28/12/2016

Pharmas, médecine - Des questions que les gens posent

 

Echange de courriels récent avec une jeune adulte de ma connaissance

Bonjour Jean,

Je me tourne vers toi à propos de médecine. Je suis entourée de gens qui critiquent l'industrie pharmaceutique. Ils sont assez radicaux et certains, corps et âme, affirment que, tout comme l’industrie agro-alimentaire est une guerre contre la nature, les médicaments représentent une guerre contre ton corps. On peut selon eux régler les problèmes en donnant beaucoup d'attention à son corps et son esprit, à l'écoute de ses besoins - gérer le stress, avoir une alimentation de produits bio non transformés. Un ami aurait guéri d’un cancer en changeant radicalement son hygiène de vie - processus qui lui a demandé beaucoup de temps et des décisions fortes : s'occuper de lui-même était un défi à temps plein durant cette maladie.

J'écoute les avis et fais mes expériences. Les petites maladies qui traversent ma vie sont rares mais j'ai remarqué que certaines façons de faire pouvaient influer beaucoup. Depuis un an, si j'ai un rhume par exemple, je lui donne de l'attention, bois des bouillons, tisanes et beaucoup d'eau, prends le temps de me reposer. Et j'ai l'impression de guérir beaucoup plus vite que quand, dans ces mêmes circonstances de rhume, je l'ignorais et continuais ma vie comme si de rien n’était.

Et ma réponse :

Chère F.,

Merci pour ce mail intéressant. S’agissant de tes questions sur l’industrie pharmaceutique, il faut distinguer plusieurs choses. D'abord, le côté qu’on peut dire négatif: clairement cette industrie fait partie de l'économie à but lucratif et elle se comporte comme les marchands de voitures, de voyages, de produits de luxe, de canons, etc. Les pharmas développent ce qui permet de gagner de l'argent et de rémunérer ses actionnaires. Ce qui explique que, sous réserve de rares exceptions, les pharmas ne consacrent  guère d’argent à rechercher des traitements de maladies fréquentes - et graves - dans les pays pauvres, là il n'y aurait pas assez d’acheteurs solvables pour des produits efficaces.

Suite pour bientôt

04/11/2016

Conflits d'intérêts - Gain commercial ou santé ?

Eclairante information récente sur les pratiques de producteurs de boissons sucrées, inadmissibles en termes éthiques mais qui malheureusement ont leur logique au plan commercial et du marketing. On sait que les conflits d’intérêts en rapport avec la santé et la médecine sont multiples. C’est notamment pourquoi, au cours des dernières décennies, on a examiné plus attentivement les liens des médecins avec l’industrie pharmaceutique, qui fait preuve de beaucoup de créativité pour promouvoir la prescription de ses produits.

S’agissant des grandes firmes de boissons, une publication dans l’American Journal of Preventive Medicine décrit comment les deux géants Coca et Pepsi ont versé ces dernières années des millions de dollars à une centaine d’organisations de promotion de la santé ou d’aide humanitaire. On aimerait se féliciter de cette générosité ; l’ennui c’est que les investigations des auteurs de l'article montrent que ces soutiens financiers s’avèrent être un moyen de dissuader les organisations bénéficiaires de s’associer aux démarches de lutte contre le problème global majeur qu’est l’obésité.

De plus et simultanément, les firmes en question consacrent  de grosses sommes au lobbying pour contrer toute législation cherchant à réduire la consommation de boissons sucrées.  A cet égard, on peut rappeler qu’en 2012 Michael Bloomberg, l’actif maire de New York de l’époque, avait voulu limiter la contenance des bouteilles de sodas (mesure potentiellement efficace), mais un tribunal avait jugé que c’était une limitation indue à la liberté du commerce  - preuve de la faiblesse aux yeux de ce tribunal des arguments, pourtant solides, de santé publique. Il y a là des incohérences qui doivent préoccuper les professionnels de santé, les politiques et le public en général.

 

31/10/2016

Climat et action collective en justice de femmes seniors

 

Le 25 octobre dernier, l’association « Aînées pour la protection du climat » (www.ainees-climat.ch) qui regroupe quelque 500 membres, en majorité des femmes de plus de 70 ans, a déposé à Berne une action en justice quant à l’insuffisance de l’action du Conseil fédéral en matière de climat. La nouveauté de la démarche a interpellé les milieux politiques ; en effet, il s’agit là d’une démarche collective du type de la « class action » bien connue aux Etats-Unis, où un groupe défini de personnes affirme avoir qualité pour agir parce que ses membres ont en commun un motif fondé de se plaindre. Dans le cas particulier, les « Aînées », sur la base de données scientifiques, soulignent que leur santé est altérée par le changement climatique de manière disproportionnée  par rapport au reste de la population (leur mortalité est double de celles des hommes en cas de canicule).

Intéressant de savoir que des actions semblables ont été lancées déjà aux Pays-Bas (avec succès - un tribunal a enjoint le gouvernement de prendre des mesures plus étoffées) et en Norvège. Compte tenu de l’urgence du problème, il serait surprenant que le mot ne passe pas plus loin. La passivité des Etats contrevient en effet aux droits fondamentaux.

L’avenir (proche, espère-t-on) dira si les juges confirment que, au vu de leurs arguments, ces aînées sont légitimées à contraindre le Conseil fédéral à être plus actif. C’est une modalité nouvelle et différente, mais elle est bien dans l’esprit de cette spécificité suisse qu’est l’initiative populaire - à ceci près que l’initiative a le propos d’apporter une modifications à la Constitution, alors que là il s’agit de demander au gouvernement d’assumer ses responsabilités, sur le base de lois existantes. Dans tous les cas, c’est un signe fort de la société civile qu’elle entend intervenir sur les grands enjeux de l’époque. Pour ces femmes âgées et dans le contexte du réchauffement global, il s’agit à la fois de vouloir une meilleure protection de la santé, pour elles, et la protection du milieu de vie, pour leurs (petits-)enfants.