28/05/2009

Santé dans le monde : les Grands écarts !

Selon des rapports de l’OMS et de l’UNICEF, aucun taux de mortalité ne met en évidence un fossé aussi dramatique entre pays défavorisés et industrialisés que la mortalité maternelle - à savoir durant la grossesse ou en couches. Le risque de décès maternel au cours de la vie de la femme est d’un sur sept au Niger (une femme sur sept !) contre un sur 47'600 en Islande. Nombreux sont les médecins suisses qui, au cours de périodes de travail outremer, ont  touché cette réalité - pas seulement du bout du doigt. Je discutais cet exemple dans des enseignements de santé publique à des étudiants en médecine ou en soins infirmiers.

 

La plus grande partie de ces morts sont évitables par des moyens thérapeutiques relativement aisés à mettre en œuvre même dans des pays pauvres. Ici, souligner que les progrès à cet égard sont ralentis, de manière massive souvent, par la condition de dépendance et d’oppression de la femme, gardant tout au long de sa vie un statut de mineure non autonome -  ainsi que par les effets pathogènes d’ukases religieux ou prétendus tels (qu’il s’agisse de religion d’ici ou d’ailleurs).

 

En avril dernier, la Commission nationale d’éthique (CNE) organisait à Berne un symposium pour honorer le Prof. Ch. Rehmann-Sutter, qui l’a présidée depuis son institution en 2001. Pas inutile de rappeler que le « Gärtlidenken » (esprit de clocher ou de jardinet) qui continue parfois à prévaloir dans ce pays a contraint cet homme remarquable à accepter l’offre d’une université allemande - s’il entendait pouvoir, dans des conditions acceptables, rester le gagne-pain de sa famille. A été  rappelé ce jour-là la phrase de Martin Luther King « De toutes les formes d’inégalité, l’injustice en matière de soins de santé est la plus inhumaine » (ce qui semble compris par le Président Obama mais pas vraiment par certains de nos « partenaires » au sein de système de santé suisse). L’OMS et d’autres rappellent que « l’injustice sociale tue ». Des constats qui demandent qu’on soit plus engagé, plus sérieux, à l’interne et à l’externe vis-à-vis des pays du Sud.

 

29/03/2009

Vouloir le bien, faire le lit du mal

 

 

 

S'agissant du sida, les faits sont terribles en Afrique au Sud du Sahara; c'est, de loin, la région du globe la plus touchée par le sida : alors qu’elle compte 12 % de la population mondiale, plus des deux tiers de toutes les personnes contaminées par le virus VIH y vivent et on y enregistre les trois quarts des morts dues à la maladie… Cette fréquence est liée à des modes des de vie - notamment le statut social inférieur de la femme ; l’expérience de terrain montre que faire évoluer les cultures est une affaire de très longue haleine ; il y faut de la persévérance et de la compréhension des gens. Dans ce contexte, des admonestations vertueuses à l’abstinence sont hors sol, « extra-terrestres ». Elles peuvent influencer ici et là quelques fidèles mais ne sauraient avoir un impact à la mesure de l’urgence. Comme tous les responsables de la lutte contre le sida l’expriment fortement, le préservatif, loin d’être le diable que décrit Rome, est un moyen préventif simplement indispensable. Le fait est que dans ce registre comme dans quelques autres, les prescriptions de la Curie sont « hors de ce monde », et je ne parviens pas à vouloir forcer sur ce monde ce qui vaudra dans l’autre quand cela fait le lit du mal et la maladie. Devant de tels décalages, je sais le désarroi d’amis catholiques engagés. Combien de temps accepteront-ils de dire « Quand je ne comprends pas, j’obéis » ?

 

Dans ce canton depuis vint ans, nous avons collaboré, y compris avec des prêtres catholiques, à prévenir le sida par une éducation ouverte, non repoussante, sur la sexualité, permettant une gestion équilibrée par les jeunes de cette dimension de leur vie. De nombreuses observations montrent que cela prévient mieux les maladies vénériennes, les grossesses adolescentes et les dommages liés à l’ignorance, que les injonctions simplistes qui interdisent. Si bien sûr personne ne s’oppose à des objectifs élevés, la condition impérative, ici comme ailleurs, est que le propos corresponde à quelque chose dans l’existence de ceux auxquels on s’adresse. La réalité est, primo, que les exhortations du pape n’ont pas réellement de sens dans les conditions de vie des populations auxquelles il rend visite et, segundo, qu’elles prennent de manière désastreuse le contre-pied des efforts de prévention.

 

Le plus choquant c’est que les pays concernés sont ceux qui ont le plus besoin d’une approche pragmatique, qui ne juge pas, puisque que le sida continue à les ravager (alors que chez nous la situation est pour l’essentiel sous contrôle, grâce à la prévention et aux thérapies actuelles – thérapies souvent inaccessibles en Afrique). Cela étant, n’y a-t-il pas une forme de mépris des Africains à insister sur un discours ignorant les circonstances de leur vie quotidienne ? Un discours que dans nos pays la large majorité n’écoute plus. S’il n’y a pas mépris, pour le moins y a-t-il abandon, par le refus de considérer la réalité. Faut-il rappeler que la compassion devrait être une vertu chrétienne majeure ?

Dr Jean Martin, ancien médecin cantonal

13/02/2009

Rougeole: augmenter la part de non-vaccinés n’est pas une attitude responsable.

L’individualisme parfois dévoyé qui marque la société occidentale a pour corollaire un affaiblissement de la notion d’appartenance à une collectivité et d’une certaine responsabilité à assumer à l’égard de cette dernière -  aussi modeste que soit sa propre position. Ainsi dans le débat réalimenté par l’émergence de dizaines de cas de rougeole. A la différence de la situation de populations très défavorisées, on a pu raisonnablement renoncer chez nous aux vaccinations obligatoires (j’ai ai été partie à la suppression de la dernière sur Vaud, celle contre la diphtérie). Ceci pour éviter des épisodes  rocambolesques telles que faire vacciner un enfant entre deux gendarmes… Par contre, distinguo essentiel, non-obligation ne veut en rien dire qu’il y ait doute sur l’utilité des vaccins. Ils sont et restent un moyen excellent, indispensable, d’amélioration de la santé de la population et c’est le devoir des responsables médicaux de les recommander expressément.

 

Quid alors des milieux qui s’y opposent ? Dans ma fonction officielle, je n’ai jamais voulu de chasse aux sorcières vis-à-vis des praticiens complémentaires ; j’ai des amis homéopathes. Mais je suis très en colère d’entendre certains d’entre eux affirmer avec aplomb des choses fausses, sans base scientifique, alléguant que leur vérité vaut bien celle de la médecine scientifique. Ce n’est pas vrai; je ne nie pas du tout qu’il y ait une place pour l’expérience empirique dans les soins mais des professionnels n’ont pas le droit de dire n’importe quoi. Me souvenant que j’avais à instruire des affaires disciplinaires, je note que certains propos de médecins disqualifiant les vaccinations et niant les risques des maladies qu’ils préviennent mériteraient que leur droit de pratique soit remis en cause. Et il est approprié qu’une enquête soit ouverte à l’endroit de ceux qui négligent l’obligation de déclaration prescrite par la loi sur les épidémies.  

 

Sur la responsabilité des parents qui ne font pas vacciner leurs enfants : ils doivent réaliser qu’il importe qu’un haut pourcentage (90% et au-delà) des enfants soient immunisés pour que la collectivité soit protégée. Si les non-vaccinés sont suffisamment rares, il ne peut y avoir épidémie mais le danger grandit rapidement s’ils sont plus nombreux. Je souhaite une société libérale qui ne contraint pas indûment ses membres, mais une société aussi où chacun fait sa part pour le mieux-être collectif. Augmenter la part de non-vaccinés n’est pas une attitude responsable.

 

Dr Jean Martin, ancien médecin cantonal