16/02/2008

"Faux rentiers" AI allégués - Etre sérieux s.v.p.

Ferme et pertinent éditorial, dans la dernière livraison de la Revue médicale suisse (13 février) de deux professeurs de psychiatrie - estimés et avec les pieds sur terre  - à propos de faux malades ou invalides. Citation : « Le mythe selon lequel il existe un nombre considérable de faux rentiers AI revient régulièrement. Des études scientifiques font défaut. Toutefois, pour exister, les mythes n’ont pas besoin d’être validés par l’évidence scientifique. Il suffit que certains partis politiques se portent garants de leur entretien ». Tellement vrai !

 

Ces enseignants de médecine déplorent, on les comprend bien, que ces allégations mettent en doute l’honnêteté de groupes de patients, notamment dans leur domaine. Dans le magazine de l’assurance CSS, la question « Quelles prestations de l’assurance de base souhaitez-vous donc voir réduites à un minimum voire supprimées ? » est posée à Beat Kappeler, relèvent-ils. Réponse : « C’est délicat. Il faut certainement réduire les prestations psychiatriques, les conseils en diététique, les cures et quelques prestations complémentaires de Spitex (= soins à domicile) ». Remarque des Prof. Andreoli et Stiefel : « Nous recherchons en vain, dans cette interview, le raisonnement sur lequel M. Kappeler s’appuie ».

 

Beat Kappeler est un journaliste très entendu dans divers médias, écouté notamment parce que porteur de messages de droite adoptés après un début de carrière de centre-gauche ; il connaît notre pays et sa vie économico-politique. Avec le respect qu’on lui doit, il me permettra néanmoins de partager le questionnement de mes confrères. Pour le moins, l’utilisation de l’adverbe « certainement » dans sa réponse demande à être précisément documenté. De lui ou d’autres observateurs, on attend des déterminations fondées et approfondies, qui ne suscitent en aucun cas la crainte qu’il puisse s’agir de suivisme opportuniste des affirmations - bien sujettes à caution - de telle mouvance populiste qui tend à voir des abus(eurs) partout.

17/12/2007

Maltraitances...


 

 

« Il s’avère de plus en plus qu’aux Etats-Unis la maltraitance infantile (abandon, physique, sexuelle, psychique) est en relation avec les missions guerrières ». Résultat, entre autres, d’une étude publiée il y a peu par un des meilleurs journaux médicaux américains, portant sur 1858 enfants de 1771 familles dont un des parents a été engagé dans au moins une mission en trois ans.

 

Rien évidemment de bien étonnant : chercher à tuer son prochain, même sur ordre, ne saurait guère adoucir les moeurs… On sait, en général, combien de militaires reviennent de guerre psychologiquement détruits (je pense pour ma part, à l’époque, à un ami médecin rentré du Vietnam). Et on se souvient des abus de militaires US dans la prison d’Abu Ghraïb. La pratique de la torture, autorisée ou en tout cas tolérée au plus haut niveau - comme des investigations officielles le confirment en ce moment -, est un des thèmes qui plombent la sombre fin de mandat du président et de l’Administration actuels.

 

La maltraitance est un problème sociétal majeur, aux multiples causes grandes et petites, aux manifestations très « diversifiées ». Problème dont on peut être certain que, malgré  les efforts engagés depuis une vingtaine d’années, c’est une pointe de l’iceberg seulement qui est manifeste et retient l’attention des services concernés (protection de la jeunesse,  médecins et autres soignants, Justice de paix, services de police…).

 

Y être plus sensible/sensibilisé ; ne pas relâcher l’attention ; y compris ne pas se laisser troubler par les références aux prérogatives antiques des parents (on se souvient que le pater familias romain avait droit de vie et de mort sur les membres de sa famille et de sa maisonnée…). Et espérer que l’esprit de Noël va passer par là.

05/12/2007

J'ai cru à une farce du 1er avril...


 

 

 

Pascal Diethelm, qui avec le Dr Jean-Charles Rielle, médecin genevois de santé publique (et nouveau conseiller national), a été très engagé dans la lutte anti-tabac, vient de recevoir le prix de l’International Tobacco Industry… Lisant ce titre, j’ai d’abord regardé le calendrier... non, nous ne sommes pas le 1er avril !

 

MM. Diethelm et Rielle, grâce à un travail obstiné de recherche d’information dans les archives, sur internet, etc, ont mis à jour l’affaire qui il y a quelques années a beaucoup secoué le monde scientifique et économique, à Genève puis bien plus largement notamment aux Etats-Unis. L’université de Genève a pendant des années collaboré avec le Dr. Ragnar Rylander, chercheur suédois qui y donnait des cours. Or, les investigations de  Diethelm et Rielle ont montré que le Dr R., qui avait publié des articles minimisant le caractère nocif de l’usage du tabac, y compris du tabagisme passif (fait de respirer la fumée des autres), était soutenu financièrement par l’industrie du tabac. Exemple crasse d’un conflit d’intérêts évidemment inacceptable ; illustration des méthodes plus que discutables que dite industrie a longtemps utilisées pour tenter de nier que son produit entraîne des millions de morts chaque année dans le monde.

 

Le Dr Rylander a intenté un procès à Diethelm et Rielle et dans un premier temps obtenu gain de cause. Suite à une véritable épopée judiciaire, le Tribunal fédéral avait renvoyé l’affaire devant les tribunaux genevois qui les a acquittés.

 

Ce rappel fait comprendre ma stupéfaction initiale. Il s’avère que le prix de l’International Tobacco Industry, comme son nom ne l’indique pas vraiment, a été créé dans le cadre de l’accord trouvé, aux Etats-Unis, entre les compagnies du tabac et les Etats qui leur avaient intenté des procès dans les années 1990. Il peut donc servir, et c’est très bien ainsi, à récompenser des pionniers qui ont osé s’attaquer à un secteur économique puissant, qui a peu reculé devant des pressions tous azimuts et manœuvres souterraines pour que la vérité à propos des effets de l’usage du tabac soit connue aussi partiellement et aussi tard que possible.


 

 

Il est vrai que les choses ont changé pour le mieux. Les non-fumeurs sont aujourd’hui mieux protégés et, sans qu’il s’agisse d’entreprendre des croisades contre les personnes fumeuses, ces dernières ont été sensibilisées à la nécessité de limiter les nuisances liées au tabagisme. Ce n’était donc pas une farce, excellente nouvelle.