12/01/2011

Le défi des « parentalités nouvelles »

 

 

La presse du 29 décembre apprenait au monde scandalisé ou enthousiaste la naissance de Zachary, fils d’Elton John et de son compagnon – son époux selon la loi britannique. Grâce au service rendu par une jeune Américaine, qui a « prêté son ventre » et probablement mis à disposition un ovocyte (techniquement, l’ovocyte pourrait aussi être celui d’une autre femme). Une telle situation est illicite en Suisse, prêt d’utérus et don d’ovocyte sont tous deux interdits par la loi fédérale. Cependant, on peut être certain - à supposer que ce ne soit pas déjà le cas - que des couples homosexuels suisses, hommes ou femmes, iront en nombre croissant chercher ailleurs une aide en matière de procréation médicalement assistée par des modalités illégales chez nous (une cause du phénomène étant l’hétérogénéité des législations nationales, y compris entre pays proches). Rentrant au pays, ces personnes seront menacées de poursuites pénales et/ou rencontreront des difficultés graves en termes d’état civil. La question est alors : aussi longtemps que de tels cas restent exceptionnels, la société vivra tant bien que mal avec la dissonance qu’ils créent. Mais que fait-on quand ils se multiplient comme ils le feront vraisemblablement dans l’avenir ? Malgré les infractions qui ont permis à ces enfants de naître (!), on devra impérativement d’un point de vue d’éthique sociale leur garantir les mêmes droits et possibilités qu’à leurs contemporains ; si on ne le faisait pas, ils n’auraient nulle part où se tourner – et on n’imagine guère que, après avoir surmonté de nombreux obstacles, un couple homosexuel dans ce cas donne son enfant pour adoption... A l’évidence, nos systèmes civils et politiques seront mis au défi de trouver des solutions acceptables

 

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06/12/2010

Il n’y a pas de mort naturelle…

 

C'est le titre interpellant d’un livre qui se veut – sans prétention à vérité définitive –  « Etat des lieux sur le suicide assisté » (Editions Mon Village, 1450 Ste-Croix, 2010). Avec des contributions de trois médecins, d’un pasteur et d’un prêtre, d’une responsable d’EMS, d’un directeur de Pro Senectute, et des témoignages de personnes ayant été concernées par la question et sa pratique.

 

Eclairages variés, de styles différents. J’aimerais citer de trop courts extraits des auteurs théologiens - conscient du caractère subjectif de mon choix. Claude Schwab le pasteur titre « Nous me suicidons », pensant à la problématique de la personne et/dans la société. « Toute réflexion sur le suicide assisté ne peut échapper aux questions fondamentales : l’être humain, entité autonome ou partie d’un tout ? Entre l’affirmation claironnée d’une autonomie sans bornes et le dogme d’un droit imposé par la société, il y a un chemin à trouver ; [notamment] en actualisant le personnalisme, inspiré par Kant et Péguy. A l’individu, il oppose la personne, qui se sait reliée à une communauté (…) L’être humain est relationnel ou il n’est pas. Fondamentalement, j’appartiens à Dieu. Fondamentalement, j’appartiens aux autres. Fondamentalement, je m’appartiens ».

 

Faisant référence à certaines assistances à la survie : « Quand on met fin à une vie, est-ce à cette vie individuelle ou à la prothèse de cette vie ? On a renoncé à l’absurdité de l’acharnement thérapeutique mais il restera toujours des situations-limites où la question se pose dans la douleur et la perplexité ». Pratiquement, relevant les analogies entre plusieurs interrogations éthiques: « Sur l’avortement, les Eglises protestantes ont adopté une position d’équilibre entre la banalisation et l’interdiction. Elles ont plaidé pour une ‘décision responsable’, elles acceptent d’entrer sur le terrain du moindre mal, se méfiant des absolus et du piège des idéaux de perfection ». Plus loin : « Le débat est ouvert mais il y a un argument contre le suicide assisté qui est irrecevable : celui de la souffrance rédemptrice ».

 

Le prêtre Philippe Baud évoque une vraie difficulté : « Personne ne peut réellement traiter de la mort qu’il n’a pas connue ; de la souffrance, oui ». Il pose la question, à toujours garder à l’esprit, de possibles pressions sociétales : « Une société qui commerce le ‘jeunisme’ s’accommode mal de la maladie et du déclin. La rapide disparition des rites funéraires en témoigne. Dans un tel contexte, demander à s’en aller pour échapper à la dépendance est vite salué comme un acte de courage; si l’on n’y prête garde, cela deviendrait bientôt un devoir moral (…) L’argumentaire pointera la perte des capacités psychiques et corporelles, l’humiliante dépendance et l’inutilité de la souffrance. Autant le dire que toutes les souffrances seraient stériles. [Pourtant] la sagesse populaire ne marche pas unanimement dans cette direction, celle des soignants non plus. La souffrance ne fait pas que détruire » - le lecteur intéressé approfondira ce point sur lequel les deux personnalités sont en désaccord, ou semblent l’être. Ph. Baud ajoute : « Mais il y a des souffrances qui sont telles que l’on ne peut plus rien désirer d’autre que de mourir : l’envie de ‘n’être plus’ existe (…) Au corps médical, au personnel accompagnant, revient la tâche délicate et difficile de faire tout le possible pour que ce désir intense d’un ‘ailleurs’ n’engloutisse pas le malade ». Vécu : « Qui, dans nos maisons de long séjour, rappelle aux pensionnaires cette voie où puiser un peu de courage pour avancer jusqu’au bout de cette vie ? [Par exemple] l’aide-soignante marocaine qui se retourne et glisse brièvement, avec un sourire, ‘ Je prierai pour vous’ ». « Mourir dans la dignité, c’est demander de renoncer à vouloir prolonger artificiellement une vie qui s’en va. [Quid de] la grossissante cohorte de ceux qui, les yeux encore grand ouverts mais de plus en plus hagards vont comme perdus dans le brouillard. Ils ont connu le sentiment accablant d’être à charge, et la perte d’estime de soi. Bientôt sans force, sans mots, ils trébuchent, errent, à la dérive ». Les défis liés aux états démentiels ne sauraient être abordés par le suicide assisté (la loi interdit de telles directives anticipées), mais ils sont présents à l’esprit de beaucoup.

 

A l’évidence, nous n’avons pas fini de parler de la légitimité - ou non, et dans quelle mesure - humaine, éthique, juridique, culturelle, médico-soignante, de l’assistance au suicide.

 

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16/08/2010

A lire : « Une histoire d’amour » très atypique

 

C’est le livre d’un enseignant secondaire vaudois qui a oeuvré à Avenches et Echallens puis au Gymnase de Beaulieu à Lausanne. Arrivé à la retraite, il fait un tour de sa riche expérience dans Une histoire d’amour - Un prof atypique raconte, qui vient de paraître à l’Aire. Il évoque enfance, jeunesse, études puis le début de sa carrière pédagogique. A 30 ans, prof d’histoire, il publie un ouvrage sur le rôle du Général Guisan en 1939-45. Dans son enseignement, il s’intéresse particulièrement au XXe siècle et sensibilise ses jeunes audiences aux origines et conséquences des deux Guerres mondiales, à la montée du nazisme en Allemagne, à la Shoah. Son récent ouvrage illustre comment il l’a fait de manière particulièrement pertinente et innovante - mettant ma casquette de président de la section vaudoise de la LICRA, je souhaiterais que cette période sombre continue à être présentée de telle manière aux jeunes générations.

 

Yves Delay a été actif dans la démarche des médiateurs scolaires : une  initiative vaudoise qui a fait ses preuves depuis la fin des années 1970, par la  formation et la mise en œuvre d’enseignants qui, pour une part modeste de leur temps, sont à disposition, en première ligne, d’élèves en difficultés (problèmes personnels et familiaux, abus, usage de drogues, soucis à l’école). Une histoire d’amour fourmille d’exemples tirés de l’expérience de l’auteur, bien instructive. Comme médecin cantonal, j’ai été partie prenante à l’époque du programme de médiation et au contact de problèmes de nature médico-sociale surgis dans les établissements scolaires. C’est sans doute une des raisons pour lesquelles j’ai « avalé » cet ouvrage en vingt-quatre heures, avec un très grand intérêt, avec émotion souvent.

 

Témoignage d’une personnalité hors du commun. Yves Delay est un « cas », réellement atypique. Entretenant des rapports cordiaux et étroits (en tout bien tout honneur), y compris par une nombreuse correspondance, avec ses élèves. Il a garde le contact avec leurs intérêts en s’intéressant notamment à leur musique - devient un bon connaisseur des scènes rock et rap, depuis Woodstock et par la suite, ne craignant pas de réveiller par des pitreries ceux qui sommeillent ou s’ennuient en classe. A la lecture, on a envie de dire que le fait que les responsables concernés n’aient que peu ou pas pris ombrage de nombre de ses initiatives surprenantes est au crédit de la tolérance de bon aloi des Vaudois - et du vaisseau amiral qu’est le Département de l’instruction publique (aujourd’hui de la formation et de la jeunesse).

 

En résumé, un parcours de vie substantiel, attachant, plein d’humour, agréable à lire. Ce livre intéressera beaucoup et distraira celles et ceux que préoccupe la formation, le bien-être - et les mal-être - des jeunes d’aujourd’hui, la/les manière-s d’interagir empathiquement et constructivement avec eux. Une histoire d’amour mérite d’être porté à l’attention des enseignants, parents, responsables scolaires et civiques. Non pas parce que le contenu serait révolutionnaire mais comme illustration d’une pédagogie innovante, disponible, à l’écoute.

 

 

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