au présent blog du 20 août dernier). Le 28 août, une réunion sous les auspices de l’Académie suisse des sciences médicales mettait en évidence la problématique du possible rationnement des soins en milieu hospitalier.

 

C’est là un sujet dont il importe de parler. Notamment parce que, si tout le monde est favorable à et insiste pour la rationalisation dans les soins, visant l’efficacité et l’efficience, le mot rationnement lui apparaît tabou - rappelant  notamment, pour les plus anciens chez nous, le spectre des coupons de la Deuxième Guerre mondiale. Toutefois, il convient examiner la question avec un peu de recul. Pour ma part, j’ai souvent argumenté que, en réalité, dans la pratique quotidienne des professionnels au lit du malade, il est bien difficile, pour ne pas dire plus, de distinguer toujours aisément la rationalisation souhaitée du rationnement rejeté.

 

Au delà des discours selon quoi ces choses ne sauraient exister dans une société civilisée, il faut voir quelles pressions majeures sont constamment exercées sur les dépenses sanitaires. Ces pressions ont leur légitimité mais, comme toutes les choses acceptables en soi, elles ont aussi leurs dérives.

 

Bertrand Kiefer, rédacteur de la Revue médicale suisse (Genève), est un de ceux qui s’attache semaine après semaine à désigner les démarches discutables des financeurs du système qui tendent à altérer la qualité des soins, humainement et techniquement. Extraits de son Bloc-notes d’hier, sous le titre « Manœuvres idéologiques » :

 

A propos de la récente étude Comparis : « Scientifiquement, cette enquête ne vaut pas grand’chose. Ses biais sont évidents : interroger les patients est un moyen peu fiable pour déterminer la sécurité des établissements. Et rien ne peut être affirmé sans pondérer les résultats : si les hôpitaux universitaires sont les plus mal cotés, c’est qu’il prennent en charge les cas les plus graves et complexes ».

 

Puis il évoque un article de deux médecins du Centre de gériatrie du Bas-Valais, sur la perception qu’ont les personnes âgées des coûts médicaux qu’elles induisent. Il s’avère qu’une majorité (57%) de ces patients pensent ne pas mériter l’agent qui leur est consacré : ils estiment que « les soins médicaux de leur groupe d’âge coûtent trop cher à la collectivité ». Surprenant, pour le moins… D’où peut leur venir ce sentiment ? D’une ambiance de stigmatisation des malades qui n’appartiennent pas au « bon groupe » (celui des jeunes consommateurs se prenant en charge). C’est ce que répondent les auteurs de l’étude. Préoccupant, non ? On peut voir dans ces observations, pour une part, une conséquence de la manière dont une mouvance politique assène à tout propos le slogan « Stop aux abus ».

 

Cela dit : efficacité et rationalisation, oui. Mais aussi, s.v.p., solidarité, horizontale (entre gens qui ont des moyens matériels très différents) et verticale (intergénérationnelle), humanité, convivialité ! Comme toujours, il est essentiel de trouver un équilibre, un juste milieu, qui permette de fournir à ceux qui ont aujourd’hui besoin de l’aide d’autrui, par des mécanismes collectifs mutualisants et sans les culpabiliser, les prestations nécessaires.

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