08/09/2008

Sida en Afrique: spoliation des veuves et des orphelins (II)

Maimuna Kanyamala est la fondatrice et directrice de Kivulini, une organisation pour la défense des droits des femmes en Tanzanie. Eléments de son exposé : « Les cas sont nombreux où les veuves et les orphelins du sida ont été laissés avec très peu, ou rien du tout, après que leur parenté ait accaparé tous les biens de la famille. Des femmes ont été déshéritées pour avoir refusé d’aller vivre avec un parent mâle du mari décédé. Quand bien même en Tanzanie plusieurs lois progressistes ont été promulguées pour donner un statut légal adéquat aux femmes, il est fréquent que les règles coutumières aient plus de poids ». L’auteur cite différents exemples de veuves dont la ferme familiale et le bétail ont été accaparés par des parents et qui ont dû retourner dans leur village d’origine, sans compensation. « Même là où le mari décédé avait établi un testament écrit, ce n’est pas une garantie que la femme et les enfants ne vont pas être confrontés à des revendications par des parents mâles ».

Un texte de Frank Mischo décrit des histoires personnelles et familiales dramatiques dans le Sud-Ouest de l’Ouganda. Un aspect particulier : « Les enfants doivent assumer le travail de leurs parents malades et s’occuper de toute la famille. Cela signifie qu’ils ne peuvent plus aller à l’école où ils recevraient une information sur le danger du VIH/sida et sur la manière d’éviter d’être infecté. Le manque de connaissances mène à une augmentation continuelle du nombre de séropositifs ». D’autres contributions illustrent la situation dans différents pays d’Afrique.

 

 

En général, il s’agit là d’un fort rappel des dimensions sociales et spécialement culturelles déterminant les caractéristiques et la gravité des conséquences d’une maladie, notamment au plan économique et de la survie ; avec des effets désastreux du registre de la perte de repères et d’espoir, de la misère, de la domination à divers égards (y compris sexuelle, jusqu’à la prostitution). Illustration du fait fondamental que, en santé publique, rien n’est simple... Et que, même quand un microorganisme identifié comme le VIH est  à la base d’une affection, l’étendue du problème dépend d’une multiplicité de facteurs… pour lesquels souvent les connaissances de la médecine et des soins n’ont pas de remèdes, ne savent guère comment lutter. Facteurs qui doivent être diagnostiqués dans une perspective large, dans leurs tenants et aboutissants ; diagnostic dit communautaire qui sera à la base de l’élaboration d’instruments et programmes susceptibles de prendre - autant que possible - les problèmes à la racine.

 

 

Mots de conclusion de K. Izumi : « Trop souvent, les histoires personnelles d’épreuves, comme aussi de résilience devant l’adversité, sont perdues dans les statistiques et bilans arides de politiques nationales. Exclus des statistiques, femmes et enfants deviennent invisibles ».

 

 

 

20/07/2008

Sortons enfin de la fumée !

Depuis que les Genevois ont déclaré, en février 2008, vouloir respirer un air libre de fumée dans les lieux publics fermés, la brise s’est levée. Fin mai, le plan pour la prévention du tabagisme du Département vaudois de la santé, bien conçu, retient les axes suivants: «éviter le début du tabagisme, soutenir la norme non-fumeur» et «un air à 100% sans fumée pour l’ensemble de la population».

 

 

Au même moment, le Bulletin des médecins suisses surprend en bien avec un article sur la Convention cadre pour la lutte antitabac de l’OMS 1). Signé par des médecins et politiciens (le président de la FMH Jacques de Haller, l’ancien conseiller national Yves Guisan , notamment), il conclut que tout compromis sur la fumée ne sert qu’aux cigarettiers, eux-mêmes responsables de l’épidémie. On ne se souvient guère d’une prise de position aussi claire des fils d’Hippocrate.

 

 

Mais la palme revient aux restaurateurs romands dont l’organe, Le Cafetier, a  bien voulu publier une annonce de l’association OxyRomandie, qui milite contre la fumée passive. La hache de guerre paraît donc enterrée entre les défenseurs de la santé et ceux qui ont souvent prétexté la perte financière pour refuser des règles. Le rapprochement est exprimé dans la publicité par le garçon de café qui, dans un espace lumineux, lance : «Sortez du brouillard!»

 

 

Un programme est en route! Les vingt mille signataires vaudois de l’initiative populaire «Fumée passive et santé» l’ont amorcé. Le texte propose de libérer de la fumée les lieux publics fermés, sans exception, les locaux privés n’étant pas concernés. Au vu de ce principe et de plusieurs votes populaires cantonaux clairs, les contorsions de certains élus fédéraux vis-à-vis de l’initiative Gutzwiller font piètre figure. Ils peineraient à expliquer le projet de loi fédérale à leurs enfants et ils se sont décrédibilisés 2) sérieusement, pour la troisième fois, le 11 juin 2008 au Conseil national.

 

 

Le plan d’action vaudois pour la prévention est limpide mais le gouvernement a néanmoins élaboré un contre-projet à l’initiative populaire, prévoyant pour un établissement la possibilité du fumoir. Le Grand Conseil débattra de ce texte prochainement et, s’il l’approuve, le soumettra avec l’initiative au vote du peuple. A vrai dire toutefois, les signataires de l’initiative et la population douteraient du sérieux de leurs élus au Grand Conseil s’ils recommandaient le contre-projet. Car, si le peuple l’acceptait, les Vaudois auraient alors ancré par les urnes pour longtemps la puanteur du fumoir dans la nouvelle Constitution vaudoise… à côté de Lavaux, patrimoine mondial de l’humanité!

 

 

Souhaitons que cette perspective incite nos élus à suivre Le Cafetier et… à sortir définitivement du brouillard. En soumettant au peuple en novembre prochain l’initiative populaire seule, avec la recommandation de l’accepter!

 

 

 

 

 

1)     «La Convention cadre pour le contrôle du tabac de l’OMS a cinq ans» Bulletin des médecins suisses, 28 mai 2008

 

2)     «Etre crédible!», Bulletin des médecins suisses, 9 janvier 2008

 

 

 

16/02/2008

"Faux rentiers" AI allégués - Etre sérieux s.v.p.

Ferme et pertinent éditorial, dans la dernière livraison de la Revue médicale suisse (13 février) de deux professeurs de psychiatrie - estimés et avec les pieds sur terre  - à propos de faux malades ou invalides. Citation : « Le mythe selon lequel il existe un nombre considérable de faux rentiers AI revient régulièrement. Des études scientifiques font défaut. Toutefois, pour exister, les mythes n’ont pas besoin d’être validés par l’évidence scientifique. Il suffit que certains partis politiques se portent garants de leur entretien ». Tellement vrai !

 

Ces enseignants de médecine déplorent, on les comprend bien, que ces allégations mettent en doute l’honnêteté de groupes de patients, notamment dans leur domaine. Dans le magazine de l’assurance CSS, la question « Quelles prestations de l’assurance de base souhaitez-vous donc voir réduites à un minimum voire supprimées ? » est posée à Beat Kappeler, relèvent-ils. Réponse : « C’est délicat. Il faut certainement réduire les prestations psychiatriques, les conseils en diététique, les cures et quelques prestations complémentaires de Spitex (= soins à domicile) ». Remarque des Prof. Andreoli et Stiefel : « Nous recherchons en vain, dans cette interview, le raisonnement sur lequel M. Kappeler s’appuie ».

 

Beat Kappeler est un journaliste très entendu dans divers médias, écouté notamment parce que porteur de messages de droite adoptés après un début de carrière de centre-gauche ; il connaît notre pays et sa vie économico-politique. Avec le respect qu’on lui doit, il me permettra néanmoins de partager le questionnement de mes confrères. Pour le moins, l’utilisation de l’adverbe « certainement » dans sa réponse demande à être précisément documenté. De lui ou d’autres observateurs, on attend des déterminations fondées et approfondies, qui ne suscitent en aucun cas la crainte qu’il puisse s’agir de suivisme opportuniste des affirmations - bien sujettes à caution - de telle mouvance populiste qui tend à voir des abus(eurs) partout.