24/09/2007

Vaccin contre le cancer du col utérin - Bravo à ceux qui s'engagent!


 

 

On apprend ce jour que le Valais a décidé de l’offrir à l’ensemble des adolescentes du canton (sympathique interview du Dr Georges Dupuis, médecin cantonal, au journal de midi et demi sur la RSR 1). Je rappelle qu’il s’agit d’un vaccin contre le HPV (virus du papillome humain, sexuellement transmis, responsable du cancer du col utérin), disponible depuis peu. Il est très efficace mais coûte cher, environ Fr. 700.-. Genève a été le premier, il y a quelques semaines, à annoncer qu’il allait le prendre en charge.

 

Au plan national et sous réserve de bonne surprise, on risque de voir se rejouer les valses-hésitations habituelles - un délai est toujours bon à prendre pour les payeurs. D’autant plus qu’il s’agit d’une mesure préventive – pas une urgence politique -, à propos de quoi on réentendra peut-être les déclarations orientées selon quoi tout cela peut rester du domaine de la responsabilité individuelle. Qu’il faut de temps et d’efforts renouvelés pour faire passer une perspective de santé publique !

 

Dans tous les cas, bravo à nos deux voisins pour leur célérité, dont on espère qu’elle inspirera d’autres autorités sanitaires.

18/09/2007

Prescription de cheval pour la survie de la planète?

 

 

 

J’étais il y a quelques jours à Zurich, pour la Conférence annuelle de l’Association européenne des centres d’éthique médicale, rassemblant des spécialistes de toute l’Europe. La prise de position à cette occasion de Richard Nicholson, rédacteur en chef du Bulletin of Medical Ethics, auteur réputé, a le mérite d’interpeller. S’exprimant sur le thème « Justice et changement climatique », il a affirmé :

 

« Si nous nous efforçons de réduire l’importance du changement climatique et de réduire le nombre de morts humaines qui en résulte (morts qui seront de manière très majoritaire dans les pays en développement), le principe de justice exige que les pays riches procèdent aux plus grands changements dans leurs modes de vie. Ces derniers toucheront chaque élément de notre existence et demanderont  des modifications majeures dans la mise à disposition de services de santé. Mon exposé entend montrer que, grosso modo dans les 20 ans à venir, les pays riches devraient envisager de :
-         fermer tous les hôpitaux et s’en remettre uniquement aux soins de premier recours,
-         cesser les efforts visant à prévenir les épidémies, dans la mesure où ces dernières représentent la manière la plus simple et la moins douloureuse d’arriver à la nécessaire réduction de la population mondiale,
-         mettre hors la loi toutes les méthodes de procréation médicalement assistée, puisque plus de monde est le pire qui puisse arriver.

 

Le paradoxe apparent est que plus nous nous attachons à maintenir en vie des humains individuels, plus il devient probable que l’espèce humaine ne survivra pas. »

 

C’était une réunion scientifique tout à fait sérieuse… Il est certain toutefois que le Dr Nicholson s’est laissé aller à un certain humour (cynique) britannique - et pas dans le sens de ce qu’on appelle British understatement -  à savoir euphémisme. Cela étant, aussi provocant que soit son propos, préfigurerait-il caricaturalement certaines des choses qui nous attendent?

 

27/06/2007

Secouante trajectoire liée à la maladie mentale - Un livre prenant!

 

 

Dans une vie de soignant, il n’est pas rare de ressentir qu’on n’est pas aussi utile au patient qu’on pourrait l’être parce qu’on peine à « se mettre à sa place », qu’on ne comprend qu’incomplètement sa souffrance. Deux ouvrages publiés chez Labor et Fides sont précieux à cet égard. Pas seulement pour les médecins, infirmières et  autres professionnels de la psychiatrie mais aussi à beaucoup de ceux qui oeuvrent dans ce qu’on appelle la relation d’aide : médecins de premier recours, psychologues, travailleurs sociaux, médiateurs, aumôniers, responsables d’institutions. Et ils intéresseront vivement ceux qui dans le grand public se préoccupent de la vie de l’esprit, de ses fluctuations et désordres.

 

 

Le premier est Doués de folie, dont je parlerai dans un prochain billet.

 

L'autre, Quotidien, mon amour, décrit l’extraordinaire parcours psychique et humain de Diana Dillmann, Genevoise, qui écrit à visage décourvert si je peux dire. Histoire d’une quinzaine d’années d’évolutions vives (c’est un euphémisme), pas rarement chaotiques, d’une psychose maniaco-dépressive. Comédienne, musicienne, elle a fait des études de lettres, est à l’aise dans les arts graphiques; le lecteur ne manque pas d’être impressionné par les plusieurs facettes de ses compétences artistiques. Elle a connu sa première casse psy à l’âge de 28 ans et les troubles y relatifs se sont étendus, de manière quasi continue à certaines époques, durant les années suivantes. Avec une vingtaine d’hospitalisations, à Genève et ailleurs, parfois volontaires, souvent pas. Des passages discutant les formes de contrainte en milieu psychiatrique intéresseront particulièrement les professionnels du domaine.
                              
Quotidien, mon amour est fait pour l’essentiel d’un journal tenu entre octobre 2004 et mai 2006, tout en incluant de nombreux flashbacks sur les périodes antérieures. Récit que j’ai envie de dire formidable, au sens fort du terme, sur une vie aux prises avec des souffrances et troubles multiples, typiquement psychiques ou alors physiques (migraines, vomissements et autres manifestations digestives, …). Le lecteur n’échappe guère à l’impression d’être - lui aussi - pris dans un maelstrom existentiel, un tohu bohu qui coupe le souffle ! Il faut relever notamment les virées, les fugues sans crier gare, à Paris, à Milan, à St-Cergue (cette dernière déjà contée dans Doués de folie), marquées par la manie - voire l’érotomanie, évoquée dans la transparence - dans les transports, dans la rue, à l’hôtel, dans les grands magasins. On ressent dans ces périodes labiles, aiguës ou subaiguës, une incertitude majeure sur ce dont demain sera fait… Les choses ne se passent pas trop mal aujourd’hui, cette semaine, mais ensuite, d’ici quelques heures… ? Cela, et d’autres aspects du récit, ont frappé le personnage désespérément rationnel, « non papillonnant », qui rédige ces lignes.

 

Véritable leçon de vie. On comprend mieux comment beaucoup de (grands) artistes ont été largement en dehors des limites de la norme au plan psychique - que cela ait été ou non étiqueté pathologique. Le  témoignage de Diana Dillmann est très  fort, assurément inhabituel, marqué par l’intensité, l’originalité, la créativité - dans la vie et l’écriture ; par la capacité de faire toucher du doigt des expériences majeures de glissements et « explosions » psychiques.

 

 

Référence :  D. Dillmann, Quotidien mon amour, chez Labor et Fides (Genève), Collection Ecrivains du réel, 2006.