25/11/2019

Nous n’héritons pas la Terre de nos ancêtres, nous l’empruntons à nos enfants…

Au début d’une législature au plan fédéral qui a le devoir de concrétiser le mandat reçu du souverain en matière écologique, je tombe sur le Texte fondateur de l’association « Grands-parents pour le climat » (www.gpclimat.ch). Cet engagement mérite d’être mieux connu - ci-dessous des extraits :

Le mouvement citoyen pour le climat est né de la préoccupation d’une génération, celle de grands-parents notamment, face aux risques de détérioration des conditions de vie sur Terre. Notre engagement va au-delà de nos familles, il vise aussi un changement de nos modes de consommation.

Ça se passe aujourdʼhui :  Sécheresses, inondations, maladies, migrations, pénuries alimentaires, risque de conflits... Les rapports successifs du GIEC recensent les impacts dramatiques déjà observables. Un modeste espoir demeure : « Les risques liés au changement climatique peuvent être réduits en limitant sa vitesse et son ampleur ». Il faut donc à la fois lutter encore et toujours contre les causes et se mobiliser déjà, sans délai, face aux conséquences.

Notre objectif est de donner des chances à nos descendants de vivre sur terre dans un climat et un environnement favorables au renouvellement de la vie.

Notre engagement : l’âge nous donne des droits, des places assises, des rabais, parfois même du respect. Face à l’urgence climatique, nous nous reconnaissons aussi des devoirs. Beaucoup abordent leur retraite avec une généreuse énergie à mettre au service d’un espoir pour l’avenir de plusieurs générations d’enfants. C’est avec cette énergie que nous voulons agir.

Inquiets pour les générations futures, riches d’expériences vécues, conscients du poids politique que confère l’usage des urnes, forts du poids économique hérité des progrès sociaux, indépendants, donc plus libres que jamais de paroles et d’actions, privilégiés en tant que génération largement épargnée par les conflits mondiaux, pas assez attentifs aux conséquences des progrès technologiques qui nous éblouissent encore, nous avons le temps, le droit et le devoir d’œuvrer à un monde harmonieux pour les générations actuelles et futures. Il s’agit de tout entreprendre pour préserver la vie et la qualité du vivre ensemble sur la Terre.

21/10/2019

Ces jeunes qui sont l’espoir

Les « babyboomers » parmi nous (nés au sortir de la guerre 1939-45) ont passablement travaillé. Mais ils réalisent à quel point ils ont été chanceux : il y a un demi-siècle, il était aisé de trouver un emploi, l’économie marchait. L’orientation de l’Histoire paraissait claire : le progrès - au sens que lui a donné la Révolution industrielle - avait des jours glorieux devant lui.

Ces dernières années, changement de décor. Avec des débats indispensables sur ce que progrès veut dire. Pas besoin d’être un adorateur de la nature pour refuser que l’érosion de la biodiversité continue à un rythme - à proprement parler – infernal.  A part dans des pays menés par des égocentriques désorientés, « bigger is better » n’est plus le premier commandement.  J’ai été frappé par un interview d’André Hoffmann : personne très fortunée grâce aux millions de l’entreprise quasi-familiale Roche ; sensible à la nature, son père Luc était co-fondateur du WWF, mais aussi libéral assumé au plan économique. Disant : « Le capitalisme ne survivra que s’il est capable de changer ». Dans le sens des questions que posent aujourd’hui les jeunes : « Pour quoi faites-vous de l’argent et comment ? » Et surtout : « Quel impact social est-ce que je peux avoir en travaillant pour vous ? »

Pour qui veut bien écouter la science plutôt que les « marchands de doute », il est clair que la capacité de charge de la planète est dépassée de beaucoup (nous avons épuisé au 1er août les ressources qui auraient dû nous mener jusqu’à la fin de l’année). Mais il faut compter avec les fausses nouvelles des négationnistes de tout poil.

Sur la RTS, Temps présent du 5 septembre sur les jeunes et le climat. Plaidoyer d’un jeune Fribourgeois : « La planète n’a plus d’énergie, elle est en burnout… et il n’y a pas de clinique psychiatrique pour les planètes ». Formidable, cet engagement de centaines de milliers de jeunes, ainsi à l’occasion du Sommet de l’ONU sur ce thème, le 23 septembre à New York.

Il est impératif d’agir mais des résultats suffisants (pour ne pas dépasser 1,5 degré de réchauffement) sont très loin d’être acquis. Devant la lenteur de l’action, que deviendra la motivation de ceux qui nous suivent ? Le risque, c’est la glissade vers la radicalisation violente… ou l’àquoibonisme, le « puisque tout est fichu, mangeons et buvons »… Le prochain Parlement portera là une responsabilité historique.

 

 

30/11/2018

Vers le bonheur par l’IA* et Big Data ?

A Lausanne durant cette année, Cèdres Réflexion, groupe préoccupé d’éthique, conduit une série de conférences sur le thème du bonheur. Récemment, l’une avait pour titre « Le bonheur selon Google ». Y participaient Solange Ghernaouti, connue pour ses travaux en cybersécurité, Jean-Gabriel Ganascia, informaticien au CNRS, à Paris, et François Fleuret, de l’Institut Idiap-EPFL (Martigny).

Intéressants débats sur Big Data, énormes collections de données. Oui, on peut critiquer les « géants hégémoniques du net », les GAFA, de recueillir sans les payer des quantités immenses de données à notre propos. Toutefois… le fait est que, si ces firmes ne le faisaient pas, ces données resteraient ici et là, sans servir à rien ! Fleuret : « en soi, Big Data ne saurait comprendre le monde, mais les analyses qu’il rend possible permettent des prévisions souvent fiables et peuvent apporter du sens. »

Caractéristique forte d’internet, (presque) tout y est gratuit. Cela a des avantages, en permettant l’accès dans le monde entier à l’ensemble des connaissances de l’humanité, y compris aux pauvres et marginalisés. Big Data permet des avancées pour les maladies orphelines. Où sont les pièges ? On assiste à une concentration de pouvoir inouïe chez les GAFA, les atteintes à la vie privée sont un grand souci, l’addiction à internet est de plus en plus préoccupante. Le fléau des « fake news » est hypertrophié par les réseaux sociaux. J.-G. Ganascia dit sa crainte que, en acceptant ainsi les carottes que nous tendent les GAFA, nous soyons des ânes…

Parmi d’autres effets à craindre : les rapports entre les gens ne seront plus directs, face à face, mais médiatisés par des technologies ; il faudra (ré-)apprendre à se regarder dans les yeux. Une raison d’inquiétude est l’érosion des principes mutualistes de notre société, par exemple dans le domaine de l’assurance-maladie : quand en un tour de main on connaitra les facteurs de risque et l’avenir médico-sanitaire probable de chacun, combien de temps la solidarité dans un cadre comme celui de la LAMal tiendra-t-elle ?

Avancées de l’intelligence artificielle : nous nous rassurons en affirmant péremptoirement que jamais l’IA ni les machines ne parviendront à des raisonnements aussi sophistiqués que l’être humain. F. Fleuret a ses doutes, il ne voit pas de « mur computationnel » qui serait infranchissable.  Pourquoi y aurait-il là un effet de seuil, on est dans une démarche tout à fait incrementaliste, en continu. Une réflexion analogue vaut pour le transhumanisme. Beaucoup s’y opposent mais oublient la réalité que la limite est très poreuse entre homme naturel et homme « augmenté » (au plus simple, beaucoup d’entre nous portent des lunettes ou des prothèses, la suite est un continuum, de plus en plus technologique et intrusif).

Des conclusions ? Les développements technologiques ont, c’est évident, un grand potentiel. Mais aucun des orateurs ne s’est hasardé à des prédictions tant soit peu précises quant à notre futur hyperconnecté. Trop complexe… dépendant de multiples paramètres plus ou moins saisissables. Ils ne croient pas que les technologies vont « réenchanter » un monde qui en aurait pourtant besoin. Solange Ghernaouti cite cette phrase d’un collègue : « Ce que je n’ai pas trouvé dans la vie, je ne l’ai pas trouvé sur internet. »

Inutile de dire qu’on n’a pas vraiment répondu à la question de savoir si Google pourrait apporter le bonheur. Il faudrait d’abord se mettre d’accord sur ce qu’on entend par bonheur - une autre question difficile.

*IA = intelligence artificielle