10/05/2011

Voir "Sous la main de l'autre"

« Sous la main de l’autre » est un film réalisé par deux cinéastes belges à qui Appartenances, à Lausanne, a ouvert ses portes pour filmer des moments de la vie de sa Consultation psychothérapeutique pour migrants. A part cette consultation à but thérapeutique (pour personnes traumatisées par l'expérience de l'exil, et particulièrement de la violence ou de la torture), Appartenances propose un éventail de prestations à des persones venues d'ailleurs jusque chez nous (régugiés, travailleurs immigrés...).

Ce film bouleversant a été présenté dimanche dernier au City Pully, avec ensuite un débat animé par Manuela Salvi. A la sortie, plusieurs d'entre nous disions être marqués par la même impression qu’après « La Forteresse » de Fernand Melgar … sentiments de véritables espaces de vies brisées, torturées, que depuis notre cocon suisse nous n’imaginons pas - même si on a vécu outremer et qu’on s’intéresse à la vie du monde (et au problème du Mal…).

"Sous la main de l'autre" est présenté à nouveau jeudi 12 mai au Bellevaux, à 18 h., suivi par un débat avec la remarquable ethno-thérapeute française Françoise Sironi.  Hautement recommandable.

 

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30/03/2011

Voir loin - Gouvernance mondiale, impératif prospectif et éthique

Il y a dix ans, à la Constituante vaudoise, avec d'autres j’ai oeuvré activement pour la présence dans notre charte fondamentale d’un Conseil de l’avenir. Surprise : l’assemblée a accepté le principe, inscrivant un organe de prospective à son article 72 - et le peuple a accepté.

 

Les « réalistes » ironisaient. Ce Conseil serait-il un quatrième pouvoir, qui allait lui aussi brimer le citoyen ? On soulevait - quelle que soit l’échelle, du canton au monde - le spectre de la « république des sages », on encensait l’axiome des conservateurs non-éclairés, à savoir le droit de chacun et de chaque entreprise de faire tout et n’importe quoi, et du profit sans égard pour les impacts sociétaux.

 

Il est intéressant de noter, dans la foulée du sérieux accident de Fukushima, comment les observateurs et certains décideurs mettent derechef le doigt sur un caractère de course à l’aveugle des évolutions actuelles (Georges-André Chevallaz à l’époque, pourtant pas un progressiste échevelé, relevait que nous ne savons pas où nous allons mais que nous y allons très vite). Est souligné le besoin d’une gouvernance mondiale qui soit tant soit peu à distance des contraintes des pouvoirs qui nous servent jusqu’ici : qui s’attache vraiment au  moyen et surtout long terme, sans être sous la pression constante d’impératifs électoralistes - et qui donne plus d’attention à ce qui se passe, et est pertinent, à l’extérieur des frontières nationales voire continentales. Qui ait des compétences au plan scientifique et de prospective (y compris dans un sens de précaution), mais aussi éthiques. Avec la notion que ces compétences soient assorties de prérogatives (dans certains cas un droit de veto ?).

 

Les « réalistes » ironisent bien entendu. Combien de temps encore convient-il de les regarder sourire avant d’agir ?

 

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20/12/2010

Pour l’avenir, la convergence plutôt que l’affrontement

 

L’écrivain français Jean-Claude Guillebaud est un observateur qu’il vaut la peine de lire (encore qu’on peine à suivre, tant il est productif). Son ouvrage récent Le commencement d’un monde est sous-titré « Vers une modernité métisse ». Il s’y oppose (comme Roger Cohen – voir ci-dessous) aux théories de choc des civilisations de Samuel Huntington  et d’autres similaires. Théories qui ont trouvé un soutien myope pendant huit ans d’administration de G.W. Bush et auxquelles le sensationnalisme médiatique a donné trop d’échos. L’auteur étudie la question  fascinante de savoir pourquoi des sociétés qui devançaient largement l’Occident jusqu’au Moyen Âge se sont rigidifiées, faisant alors quasiment du sur-place (Chine jusqu’aux révolutions, Islam, Inde des castes). Un facteur majeur à son sens est l’émergence, depuis la Renaissance puis avec les Lumières, de l’autonomie de la personne, et la valorisation de l’effort individuel, sur la base d’apports philosophico-juridico-religieux d’origine grecque, romaine et judéo-chrétienne. Il  relève la « nature prométhéenne de l’Occident dans son rapport au monde ».

 

Ainsi, le dernier demi-millénaire a vu la prise de pouvoir des pays européens - puis des Etats-Unis - et les colonisations, jusqu’au mouvement actuel de rééquilibrage qui va à l’évidence se poursuivre. Guillebaud parle de cannibalisme culturel, manifesté de longue date et dont l’avatar actuel est une américanisation du  monde (Coca Cola civilization, McWorld….). Mais des changements sont en route.

 

 Dans le International Herald Tribune Magazine de fin 2010, le spécialiste de la mondialisation Roger Cohen discute les risques de conflits liés aux changements culturels rapides et à l’injustice des différences croissantes de niveau de vie et de moyens. Pourtant, dit-il, je ne suis pas trop en souci : « Plusieurs ingrédients de ce que nous voyons me fait penser que la violence peut être évitée. D’abord, il y a les réseaux sociaux électroniques qui couvrent aujourd’hui le monde. Un demi-milliard d’usagers de Facebook représentent une sorte d’assurance contre la désagrégation. Un autre facteur est l’attention obsessionnelle que la Chine accorde à la stabilité mondiale ». Problème toutefois : même sous Obama, les Etats-Unis apparaissent plus enclins à s’accrocher à  l’illusion du maintien de leur mode de vie qu’à agir dans le sens des ajustements requis par une nouvelle appréciation des enjeux planétaires.

 

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