20/07/2008

Sortons enfin de la fumée !

Depuis que les Genevois ont déclaré, en février 2008, vouloir respirer un air libre de fumée dans les lieux publics fermés, la brise s’est levée. Fin mai, le plan pour la prévention du tabagisme du Département vaudois de la santé, bien conçu, retient les axes suivants: «éviter le début du tabagisme, soutenir la norme non-fumeur» et «un air à 100% sans fumée pour l’ensemble de la population».

 

 

Au même moment, le Bulletin des médecins suisses surprend en bien avec un article sur la Convention cadre pour la lutte antitabac de l’OMS 1). Signé par des médecins et politiciens (le président de la FMH Jacques de Haller, l’ancien conseiller national Yves Guisan , notamment), il conclut que tout compromis sur la fumée ne sert qu’aux cigarettiers, eux-mêmes responsables de l’épidémie. On ne se souvient guère d’une prise de position aussi claire des fils d’Hippocrate.

 

 

Mais la palme revient aux restaurateurs romands dont l’organe, Le Cafetier, a  bien voulu publier une annonce de l’association OxyRomandie, qui milite contre la fumée passive. La hache de guerre paraît donc enterrée entre les défenseurs de la santé et ceux qui ont souvent prétexté la perte financière pour refuser des règles. Le rapprochement est exprimé dans la publicité par le garçon de café qui, dans un espace lumineux, lance : «Sortez du brouillard!»

 

 

Un programme est en route! Les vingt mille signataires vaudois de l’initiative populaire «Fumée passive et santé» l’ont amorcé. Le texte propose de libérer de la fumée les lieux publics fermés, sans exception, les locaux privés n’étant pas concernés. Au vu de ce principe et de plusieurs votes populaires cantonaux clairs, les contorsions de certains élus fédéraux vis-à-vis de l’initiative Gutzwiller font piètre figure. Ils peineraient à expliquer le projet de loi fédérale à leurs enfants et ils se sont décrédibilisés 2) sérieusement, pour la troisième fois, le 11 juin 2008 au Conseil national.

 

 

Le plan d’action vaudois pour la prévention est limpide mais le gouvernement a néanmoins élaboré un contre-projet à l’initiative populaire, prévoyant pour un établissement la possibilité du fumoir. Le Grand Conseil débattra de ce texte prochainement et, s’il l’approuve, le soumettra avec l’initiative au vote du peuple. A vrai dire toutefois, les signataires de l’initiative et la population douteraient du sérieux de leurs élus au Grand Conseil s’ils recommandaient le contre-projet. Car, si le peuple l’acceptait, les Vaudois auraient alors ancré par les urnes pour longtemps la puanteur du fumoir dans la nouvelle Constitution vaudoise… à côté de Lavaux, patrimoine mondial de l’humanité!

 

 

Souhaitons que cette perspective incite nos élus à suivre Le Cafetier et… à sortir définitivement du brouillard. En soumettant au peuple en novembre prochain l’initiative populaire seule, avec la recommandation de l’accepter!

 

 

 

 

 

1)     «La Convention cadre pour le contrôle du tabac de l’OMS a cinq ans» Bulletin des médecins suisses, 28 mai 2008

 

2)     «Etre crédible!», Bulletin des médecins suisses, 9 janvier 2008

 

 

 

16/02/2008

"Faux rentiers" AI allégués - Etre sérieux s.v.p.

Ferme et pertinent éditorial, dans la dernière livraison de la Revue médicale suisse (13 février) de deux professeurs de psychiatrie - estimés et avec les pieds sur terre  - à propos de faux malades ou invalides. Citation : « Le mythe selon lequel il existe un nombre considérable de faux rentiers AI revient régulièrement. Des études scientifiques font défaut. Toutefois, pour exister, les mythes n’ont pas besoin d’être validés par l’évidence scientifique. Il suffit que certains partis politiques se portent garants de leur entretien ». Tellement vrai !

 

Ces enseignants de médecine déplorent, on les comprend bien, que ces allégations mettent en doute l’honnêteté de groupes de patients, notamment dans leur domaine. Dans le magazine de l’assurance CSS, la question « Quelles prestations de l’assurance de base souhaitez-vous donc voir réduites à un minimum voire supprimées ? » est posée à Beat Kappeler, relèvent-ils. Réponse : « C’est délicat. Il faut certainement réduire les prestations psychiatriques, les conseils en diététique, les cures et quelques prestations complémentaires de Spitex (= soins à domicile) ». Remarque des Prof. Andreoli et Stiefel : « Nous recherchons en vain, dans cette interview, le raisonnement sur lequel M. Kappeler s’appuie ».

 

Beat Kappeler est un journaliste très entendu dans divers médias, écouté notamment parce que porteur de messages de droite adoptés après un début de carrière de centre-gauche ; il connaît notre pays et sa vie économico-politique. Avec le respect qu’on lui doit, il me permettra néanmoins de partager le questionnement de mes confrères. Pour le moins, l’utilisation de l’adverbe « certainement » dans sa réponse demande à être précisément documenté. De lui ou d’autres observateurs, on attend des déterminations fondées et approfondies, qui ne suscitent en aucun cas la crainte qu’il puisse s’agir de suivisme opportuniste des affirmations - bien sujettes à caution - de telle mouvance populiste qui tend à voir des abus(eurs) partout.

17/12/2007

Maltraitances...


 

 

« Il s’avère de plus en plus qu’aux Etats-Unis la maltraitance infantile (abandon, physique, sexuelle, psychique) est en relation avec les missions guerrières ». Résultat, entre autres, d’une étude publiée il y a peu par un des meilleurs journaux médicaux américains, portant sur 1858 enfants de 1771 familles dont un des parents a été engagé dans au moins une mission en trois ans.

 

Rien évidemment de bien étonnant : chercher à tuer son prochain, même sur ordre, ne saurait guère adoucir les moeurs… On sait, en général, combien de militaires reviennent de guerre psychologiquement détruits (je pense pour ma part, à l’époque, à un ami médecin rentré du Vietnam). Et on se souvient des abus de militaires US dans la prison d’Abu Ghraïb. La pratique de la torture, autorisée ou en tout cas tolérée au plus haut niveau - comme des investigations officielles le confirment en ce moment -, est un des thèmes qui plombent la sombre fin de mandat du président et de l’Administration actuels.

 

La maltraitance est un problème sociétal majeur, aux multiples causes grandes et petites, aux manifestations très « diversifiées ». Problème dont on peut être certain que, malgré  les efforts engagés depuis une vingtaine d’années, c’est une pointe de l’iceberg seulement qui est manifeste et retient l’attention des services concernés (protection de la jeunesse,  médecins et autres soignants, Justice de paix, services de police…).

 

Y être plus sensible/sensibilisé ; ne pas relâcher l’attention ; y compris ne pas se laisser troubler par les références aux prérogatives antiques des parents (on se souvient que le pater familias romain avait droit de vie et de mort sur les membres de sa famille et de sa maisonnée…). Et espérer que l’esprit de Noël va passer par là.