08/01/2017

L'initiative qui prétend clarifier mais qui attise l'animosité et le rejet

Une initiative dite "contre l'intégrisme religieux" est lancée par l'UDC, en rapport avec la reconnaissance de communautés religieuses dans notre canton, sujet qui est pourtant déjà très clairement précisé dans notre nouvelle Constitution et dans une loi subséquente.

J'aimerais attirer l'attention sur la remarquable démonstration que fait ma collègue Marie-Denise Schaller, professeure au CHUV et présidente des catholiques vaudois, du fait que cette initiative est tout à fait inutile - et est même, selon ses termes, une mystification (24 heures du 22 décembre 2016).

Selon ses auteurs, cette démarche voudrait éviter que des pratiques autres ne viennent « contaminer » le fondement chrétien de notre société. Protestant pratiquant, je suis aussi intéressé que l’UDC Vaud à maintenir et promouvoir ces valeurs – tout en réalisant qu’il n’est pas exclu que nous n’en ayons pas la même conception. L’idée d’une sorte d’« identité pure » propre aux Vaudois de souche (merci ici de nous dire comment on définit ces vrais Vaudois par rapport aux faux) est une fiction. Notre société - et pour l’essentiel nous nous en trouvons très bien, a su adopter beaucoup des aspects constructifs de l’évolution des 50 dernières années ; elle est mobile, elle est diverse (et la différence c’est enrichissant).

Tout à fait d’accord de cultiver nos valeurs de nature religieuse, comme d’ailleurs les traditions culturelles, artistiques, sportives qui ont une saveur particulière « de chez nous » - en fait, ceux qui parmi nous sont d’une origine différente s’y associent souvent. Mais il serait préférable que, disant vouloir oeuvrer positivement, on ne fasse pas trop de mal…  Or, l’initiative qui nous est proposée prend les choses par le mauvais bout en voulant étiqueter (négativement), limiter, interdire. Contrairement à ce qui est prétendu et comme le montre Madame Schaller, loin de clarifier, loin de promouvoir la bonne entente, elle fait le lit de l’animosité, de l’agressivité, du rejet. Triste programme.

 

 

04/09/2016

Burkini - L'importance de ne pas se ridiculiser

 

Remarquable démonstration de discernement et de sens des valeurs que les propos de Martine Brunschwig Graf, le 30 août dans 24 heures sur le voile islamique (qui, soit redit en passant, ressemble souvent à s’y méprendre aux foulards de nos grands-mères) et, période estivale oblige, sur le burkini (NB : le présent courrier ne traite pas de voile couvrant la totalité du visage).

Nos voisins français sont en train de se ridiculiser par des empoignades de préau d’école. A telle enseigne que le Conseil d’Etat (autorité qui vérifie la cohérence des textes juridiques) vient d’annuler, à juste titre, les dispositions prises par des communes interdisant cette tenue de bain. Comme le relève un observateur : quelle différence entre une femme en burkini et le plongeur sportif ou surfeur qui, après l‘effort, décide de simplement se baigner ou s’allonger sur la plage dans sa combinaison ? Des censeurs pleins de leur interprétation à eux de notre tradition judéo-chrétienne construisent des argumentations discriminantes mais, en réalité, il s’agit dans les deux cas d’êtres humains avec la même allure et les mêmes droits, et qui ne font de tort à personne.

Plus que jamais il est souhaitable de rester objectif, sérieux. Le vrai danger, dont on espère que la pondération helvétique saura l’éviter, est que l’on entame des  « guerres de religion » nourries par des tribuns voyant des incendies là où il n’y en pas. Tribuns qui en fait refusent le droit à la différence qu’il est essentiel de préserver, dans le cadre au reste du respect mutuel attendu au sein de la société.

20/04/2016

Lettre d'Amérique : Les Etats-Unis, "melting pot" très hétérogène

 

 

Je reviens d’une visite à la famille d’un de nos enfants qui vit près de New York. Plus que jamais, l’observation du pays laisse songeur. Ainsi dans des domaines où j‘ai été impliqué comme médecin cantonal. En matière de sexualité, on trouve chez les « people » du spectacle et sur les réseaux sociaux les débordements les plus diversifiés, alors que le pays reste divisé sur le caractère judicieux d’une éducation sexuelle aux enfants. Ce thème, comme d’autres en régime fédéraliste, y est de la compétence des Etats et, plus à la périphérie, des districts scolaires (et être membre d’une commission scolaire est un mandat politique majeur). Une telle sensibilisation, bien admise dans les Etats urbains et libéraux, est refusée dans des régions où cela n’intéresse pas les responsables de savoir que les enfants qui en ont bénéficié ont des relations sexuelles moins précoces, moins fréquentes et moins à risque que ceux qui n’en ont pas eu (le taux de grossesses adolescentes aux USA est le plus haut des pays industrialisés). Dans certains Etats, on n’admet que l’encouragement à l’abstinence... La Cour suprême a imposé aux 50 Etats d’admettre le mariage gay mais cette décision semble avoir stimulé les milieux traditionnels à mettre en place autant de brimades à l’endroit des LGBT. Sous prétexte de respect des convictions religieuses de certains prestataires, on fait des lois qui leur permettent de refuser leurs services aux LGBT. Tout récemment en Caroline du Nord, alors que la capitale Raleigh avait émis un règlement communal interdisant de telles discriminations, le Parlement de l’Etat s’est empressé de voter une loi invalidant tous textes de cet ordre.

Drogues : la proportion de ceux qui croient encore à la funeste et irréaliste « Guerre à la drogue » est heureusement en diminution, mais les prisons sont pleines de gens arrêtés pour des  infractions mineures telles qu’usage de cannabis (au total, 2,5 millions de personnes emprisonnées dans un pays de 325 millions, taux le plus élevé dans le monde). La population carcérale est de manière très disproportionnée noire voire hispanique et tout l’éventail politique ou presque admet que le système judiciaire fonctionne de façon objectivement raciste. On sait la persistance d’un racisme ordinaire, notamment de la part de services de police qui ont la gâchette très facile. L’usage médical du cannabis est largement accepté (rappelons qu’en Suisse il est soumis à des exigences restrictives alors que son emploi en clinique devrait être admis de routine plutôt que comme exception). Quatre Etats ont légalisé le commerce et l’usage récréatif de la marijuana (1). Un mot enfin sur l’actuel cirque des primaires qui doivent désigner les candidats à l’élection présidentielle de novembre. Le succès à ce stade des deux « front-runners » républicains fait désespérer de la lucidité politique, et même du simple bon sens, d’une partie notable de l’électorat.

En dépit de leur vocation de « fusionneur » (melting pot), on voit que les Etats-Unis illustrent, sur beaucoup de terrains dont des enjeux de santé, une coexistence difficile, parfois violente, entre des milieux proches de l’Europe libérale et d’autres qui salueraient des régimes doctrinaires voire autoritaires.

 

 

  1. En Suisse, Ruth Dreifuss poursuit sa très estimable lutte pour que prévale la raison et dit « incompréhensible que le cannabis soit toujours interdit ». Elle est rejointe par le policier et criminologue Olivier Guéniat et on note avec intérêt que des projets-pilotes sont envisagés dans plusieurs villes.