17/12/2007

Maltraitances...


 

 

« Il s’avère de plus en plus qu’aux Etats-Unis la maltraitance infantile (abandon, physique, sexuelle, psychique) est en relation avec les missions guerrières ». Résultat, entre autres, d’une étude publiée il y a peu par un des meilleurs journaux médicaux américains, portant sur 1858 enfants de 1771 familles dont un des parents a été engagé dans au moins une mission en trois ans.

 

Rien évidemment de bien étonnant : chercher à tuer son prochain, même sur ordre, ne saurait guère adoucir les moeurs… On sait, en général, combien de militaires reviennent de guerre psychologiquement détruits (je pense pour ma part, à l’époque, à un ami médecin rentré du Vietnam). Et on se souvient des abus de militaires US dans la prison d’Abu Ghraïb. La pratique de la torture, autorisée ou en tout cas tolérée au plus haut niveau - comme des investigations officielles le confirment en ce moment -, est un des thèmes qui plombent la sombre fin de mandat du président et de l’Administration actuels.

 

La maltraitance est un problème sociétal majeur, aux multiples causes grandes et petites, aux manifestations très « diversifiées ». Problème dont on peut être certain que, malgré  les efforts engagés depuis une vingtaine d’années, c’est une pointe de l’iceberg seulement qui est manifeste et retient l’attention des services concernés (protection de la jeunesse,  médecins et autres soignants, Justice de paix, services de police…).

 

Y être plus sensible/sensibilisé ; ne pas relâcher l’attention ; y compris ne pas se laisser troubler par les références aux prérogatives antiques des parents (on se souvient que le pater familias romain avait droit de vie et de mort sur les membres de sa famille et de sa maisonnée…). Et espérer que l’esprit de Noël va passer par là.

05/12/2007

J'ai cru à une farce du 1er avril...


 

 

 

Pascal Diethelm, qui avec le Dr Jean-Charles Rielle, médecin genevois de santé publique (et nouveau conseiller national), a été très engagé dans la lutte anti-tabac, vient de recevoir le prix de l’International Tobacco Industry… Lisant ce titre, j’ai d’abord regardé le calendrier... non, nous ne sommes pas le 1er avril !

 

MM. Diethelm et Rielle, grâce à un travail obstiné de recherche d’information dans les archives, sur internet, etc, ont mis à jour l’affaire qui il y a quelques années a beaucoup secoué le monde scientifique et économique, à Genève puis bien plus largement notamment aux Etats-Unis. L’université de Genève a pendant des années collaboré avec le Dr. Ragnar Rylander, chercheur suédois qui y donnait des cours. Or, les investigations de  Diethelm et Rielle ont montré que le Dr R., qui avait publié des articles minimisant le caractère nocif de l’usage du tabac, y compris du tabagisme passif (fait de respirer la fumée des autres), était soutenu financièrement par l’industrie du tabac. Exemple crasse d’un conflit d’intérêts évidemment inacceptable ; illustration des méthodes plus que discutables que dite industrie a longtemps utilisées pour tenter de nier que son produit entraîne des millions de morts chaque année dans le monde.

 

Le Dr Rylander a intenté un procès à Diethelm et Rielle et dans un premier temps obtenu gain de cause. Suite à une véritable épopée judiciaire, le Tribunal fédéral avait renvoyé l’affaire devant les tribunaux genevois qui les a acquittés.

 

Ce rappel fait comprendre ma stupéfaction initiale. Il s’avère que le prix de l’International Tobacco Industry, comme son nom ne l’indique pas vraiment, a été créé dans le cadre de l’accord trouvé, aux Etats-Unis, entre les compagnies du tabac et les Etats qui leur avaient intenté des procès dans les années 1990. Il peut donc servir, et c’est très bien ainsi, à récompenser des pionniers qui ont osé s’attaquer à un secteur économique puissant, qui a peu reculé devant des pressions tous azimuts et manœuvres souterraines pour que la vérité à propos des effets de l’usage du tabac soit connue aussi partiellement et aussi tard que possible.


 

 

Il est vrai que les choses ont changé pour le mieux. Les non-fumeurs sont aujourd’hui mieux protégés et, sans qu’il s’agisse d’entreprendre des croisades contre les personnes fumeuses, ces dernières ont été sensibilisées à la nécessité de limiter les nuisances liées au tabagisme. Ce n’était donc pas une farce, excellente nouvelle.

25/11/2007

Drogues: du bon sens, pas des croisades !

 

Une étude de l’équipe du prof. P.-A. Michaud, du CHUV, suscite une nouvelle poussée des controverses à propos du cannabis. Les idéologues s’en donnent, semant plus de bourrasques que de clarté et peinant une fois de plus à comprendre que la vie et les choses ne sont jamais simpl(ist)es. A titre d’illustration, merci de considérer les formulations qui suivent dont j’ose affirmer, après une carrière de santé publique, qu’elles sont toutes  vraies - même si elles ont parfois l’air contradictoires. Et que l’important est, du mieux qu’on peut, de les concilier :

 

 

A propos de cannabis : fumer un joint une ou deux fois par mois n’est généralement pas un problème (voir l’étude du prof. Michaud et l’expérience de centaines de milliers de Suisses depuis 40 ans) ; la consommation de cannabis peut mener à des formes de dépendances et à des troubles psychiatriques, comme plusieurs substances légales; il importe, pour le cannabis et les autres, d’oeuvrer plus activement par la prévention, le traitement, et la répression quand cela se justifie; en particulier, l’usage de tous ces produits doit être strictement proscrit chez les enfants et jeunes adolescents (l’âge est un facteur d’importance); il est inadéquat de vouloir distinguer complètement, dogmatiquement, le traitement par la société des substances illégales de celui des légales 

 

A propos de tabac : un décès sur sept à huit, en Suisse, est lié à la consommation de tabac (impressionnant, non ?) ; il n’est pas raisonnable de vouloir interdire aux tabagiques de fumer dans leur boudoir personnel ou à l’air libre ; le droit d’une personne d’enfumer son entourage est beaucoup moins fort que celui de l’autre de ne pas être enfumé ; en particulier, il est très mauvais (inacceptable à mon sens) qu’une femme enceinte fume ou que des parents vivant avec de jeunes enfants fument ailleurs que sur leur balcon (dans les deux cas, les rejetons en souffrent sérieusement) ; il est éthiquement dramatique que les multinationales du tabac, au vu des contraintes qu’elles rencontrent au Nord, jettent massivement leur dévolu sur les pays du Sud.

 

A propos d’alcool : le vin réjouit le coeur de l’homme et il est scientifiquement démontré que la consommation de deux verres de vin par jour est favorable à la santé ; les boissons alcooliques font des ravages, aujourd’hui encore, chez tant de personnes et de familles et il faut prévenir et agir contre la consommation excessive d’alcool ; l’efficacité des moyens d’aider les alcooliques augmente.

 

Sur ces sujets il y a dans les deux camps opposés des jusqu’auboutistes. Les croisades des rigoristes alimentent des « guerres » de mauvais aloi, les laxistes sont inconséquents. Pendant un quart de siècle, je me suis engagé avec d’autres pour que soient adoptées des attitudes pondérées et pragmatiques, tenant compte d’une réalité complexe et pas de lubies doctrinaires. Mais le fait est que, quand des groupes de pression tiennent à faire de ces questions des enjeux politiques tranchants au lieu de rechercher les indispensables justes milieux, il est bien difficile de faire prévaloir le bon sens.