07/03/2012

Paradoxe des primaires républicaines

Aux Etats-Unis, les primaires républicaines sont marquées par un rôle majeur de questions qui n’ont rien à voir, ou bien peu, avec les qualités requises pour conduire le pays. Très au delà du fair play, les candidats mènent des attaques fratricides tout en invoquant leurs convictions religieuses. Newt Gingrich, à son troisième mariage et après une « carrière » assez libre dans ce domaine, se fait chantre des valeurs chrétiennes et familiales. Rick Santorum, catholique fervent qui a fragilisé ces dernières semaines la probable désignation de Mitt Romney, proclame des principes rigides, « hors-sol » pourrait-on dire, et refuse absolument l’interruption de grossesse, y compris après un viol. Tous s’opposent à la contraception et à l’éducation sexuelle dans les écoles, dont pourtant l’absence ou la faiblesse rendent compte d’un taux élevé de grossesses adolescentes.

 

L’interruption de grossesse est un exemple frappant d’intrusion inappropriée dans le processus politique. Depuis un arrêt de la Cour Suprême de 1973, elle est admise mais la « droite chrétienne » est en croisade permanente contre ce laxisme à son sens homicide. Les candidats républicains se voient contraints de faire preuve de vertu fondamentaliste, laissant entendre qu’ils voudraient voir de tels principes régir la vie publique. Dans le même temps, éclatant paradoxe, tous revendiquent agressivement moins d’Etat, tempêtant contre l’hypertrophie du Gouvernement fédéral et invoquant la liberté sans entraves promise aux pionniers par la Constitution de1787. 

 

Ainsi, des libertariens font de la position sur des questions de conscience personnelle et privée, sans rapport avec les compétences attendues d’un chef d’Etat, un facteur déterminant de leur vote à venir. En réalité, Rick Santorum et d’autres voudraient une société régie sur un mode théocratique alors même qu’ils n’ont  pas de mots assez durs pour les islamistes qui dans d’autres pays souhaitent la même chose.

 

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01/11/2011

« Salus publica » au seuil d‘une nouvelle législature fédérale

« Salus publica suprema lex », formule qui trône dans la salle de plusieurs législatifs de Suisse. Par quoi il faut entendre la santé publique mais aussi plus largement le salut public, la prospérité et la sécurité de la population. Dans les dernières « News » (de  Santé publique Suisse, l’association professionnelle du domaine, sa présidente Ursula Zybach signe un éditorial traitant des élections fédérales d’il y a quelques jours. Elle rappelle qu’en santé publique les mesures se basent sur deux piliers principaux, les modifications de comportement et les mesures structurelles. On a parlé dans les années 1970-1980 de « maladies de libre choix », en mettant l’accent sur la liberté individuelle de choisir. Depuis, on a bien réalisé que le contexte de vie dans ses diverses dimensions, socio-économique, culturelle, physicochimique (pollutions), joue un rôle majeur. Et qu’il faut éviter, de façon simpliste,  de « blâmer les victimes » de modes de vie défavorables. Oui, chacun peut contribuer à sa propre santé et les efforts pédagogiques dans ce sens sont indispensables mais les conditions-cadres structurelles ont une importance éminente voire prééminente. 

 

Ces aménagements sociétaux peuvent être le fait d’organismes privés et sont aussi, clairement, une mission des pouvoirs publics. Exemple : les limitations de vitesse, le port obligatoire de la ceinture de sécurité et du casque, le contrôle de l’alcoolémie, l’amélioration du réseau routier, mesures légales, agissent plus efficacement et à moindre prix que les seuls efforts à visée éducative - sans sanction et qu’il faudrait répéter encore et encore. J'entendais récemmet un débat matinal à la Radio romande sur le besoin de diminuer les éléments qui dans notre nourriture nuisent à une bonne santé (graisses…) : sans doute ne voulons-nous pas d’un « menu fédéral » prescrit par l’Administration pour chaque jour de la semaine mais on ne saurait s’en remettre béatement à la bonne volonté, à bien plaire, de l’économie. Des exigences sur la composition de ce qui est manufacturé, vendu et mangé sont une pièce nécessaire des actions à mettre en œuvre. En passant, phrase de Jacques Attali (sans doute mieux qu’un borgne dans un monde où il y a trop d’aveugles) à propos de son livre « Demain, qui gouvernera le monde ? » (Fayard, 2011) : « Le problème [de l’économie de marché] est qu’elle est sans contrôle et sans garde-fous. Il n’existe aucun outil pour assurer le respect des normes sociales et environnementales ».

 

L’Etat doit être en mesure d’agir quand l’efficacité et l’efficience le justifient. Cela n’enlève rien à la pertinence des possibilités de l’éducation pour la santé, les deux axes sont complémentaires. Et on veut croire que les nouvelles Chambres fédérales mettront rapidement sous toit la loi sur la prévention dont elles ont débattu en 2011. La présidente de Santé publique Suisse note aussi qu’il y avait cette année moins de femmes candidates qu’auparavant, alors que des sujets comme la double charge féminine de travail, l’inégalité persistante des revenus selon le genre, leur contribution plus importante aux soins aux personnes âgées et dépendantes demandent derechef à être traités. Elle termine en rappelant que, malgré son importance, la santé est rarement prioritaire dans les agendas politiques. On ne saurait l’illustrer mieux que par cette célèbre réplique du président de Gaulle à Georges Pompidou lui présentant un futur gouvernement. Pompidou : « Mon Général, à qui donnerai-je le Ministère de la santé ? Réponse : « A n’importe qui, Pompidou, cela lui fera plaisir ».

 

Dernière chose : Des milieux marqués par les intégrismes qui préfèrent se baser sur des impressions non documentées plutôt que sur les faits ont lancé en Suisse alémanique une pétition contre l’éducation sexuelle à l’école, dont pourtant les progrès qu’elle apporte sont amplement démontrés. On veut croire que les politiques et autres responsables se déterminent eux par rapport aux faits.

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30/07/2011

« Nous avons beaucoup cherché l’ennemi… c’était nous ! »

 

 « Nous avons beaucoup cherché l’ennemi… c’était nous ». C’est ce que peuvent penser les Norvégiens désemparés après la tuerie d'il y a quelques jours(annoncée sur 1500 pages par une personne de souche, défenseur de « valeurs chrétiennes »…). Les Etats-Unis nous ont habitués, peut-on presque dire, à de tels actes de folie sur la base d’idées extrémistes : craintes d’invasion physique ou culturelle, de perte d’une (illusoire) pureté de la doctrine ou de la race. Outre-Atlantique, on le voit par l’échec répété des efforts de réglementation du port d’arme, il y a cet attachement anachronique à l’image du « gun-totting cowboy » (cowboy brandissant  son arme). Par contre, nous ressentons les pays nordiques comme de vrais cousins, respectueux des droits des gens, imprégnés d’une culture civique profondément européenne, bons praticiens de l’Etat social. D’où un choc d’une autre dimension…parce que cela peut aussi se produire chez nous.

 

Il est probable que les milieux d’extrême-droite populiste suisses récuseront avec véhémence tout rôle possible dans la survenue de tels actes ; accusant ceux qui mettraient le doigt sur l’ambiance délétère qu’ils nourrissent dans le pays d’être politiquement incorrects. Au lieu de faire un vrai examen de conscience quant au caractère très excessif de leurs slogans et campagnes électorales, ils feront donner leur appareil de propagande pour balayer les préoccupations graves qu’ils suscitent chez les citoyens attachés à l’Etat de droit et à la paix civile. Pourtant, qui peut sérieusement nier que les matraquages xénophobes, au nom même parfois de « racines chrétiennes » (!), auxquels ils nous soumettent de longue date font le lit de dérives qui peuvent devenir meurtrières ? L’ennemi n’est certainement pas seulement extérieur.

 

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