01/11/2011

« Salus publica » au seuil d‘une nouvelle législature fédérale

« Salus publica suprema lex », formule qui trône dans la salle de plusieurs législatifs de Suisse. Par quoi il faut entendre la santé publique mais aussi plus largement le salut public, la prospérité et la sécurité de la population. Dans les dernières « News » (de  Santé publique Suisse, l’association professionnelle du domaine, sa présidente Ursula Zybach signe un éditorial traitant des élections fédérales d’il y a quelques jours. Elle rappelle qu’en santé publique les mesures se basent sur deux piliers principaux, les modifications de comportement et les mesures structurelles. On a parlé dans les années 1970-1980 de « maladies de libre choix », en mettant l’accent sur la liberté individuelle de choisir. Depuis, on a bien réalisé que le contexte de vie dans ses diverses dimensions, socio-économique, culturelle, physicochimique (pollutions), joue un rôle majeur. Et qu’il faut éviter, de façon simpliste,  de « blâmer les victimes » de modes de vie défavorables. Oui, chacun peut contribuer à sa propre santé et les efforts pédagogiques dans ce sens sont indispensables mais les conditions-cadres structurelles ont une importance éminente voire prééminente. 

 

Ces aménagements sociétaux peuvent être le fait d’organismes privés et sont aussi, clairement, une mission des pouvoirs publics. Exemple : les limitations de vitesse, le port obligatoire de la ceinture de sécurité et du casque, le contrôle de l’alcoolémie, l’amélioration du réseau routier, mesures légales, agissent plus efficacement et à moindre prix que les seuls efforts à visée éducative - sans sanction et qu’il faudrait répéter encore et encore. J'entendais récemmet un débat matinal à la Radio romande sur le besoin de diminuer les éléments qui dans notre nourriture nuisent à une bonne santé (graisses…) : sans doute ne voulons-nous pas d’un « menu fédéral » prescrit par l’Administration pour chaque jour de la semaine mais on ne saurait s’en remettre béatement à la bonne volonté, à bien plaire, de l’économie. Des exigences sur la composition de ce qui est manufacturé, vendu et mangé sont une pièce nécessaire des actions à mettre en œuvre. En passant, phrase de Jacques Attali (sans doute mieux qu’un borgne dans un monde où il y a trop d’aveugles) à propos de son livre « Demain, qui gouvernera le monde ? » (Fayard, 2011) : « Le problème [de l’économie de marché] est qu’elle est sans contrôle et sans garde-fous. Il n’existe aucun outil pour assurer le respect des normes sociales et environnementales ».

 

L’Etat doit être en mesure d’agir quand l’efficacité et l’efficience le justifient. Cela n’enlève rien à la pertinence des possibilités de l’éducation pour la santé, les deux axes sont complémentaires. Et on veut croire que les nouvelles Chambres fédérales mettront rapidement sous toit la loi sur la prévention dont elles ont débattu en 2011. La présidente de Santé publique Suisse note aussi qu’il y avait cette année moins de femmes candidates qu’auparavant, alors que des sujets comme la double charge féminine de travail, l’inégalité persistante des revenus selon le genre, leur contribution plus importante aux soins aux personnes âgées et dépendantes demandent derechef à être traités. Elle termine en rappelant que, malgré son importance, la santé est rarement prioritaire dans les agendas politiques. On ne saurait l’illustrer mieux que par cette célèbre réplique du président de Gaulle à Georges Pompidou lui présentant un futur gouvernement. Pompidou : « Mon Général, à qui donnerai-je le Ministère de la santé ? Réponse : « A n’importe qui, Pompidou, cela lui fera plaisir ».

 

Dernière chose : Des milieux marqués par les intégrismes qui préfèrent se baser sur des impressions non documentées plutôt que sur les faits ont lancé en Suisse alémanique une pétition contre l’éducation sexuelle à l’école, dont pourtant les progrès qu’elle apporte sont amplement démontrés. On veut croire que les politiques et autres responsables se déterminent eux par rapport aux faits.

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30/07/2011

« Nous avons beaucoup cherché l’ennemi… c’était nous ! »

 

 « Nous avons beaucoup cherché l’ennemi… c’était nous ». C’est ce que peuvent penser les Norvégiens désemparés après la tuerie d'il y a quelques jours(annoncée sur 1500 pages par une personne de souche, défenseur de « valeurs chrétiennes »…). Les Etats-Unis nous ont habitués, peut-on presque dire, à de tels actes de folie sur la base d’idées extrémistes : craintes d’invasion physique ou culturelle, de perte d’une (illusoire) pureté de la doctrine ou de la race. Outre-Atlantique, on le voit par l’échec répété des efforts de réglementation du port d’arme, il y a cet attachement anachronique à l’image du « gun-totting cowboy » (cowboy brandissant  son arme). Par contre, nous ressentons les pays nordiques comme de vrais cousins, respectueux des droits des gens, imprégnés d’une culture civique profondément européenne, bons praticiens de l’Etat social. D’où un choc d’une autre dimension…parce que cela peut aussi se produire chez nous.

 

Il est probable que les milieux d’extrême-droite populiste suisses récuseront avec véhémence tout rôle possible dans la survenue de tels actes ; accusant ceux qui mettraient le doigt sur l’ambiance délétère qu’ils nourrissent dans le pays d’être politiquement incorrects. Au lieu de faire un vrai examen de conscience quant au caractère très excessif de leurs slogans et campagnes électorales, ils feront donner leur appareil de propagande pour balayer les préoccupations graves qu’ils suscitent chez les citoyens attachés à l’Etat de droit et à la paix civile. Pourtant, qui peut sérieusement nier que les matraquages xénophobes, au nom même parfois de « racines chrétiennes » (!), auxquels ils nous soumettent de longue date font le lit de dérives qui peuvent devenir meurtrières ? L’ennemi n’est certainement pas seulement extérieur.

 

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02/02/2011

Ne pas oublier Auschwitz - En parler à nos petits-enfants

 

Récemment, bien intéressante émission De quoi je me mêle sur "La Première" de la RSR, avec un reportage sur le camp de concentration d’Auschwitz, centre du système nazi de « solution finale », coeur de la constellation des lieux d’extermination des juifs et d’autres groupes (homosexuels, tziganes, opposants politiques etc). Elle met en évidence les enjeux majeurs aujourd’hui en rapport avec ces pages funestes de l’histoire : primo, ne pas oublier ; secundo, comment passer le message aux nouvelles générations, alors que les quelques rescapés des camps encore vivants ont 80 ans et plus – ceci en relevant que, pour un enfant, ce qu’ont vécu les grands parents fait partie de son histoire, tandis que ce qu’ont vécu les aïeux plus lointains, c’est de l’ histoire). Tertio, encore et encore, il faut se demander comment cela a été possible : comment une population intelligente et cultivée comme celle de l’Allemagne a pu être « séduite » par un mouvement populiste extrêmiste qui a mis sur pied une telle machinerie de mort. Avec un ami, j’ai visité Auschwitz-Birkenau en octobre dernier. Comme le journaliste de la RSR, j’ai vivement ressenti l’importance du non-oubli et ai cherché à y contribuer par une « Lettre à mes petits-enfants » dans le Bulletin des médecins suisses (no. 49/2010 - consultable sur le web). Nous sommes aujourd’hui confrontés à de grands et nouveaux défis ; il reste que, comme l’a dit Churchill, c’est généralement parce qu’on n’a pas donné attention aux enseignements de l’histoire que, plus tard, des décisions inadéquates sont prises. Donc, se souvenir.

 

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