02/02/2016

Pour une laïcité de raison et pas d'agression

Dans un texte récent sur la laïcité, Pierre Kunz, président de l'Institut national genevois, rappelle qu’elle a pour objet la neutralité des pouvoirs publics vis-à-vis des religions et la non-ingérence de ces dernières dans la marche propre de l’Etat - et pas autre chose. Il est important de le souligner. Or, à entendre en France intellectuels ou politiques en parler, tout se passe comme si on voulait ignorer le fait religieux, écartant l’évidence qu’il est partie intégrante de la diversité d’une société pluraliste. Pire, on sent parfois une volonté, au moins un souhait, d’éradiquer ce fait de la vie publique. Démarche dénuée de sens commun, voir l’échec des efforts dans ce sens au XXe siècle dans des régimes totalitaires. Alors, dans le pays gardien des droits de la personne, au XXIe siècle…

Ce qui choque, ce sont les déclarations trop souvent exemplaires d’intolérance liées à cette conception « française » - apparemment très majoritaire. Comment peut-on imaginer que cette manière agressive faciliterait le vivre ensemble qui manque cruellement en ce moment et dont la promotion est un rôle majeur les pouvoirs publics ? Elle a à l’évidence des aspects de rejet, voire insultants, pour les adeptes d’une religion (étant entendu que la façon de montrer publiquement son appartenance ne saurait être elle-même agressive ou limitatrice de la liberté des autres, agnostiques et athées compris). Le canton de Genève entend en ce moment se doter d'une loi sur la laïcité, fort bien. Qu’il s’inspire ce faisant du principe de neutralité religieuse et pas des positions exacerbées qu’on observe outre-Jura.

 

20/06/2014

Comment voulez-vous que le simple citoyen comprenne ?...

 

Vrai soulagement que d’entendre le Conseiller d’Etat PLR Pierre Maudet (à la radio romande mardi matin 17 juin) affirmer qu’il trouverait inadmissible que les banques punies pour avoir enfreint la législation américaine puissent déduire de leur revenu les montants de leurs amendes. Que ce pays ait perdu la stature morale qu’on lui accordait il y a quelques décennies, les preuves en sont malheureusement éclatantes dans ce dossier. Je suis de ceux qui, ces dernières années, ont été simplement scandalisés de découvrir que ces firmes prestigieuses, si chères à nos idées sinon à nos coeurs, se sont longtemps comportées comme des malfaiteurs – de très haut vol. Comme Pierre Maudet et je veux le croire de nombreux radicaux « historiques » dont je  suis, je reste stupéfait de ce que, au motif d’arguments juridiques étroits et discutables, on cherche à les faire échapper à la simple justice – au sens commun du terme. La Fontaine en a éloquemment parlé, « selon que vous serez puissant ou misérable… ». Ici, encore une fois, l’Etat assumerait les conséquences négatives (baisse de rentrées fiscales) des délits de ces institutions financières. On accorderait aux puissants des faveurs incompréhensibles, et inaccessibles, pour le citoyen – qui lui paie de routine pour les fautes qu’il commet.

 

On espère que Parlement et Gouvernement au niveau fédéral ne jetteront pas aux orties, en poussant à cette défiscalisation, un reste de crédibilité de notre pays en la matière. Plus que cela, si les banques concernées avaient un peu de vergogne, comme on dit chez nous, elles déclineraient le cadeau que certains voudraient leur faire et affirmeraient publiquement et explicitement qu’elles entendent payer les impôts dus sur leur revenu, y compris sur les bénéfices mal acquis. Remplaçant la suffisance par un brin d’humilité.

 

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08/04/2014

Le Président Gauck a raison

 

Merci au Président Joachim Gauck pour sa franchise. Bien sûr que la démocratie directe à la suisse présente des risques de dérive. Bien sûr que la sacralisation du suffrage universel à tout propos est préoccupante. On a  vu dans le passé récent comment une propagande agressive, dirigée contre celles et ceux que pourtant on a élus pour nous représenter (« tous pourris »…), peut  convaincre  une majorité de voter des textes contraires au droit international ratifié par notre pays (et ceux qui nous sont comparables) et/ou à l’intérêt général. Je dis souvent avoir de la tendresse pour ce pays et son organisation politico-sociale mais nous ne sommes plus ni en 1291, ni à l’époque de l’Acte de médiation et le modèle a atteint ses limites. Comment ne pas être inquiet quand des initiants ou référendaires dynamiques font convoquer l’ensemble de l’électorat pour voter (par oui ou non, en noir ou blanc, sans nuance possible) sur, par exemple, des dispositions spécifiques du code pénal ou des enjeux internationaux demandant une évaluation qui aille un rien au-delà de ce qu’on peut décider au Café du Commerce. Cela étant, on continuera à le faire, il est tabou d'aller dans le sens de  M. Gauck.  Evidemment suicidaire pour un notable  de s’aventurer à dire que, sans pour autant négliger ses mérites (il en a), notre système devrait tant soit peu être aménagé, pour éviter des dérapages qui menacent une coexistence respectueuse, vis-à-vis de l’extérieur et aussi au sein du pays.  

 

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