30/12/2015

Voile à l'école: la sagesse du Tribunal fédéral

 

 

A propos de voile, on reste incrédule et vivement préoccupé devant les outrances de certains politiques qui oublient allègrement que la liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui. On attendrait d’eux, pourtant, qu’ils se souviennent que des mesures autoritaires et qui interdisent ne sont imaginables que s'il y a atteinte caractérisée aux droits ou aux intérêts d'autres. Or à qui, ici, le port du voile par quelques écolières musulmanes fait-il du tort ? A personne, poser la question c’est y répondre. Et ce sont les grands défenseurs de la suissitude, dont un des fondements pourtant est le respect des minorités, qui entendent bannir le voile...

Merci au Tribunal fédéral, dont la décision signifie entre autres choses qu’on ne saurait décider sans motif majeur que certaines minorités méritent moins que d’autres de bénéficier de la protection du droit public. Remarque en passant : on connait les Amish, dont les filles portent de routine un bonnet du type de celui chez nous de diaconesses. Ceux qui semblent avoir vocation de susciter l’agressivité, de créer le conflit là où il n’y en a actuellement pas trace, chercheraient-ils cas échéant à interdire un tel bonnet ? Je me souviens d’une forte prise de parole d’un professeur de droit, disant qu’on ne saurait en aucune manière mettre sur le même plan le port du voile dans l’espace public , selon qu’il s’agit d’une religieuse chrétienne ou d’une personne musulmane ; je ne suis pas certain que cette impossibilité de comparer (des voiles d’allure semblable) saute aux yeux de tous.

Le 14 décembre, le « 12:30 » de la radio romande La Première évoquait la signature d’une convention entre l’Etat du Valais et les Eglises reconnues à propos de l’enseignement religieux à l’école. J’ai trouvé bienfaisant d’entendre Mgr Jean-Marie Lovey, évêque de Sion, affirmer « Le but est d’affirmer les valeurs chrétiennes mais il ne s’agit ni d’exclure ni de contraindre (…) Le christianisme a pour but de travailler à la paix sociale, avec un objectif très fort d’ouverture et d’accueil de l’autre et du différent. » Il a aussi mentionné une intention d’intégrer, dont on sait combien il faut la distinguer de celle d’assimiler. Intéressant de relever que c’est le Ministre de l’instruction publique Oskar Freysinger qui signait dite convention au nom du Conseil d’Etat. On veut espérer qu’il se rallie pleinement à l’accent mis par Mgr Lovey sur l’ouverture à la différence.

Un remarque sur le point - souligné avec force par des représentants d’un milieu politique qui ne nous a pas habitué à tant de féminisme - selon quoi le voile serait un signe caractérisé de soumission à l’homme voire d’oppression. Le voile peut clairement être autre chose que symbole de domination ; désir par exemple de garder un élément d’habillement lié à une culture d’origine. Nos grand-mères ne sortaient guère de chez elles « en cheveux » et portaient le plus souvent un foulard.

Il convient aussi d’évoquer la référence trop aisément faite à la laïcité exacerbée à la française, pour le moins pas promotrice de convivialité, inadaptée à notre réalité. Dans un pays qui depuis sa fondation a vécu très pratiquement les différences culturelles, il faut de loin préférer le principe qui est le nôtre de neutralité religieuse des pouvoirs publics.

Les commanditaires des démarches demandant des lois anti-voile sont en réalité des pompiers pyromanes. Ils inventent des crises, ou dans tous les cas en exagèrent le risque. Le plus grave, au plan général, c’est que ces poussées tendent à annuler tant d’efforts, au cours des décennies, pour passer le message que l’autre ne doit pas faire peur et que, humain comme nous, il a le droit d’adopter des références et des habitudes autres que les nôtres.

Il y a près de 60 ans, Albert Camus lançait dans son discours de réception du Prix Nobel : « Chaque génération se croit vouée à refaire le monde. La mienne sait pourtant qu’elle ne le refera pas. Mais sa tâche est peut-être plus grande. Elle consiste à empêcher que le monde ne se défasse (…) Devant un monde menacé de désintégration, elle sait qu'elle devrait, dans une sorte de course folle contre la montre, restaurer entre les nations une paix qui ne soit pas celle de la servitude et refaire avec tous les hommes une arche d'alliance. » Prémonitoire, non ?. Dans tous les cas, l’intérêt public n’est certainement pas servi en attisant des atmosphères de guerres de religion par des demandes stridentes interdictions inutiles.

 

 

 

18/06/2007

D'ores et déjà: cohabitation et collaboration avec les musulmans

On sait combien sont vives, dans certains quartiers politiques, les inquiétudes à propos de l’Islam, qu’on tend à diaboliser dans le même temps qu’on stigmatise les mouvances islamistes. Alors que ce n’est tout de même pas la même chose - mais c’est politiquement expédient! On affirme le faire au motif de défendre l’Occident chrétien - ou du moins de culture historique chrétienne. Je me suis exprimé à ce sujet dans ce blog le 5 mai dernier (« Ces bons chrétiens antiminarets »).
Celles et ceux qui se préoccupent de relations humaines, voire fraternelles, avec les musulmans de notre pays seront intéressés par le passage suivant du Rapport du Conseil synodal (exécutif) sur l’état de l’Eglise évangélique réformée vaudoise pour 2006, à sa page 16 (plus d’infos sur www.protestant.ch/eerv). Je cite :
« Pour les aumôniers en milieu pénitentiaire, la perspective des missions à exercer en commun avec l’Eglise catholique est largement dépassée puisque, dans ce secteur, on a déjà passé au stade de la collaboration interreligieuse, et notamment avec la communauté musulmane. Les cultes, par exemple, attendus et toujours bien suivis, voient des musulmans y participer ! Et les aumôniers sont aux côtés des imams pour leur faciliter l’organisation de la prière du vendredi. En prison, la collaboration oecuménique et interreligieuse prend tout son sens : au-delà de l’appartenance confessionnelle ou religieuse, la compétence et la qualité de la relation des intervenants sont importantes ».
Intéressant, non ? Je peux imaginer comment des fondamentalistes d’un bord ou de l’autre trouveront à redire à ce travail commun. Pour ma part, dans une époque et une société où il est essentiel d’affirmer la dimension spirituelle de la personne, et où l’écoute et le respect de l’autre sont à cet égard une précondition indispensable, je le salue.