27/01/2019

On est encore en début d’année – Des "miettes"...

 

De longue date, je collectionne citations et formules, au gré de choses lues, vues, entendues. Elles passent dans une fourre ad hoc. Je me suis replongé il y a peu dans cet épais « dossier » à l’ancienne.

Vivre, agir, aimer

« Il ne faut pas vouloir être au-dessus des choses, il faut être dedans (Charles-Ferdinand Ramuz)

« Sans les rochers, on sait bien que les vagues ne monteraient jamais aussi haut » (Roger Nimier)

 « ‘Penser suisse’, expression suspecte. On ne pense ni suisse ni samoyède: on pense tout court ou on ne pense pas » (André Bonnard)

« Sur quelque préférence une estime se fonde, et c’est n’estimer rien qu’estimer tout le monde » (Molière)

« Les gens ont l’impression que je vois toujours le bien dans les gens. C’est une critique que je prends en compte mais je pense que c’est une faiblesse profitable » (Nelson Mandela)

 « Je ne suis pas complète, je ne connais pas la haine » (la comédienne Arletty)

Notre monde aujourd’hui

Sur un mode désabusé, l’inévitable Woody Allen : « L’humanité est à un croisement : un chemin mène au désespoir, l’autre à l’extinction. Espérons que nous aurons la sagesse de savoir choisir. »

« La preuve du pire, c’est la foule » (Sénèque)

« L’homme est un risque à courir » (Kofi Annan)

« La Terre, jadis notre mère, est devenue notre fille » - à savoir, vulnérable (Michel Serres)

En rapport avec les préoccupations de durabilité de la vie sur Terre : « Pour éviter une ère de la colère, il faut que les bienfaits de la mondialisation soient partagés par tous et non plus par quelques-uns » (Christine Lagarde, directrice du FMI, décembre 2018).

« Les primevères et les paysages ont un défaut grave, ils sont gratuits » (Aldous Huxley)

« Notre seule certitude aujourd’hui, c’est que nous ne pouvons en avoir aucune. Pourtant il est de notre responsabilité d’avertir nos descendants » (Henning  Mankell)

Au soir de la vie

« Il est difficile d’être plus détaché de la vie que je ne suis à présent » a dit le philosophe écossais du 18e siècle David Hume. Quant à moi (J.M.), je m’approche de cette sérénité mais ne suis pas encore pressé. Toutefois :

« Tout alpiniste fait un jour sa dernière ascension. Rare est celui qui le sait. Certains, un jour, posent leur sac au garage, persuadés de le refaire très vite. Puis il pleut. Puis il y a la vraie vie. Et ils n’iront plus jamais là-haut » (du livre d’un montagnard). J’ai des pensées de ce registre, par exemple à la Gare de Lausanne (!) où je suis arrivé, puis en suis reparti, des milliers de fois depuis quelque 70 ans : une fois ce sera la dernière (mais je ne le saurai probablement pas).

« C’est à cause que tout doit finir que tout est si beau » (C.-F. Ramuz)

Et encore

 « Donner plus d’espace à l’accessoire »

Et du religieux Michel Quoist : « Si la note disait : ce n’est pas une note qui fait une musique, il n’y aurait pas de symphonie - Si le mot disait : ce n’est pas un mot qui peut faire une page, il n’y aurait pas de livre - Si la pierre disait : ce n’est pas une pierre qui peut monter un mur, il n’y aurait pas de maison. »  A rapprocher du colibri de Pierre Rabhi, qui apporte sa goutte d’eau pour combattre un grand incendie. Nous pouvons tou-te-s faire quelque chose, notre part.

 

 

08/04/2018

Un one-man show excellent, sur un thème majeur

Au Théâtre du Vide-Poche, à Lausanne récemment, superbe prestation du comédien Yvan Yvan Richardet, sur le thème des enjeux environnementaux majeurs auxquels nous sommes confrontés, réchauffement climatique en particulier - et des  émeutes de Gênes lors du G8 de 2001. Décroissance aussi.

Drôle ++, et passionnant, posant de bonnes questions. Dans un décor minimaliste, un rythme vif et des interactions stimulantes avec la salle.

A voir et à recommander. Deux représentations dans l'avenir proche:

- le 4 mai à la Tarentule, Saint-Aubin (NE)

- le 5 mai, au Festival alternatif de Vevey.

18/04/2017

Se familiariser en français avec la bioéthique anglo-saxonne

 

Pour qui s’intéresse à la bioéthique, les Editions Labor et Fides offrent la possibilité, en publiant en français Questions de vie ou de mort (2017) de se familiariser avec le travail majeur du philosophe britannique Jonathan Glover. Ce qui surprend, c’est que la publication originale anglaise date de 1977, mais le propos n’a pour l’essentiel pas vieilli.

Ce livre est une somme sur les questions « qui se posent lorsque l’on envisage d’éliminer ou, au contraire, de sauver des vies humaines » - première ligne de la préface, qui pourra faire froncer le sourcil. Tout en restant pluraliste, l’auteur présente une bioéthique d’orientation conséquentialiste – à laquelle on reste souvent réticent en Europe continentale.

Un large éventail de réflexion. « Nos attitudes à l’égard  du suicide, de l’euthanasie, de la peine de mort et de la guerre ne peuvent pas être traitées rationnellement si on les considère de façon radicalement séparée les unes des autres. » Etonnant... fondamentalement correct. Le but est « d’aboutir à un système de réponses couvrant l’ensemble des questions relatives au faire mourir, en excluant les formes opposées d’absolutisme éthique » que sont l’interdiction totale et la permissivité totale. Ceci en rappelant que faire mourir l’autre est largement admis dans certaines circonstances (légitime défense, pour beaucoup en cas de guerre, et - de plus en plus refusée - peine de mort).

L’auteur discute dans divers volets de son étude de la notion de « vie digne d’être vécue ». Même si ce thème est délicat, il doit à mon sens être débattu de manière différenciée, pondérée ; d’autant plus aujourd’hui qu’il y a 40 ans, vu les défis voire les crises liées aux évolutions récentes de la médecine, de la maladie, du mourir. Glover traite de la doctrine de la vie sacrée (à laquelle il n’adhère pas – il lui préfère une approche fondée sur le respect de l’autonomie des personnes et sur la qualité de la vie qu’elles mènent), de la question des fins et des moyens et de celle de l’inaction et de l’indifférence (actes et/vs omissions).

La partie « Problèmes d’éthique appliquée » aborde les sujets classiques : l’avortement - du point de  vue du foetus (quand devient-on une personne ?) et du point de vue des femmes et de leurs droits; l’infanticide ; le suicide ; l’euthanasie. A noter que, depuis la parution initiale de l’ouvrage, les transplantations d’organes et la procréation médicalement assistée se sont ajoutées à cette liste, et les questions autour de la fin de vie se sont aiguisées, au vu des avancées permettant de maintenir longtemps une existence de type végétatif.

Soins palliatifs et assistance au suicide. « Il n’est pas évident qu’il faille penser l’euthanasie [en Suisse, on parlerait ici d‘assistance au suicide] en termes d’alternative aux soins palliatifs : pourquoi ne pas l’envisager comme un complément ? Un hôpital dans lequel on pratique des euthanasies volontaires peut très bien avoir du personnel faisant tout ce qu’il peut pour rendre inutiles les demandes  d’euthanasie ».

Prévention et santé publique. « Dans quelle mesure  pouvons-nous légitimement recourir à la pression sociale ou à une législation paternaliste afin d’empêcher que des personnes risquent leur vie ? Par exemple s’agissant du port de la ceinture de sécurité, de l’usage de drogues et du tabac, de l’obésité, des sports dangereux.» Débat bien connu. Ici, souligner la différence à faire selon la gravité potentielle de la limite mise à la réalisation de soi-même : ainsi des interdictions visant l’alpinisme seraient une atteinte bien plus sérieuse que le port de la ceinture de sécurité.

Enfin, très discuté aujourd’hui, un sujet qui était moins urgent il y a 40 ans : celui des droits et du bien-être de ceux qui nous suivent, « de l’importance que nous devons accorder aux intérêts et à la liberté d’action des générations à  venir ». 

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