30/07/2011

« Nous avons beaucoup cherché l’ennemi… c’était nous ! »

 

 « Nous avons beaucoup cherché l’ennemi… c’était nous ». C’est ce que peuvent penser les Norvégiens désemparés après la tuerie d'il y a quelques jours(annoncée sur 1500 pages par une personne de souche, défenseur de « valeurs chrétiennes »…). Les Etats-Unis nous ont habitués, peut-on presque dire, à de tels actes de folie sur la base d’idées extrémistes : craintes d’invasion physique ou culturelle, de perte d’une (illusoire) pureté de la doctrine ou de la race. Outre-Atlantique, on le voit par l’échec répété des efforts de réglementation du port d’arme, il y a cet attachement anachronique à l’image du « gun-totting cowboy » (cowboy brandissant  son arme). Par contre, nous ressentons les pays nordiques comme de vrais cousins, respectueux des droits des gens, imprégnés d’une culture civique profondément européenne, bons praticiens de l’Etat social. D’où un choc d’une autre dimension…parce que cela peut aussi se produire chez nous.

 

Il est probable que les milieux d’extrême-droite populiste suisses récuseront avec véhémence tout rôle possible dans la survenue de tels actes ; accusant ceux qui mettraient le doigt sur l’ambiance délétère qu’ils nourrissent dans le pays d’être politiquement incorrects. Au lieu de faire un vrai examen de conscience quant au caractère très excessif de leurs slogans et campagnes électorales, ils feront donner leur appareil de propagande pour balayer les préoccupations graves qu’ils suscitent chez les citoyens attachés à l’Etat de droit et à la paix civile. Pourtant, qui peut sérieusement nier que les matraquages xénophobes, au nom même parfois de « racines chrétiennes » (!), auxquels ils nous soumettent de longue date font le lit de dérives qui peuvent devenir meurtrières ? L’ennemi n’est certainement pas seulement extérieur.

 

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02/02/2011

Ne pas oublier Auschwitz - En parler à nos petits-enfants

 

Récemment, bien intéressante émission De quoi je me mêle sur "La Première" de la RSR, avec un reportage sur le camp de concentration d’Auschwitz, centre du système nazi de « solution finale », coeur de la constellation des lieux d’extermination des juifs et d’autres groupes (homosexuels, tziganes, opposants politiques etc). Elle met en évidence les enjeux majeurs aujourd’hui en rapport avec ces pages funestes de l’histoire : primo, ne pas oublier ; secundo, comment passer le message aux nouvelles générations, alors que les quelques rescapés des camps encore vivants ont 80 ans et plus – ceci en relevant que, pour un enfant, ce qu’ont vécu les grands parents fait partie de son histoire, tandis que ce qu’ont vécu les aïeux plus lointains, c’est de l’ histoire). Tertio, encore et encore, il faut se demander comment cela a été possible : comment une population intelligente et cultivée comme celle de l’Allemagne a pu être « séduite » par un mouvement populiste extrêmiste qui a mis sur pied une telle machinerie de mort. Avec un ami, j’ai visité Auschwitz-Birkenau en octobre dernier. Comme le journaliste de la RSR, j’ai vivement ressenti l’importance du non-oubli et ai cherché à y contribuer par une « Lettre à mes petits-enfants » dans le Bulletin des médecins suisses (no. 49/2010 - consultable sur le web). Nous sommes aujourd’hui confrontés à de grands et nouveaux défis ; il reste que, comme l’a dit Churchill, c’est généralement parce qu’on n’a pas donné attention aux enseignements de l’histoire que, plus tard, des décisions inadéquates sont prises. Donc, se souvenir.

 

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16/12/2010

L’indésirable sacralisation de la « vox populi »

 

Quel plaisir (quel soulagement…) de retrouver à la page « Opinions » de 24 Heures du 8 décembre la plume pondérée, au-dessus de la mêlée, d’Edmond Aubert. Il se peut que je sois un vieil aigri mais j’avoue mes regrets, partagés par d’autres, que des sages de sa qualité - ou comme l’abbé Philippe Baud par exemple - se soient faits si rares dans ces colonnes. Je partage sa crainte que notre incomparable (!) démocratie directe puisse devenir une machine totalitaire. On oublie que le mérite de la politique en Suisse était d’être un système où la majorité décide, mais dans le respect - ou au moins la considération attentive - des minorités (étant entendu que, aujourd’hui, celles-ci ne sont plus seulement les entités cantonales ou linguistiques). Ou dit autrement: en Suisse, la majorité peut imposer sa loi à d'autres... mais ne le fait pas.

 

Choquerai-je en rappelant Sénèque disant « La preuve du pire c’est la foule » ? Mais cela vient à l’esprit devant plusieurs menées politiques victorieuses des dernières années, faisant fi notamment des droits fondamentaux des personnes ou du droit supérieur ratifié par notre pays. Il est illusoire d'imaginer que, en votation populaire, les Suisses accepteraient unee modification constitutionnelle ou légale qui préciserait que, pour certains sujets, les citoyens décident « qui va décider pour eux » (les parlementaires donc), comme c’est le cas ailleurs, sans que chaque décision puisse être portée devant le peuple. Pourtant... Une partie des blocages politiques tient chez nous à ce que les parlements vivent sous la crainte (la terreur ?) constante du référendum. L’édifice institutionnel qui convenait aux enjeux des XIXe et XXe siècles devrait être adapté, dans le sens de hautes instances indépendantes telles que celles dont disposent la France et d’autres pays occidentaux - qui sont légitimées à dire que, parfois, des décisions soutenues par une majorité populaire ne sont pas acceptables dans un Etat de droit. 

 

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