25/06/2010

Cesser de traiter les questions de drogue et toxicomanie de manière manichéenne et tunnelisée sur la "guerre"

 

Dans une démarche récente, le Conseiller aux Etats tessinois Dick Marty a eu raison de dire, avec d'autres, que « L’Empereur est nu » s'agissant des doctrines purement punitives et répressives en matière de drogue. Les politiques jusquauboutistes sont, on le voit depuis des décennies, des impasses. La « War on Drugs » des Etats-Unis a fait le lit des dérives meurtrières auxquelles on assiste aujourd’hui (y compris à la frontière mexicaine) et soutient de routine des régimes durs et « peu sensibles » (c'est un grand euphémisme) aux droits de l’homme.

 

On reste songeur devant la myopie de nos beaux esprits "rigoureux" qui, focalisés sur nos cultures, ne veulent absolument pas voir que le cannabis est consommé dans d’autres régions comme l’alcool par la plupart de ses usagers chez nous – étant entendu que l’alcool entraîne des problèmes graves chez une minorité, mais on ne l’a pas interdit pour autant jusqu’ici. Ou que la feuille de coca mérite notre respect comme un ingrédient légitime de la vie quotidienne dans les Andes (dans des populations très pauvres, elle aide à lutter contre la fatigue et diminue la faim). Cela étant, la manière dont la lutte est menée depuis un siècle contre des produits exotiques - parce qu'ils sont exotiques! - est inepte. A l’époque elle est a été lancée dans la foulée de la Prohibition anti-alcool aux USA, qui a fait naître des mafias qui ont gardé pignon sur rue et a vite dû être rapportée tant ses effets collatéraux étaient désastreux. Mais, s’agissant de substances venues d’ailleurs, on maintient une croisade insensée par sa violence et son manque de justifications adéquates. Qui, aujourd’hui, est poursuivie notamment parce que des centaines de milliers, des millions, de « gendarmes » (tous les acteurs de cette guerre ici et ailleurs) et de « voleurs » (les trafiquants) en tirent leur gagne-pain. Triste.

 

11:04 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (0)

05/03/2010

Apprentis sans papiers -Pragmatisme éclairé, s.v.p.

 

A nouveau, on assiste aux empoignades entre légalisme et pragmatisme, entre intégrisme juridique et humanisme. D’abord, les deux positions sont respectables quand elles ne deviennent pas caricaturales. Nous vivons dans un Etat de droit, oui, mais on souhaite aussi pouvoir dire que les Vaudois font preuve de sagesse. Le Chancelier de l’Etat de Vaud, homme estimé, évoque (24 Heures du 24 février), comme on le fait de routine dans ces cas, Antigone et Créon. Mais ce qu’il faut alors toujours souligner, c’est que le débat, le dilemme, n’est jamais clos. Qu’il y a une place pour « nécessité fait loi », qu’il doit y avoir, parfois, une place pour la désobéissance civile. Ici : les jeunes sans papiers vont au gymnase, leurs contemporains (probablement encore moins favorisés par la vie) ne peuvent pas devenir apprentis. Au palmarès des choses discutables pour ne pas dire inacceptables, celle-là mérite une médaille d’or.

 

A l’époque député au Grand Conseil, je me suis engagé avec d’autres dans les débats autour des 523, avec l’objectif de nous montrer justes, éthiquement et pratiquement. Beaucoup se souviennent des multiples interventions de représentants du Gouvernement selon quoi jamais au grand jamais ces personnes (qui souvent vivaient en Suisse depuis sept ou dix ans) ne resteraient, qu’elles partiraient de gré ou de force. Quand on a obtenu de donner du temps au temps, la grande majorité est restée - y compris, sans exception, les quelque 150 femmes kosovares isolées dont la situation suscitait particulièrement la compréhension.  

 

Aujourd’hui, ambiance préélectorale oblige, les milieux xénophobes s’en donnent à cœur joie. Réconfortant de voir que d’autres manifestent humanité et - surtout - bon sens.

 

18:46 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (1)

24/09/2009

Formidable « Forteresse »

 

Hier soir à Morges, deux salles pleines (la salle du cinéma Odéon initialement prévue a dû être assortie d’une seconde) pour voir « La Forteresse », le film de Fernand Melgar qui  a reçu un Léopard d’or au Festival de Locarno. A l’invitation de la plateforme œcuménique et avec le soutien de la Municipalité.

 

On sait que ce film décrit la vie au sein du centre d’enregistrement de requérants d’asile de Vallorbe, durant l’hiver 2007-2008. On est mis dans la peau de tous les acteurs : requérants eux-mêmes, auditeurs qui les entendent et apprécient leurs témoignages, personnel de sécurité et administratif, aumôniers… Fernand Melgar était présent et a participé au débat qui a suivi la projection, avec d’autres directement concernés (un homme togolais qui a passé par Vallorbe, une aumônière, un ancien collaborateur).

 

Remarquable documentaire où on a voulu rester neutre, filmant la vie telle qu’elle est, sans charger qui que ce soit. Pitoyables situations des naufragés arrivant sur nos « rivages ». Mandat tellement difficile des auditeurs qui doivent écouter chacun et établir un rapport, au plus près de leurs connaissances du domaine et de leur conscience. J’ai été médecin cantonal et mon travail était souvent compliqué, portant sur des situations délicates. J’avoue que je préfère avoir eu les responsabilités qui m’ont incombé que celles de nos concitoyens qui doivent juger les requérants d’asile…

 

Parce que la vérité - ou la solution des problèmes - n’est jamais sur un bord extrême. Ne serait-il pas intéressant que « La Forteresse » soit présentée lors de réunions de milieux nationalistes qui allèguent (trop) facilement que les abuseurs fourmillent parmi nous ? Qu’il y ait des abus, personne n’en disconvient. Nous vivons dans un  monde imparfait ; c’est la vie, à tous il nous arrive une fois ou l’autre, tant soit peu, de chercher à profiter de quelque chose. L’essentiel, le fondamental, est d’éviter des injustices voire de terribles injustices. Devant les histoires personnelles et familiales de la « La Forteresse » (qui, une fois encore, est un documentaire, pas une œuvre de fiction ou militante), on reste songeur - et c’est un euphémisme - en pensant que la plupart  de ceux qui les ont vécues vont néanmoins être renvoyés à leur sort, ailleurs (« Vous avez vingt-quatre  heures pour quitter le territoire »).

 

09:40 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (0)