20/09/2008

Femmes et filles « manquantes » d’Inde

 

 

 

La moindre valeur accordée aux filles fait que, aujourd’hui en Inde, il en « manque » 60 millions… Une décision de la Cour suprême du pays, interdisant la publicité pour des méthodes permettant de connaître le sexe du foetus, fait parler d’un vieux problème - séculaire, millénaire…- de certaines sociétés. Dans les années 1970, j’ai travaillé deux ans en Inde pour l’Organisation mondiale de la santé et ai été amené à prendre connaissance des effets dramatiques de la préférence culturelle pour les garçons : avant les récents développements technologiques, c’était l’infanticide des nouveaux-nés filles qui en était l’expression. Mais aussi le fait que, plus tard, on est prêt à consacrer ses modestes ressources pour le traitement médical d’un garçon malade mais pas pour celui d’une fille… d’où mortalité en excès. La situation est comparable en Chine, aggravée de manière non surprenante par la politique d’un enfant par famille.

 

 

Les moyens nouveaux de la biomédecine ont accentué le phénomène. D’ abo rd l’échographie durant la grossesse qui permet de détecter certaines anomalies du fœtus mais aussi son sexe - d’où beaucoup d’interruptions parce que ce fœtus est féminin - et maintenant d’autres techniques.

 

 

Attaché à l’égalité entre les genres et à la lutte contre tant de formes d’oppression/domination de la femme dans tant de cultures (notamment là où, aujourd’hui encore et même adulte, elle reste pratiquement et juridiquement sous tutelle des membres mâles de la famille), je me disais qu’on pouvait espérer à terme, les personnes de sexe féminin « venant à manquer », que ce déséquilibre rehausserait leur statut social, contribuerait à leur donner plus de droits, de poids, de force, dans les familles et au plan de la société. On peut toujours espérer… Ce que j’entends venant de ces pays fait penser toutefois que ce possible effet « positif » met beaucoup de temps à se concrétiser alors que les effets scandaleux eux se poursuivent.

 

 

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23/08/2008

: La moralité, exigible des grands commis ?

 

 

Le comportement extraprofessionnel du Chef de notre armée qui, par dépit, a effectué des démarches mesquines, choquantes, de nature à nuire à son ancienne compagne, a suscité moult débats durant l’été. Deux questions ont été légitimement posées. Un officier général qui « perd les nerfs » pour un problème privé aurait-il en cas de guerre le sang-froid nécessaire devant les décisions à prendre ?  Quels effets une telle faiblesse morale peut-elle avoir sur l’estime dont doit bénéficier un chef de la part de ses subordonnés ?

 

 

 On vient aussi d’apprendre la démission du directeur de l’OFAC, condamné pénalement pour des faits survenus avant qu’il intègre l’administration fédérale. Et, il y a deux ans, notre canton était secoué par la découverte des malversations financières d’un professeur du CHUV. Il a été exclu de son poste mais les avis ont été divers quant aux conséquences logiques, sur sa capacité de pratiquer, de fautes d’un médecin sans rapport direct avec son art. J’ai écrit à l’époque : « Attend-on seulement du médecin des compétences techniques, ou un « plus » majeur, humain et éthique, est-il partie intégrante du métier ? ».

 

 

Plus ancien, il y a encore le cas d’un responsable du Service pénitentiaire, qui avait  provoqué un accident en étant alcoolisé et avait dû quitter son poste. Médecin cantonal, je m’étais demandé ce que serait l’effet d’un écart du même type s’il m’arrivait… J’avais conclu que, censé défendre la santé publique, je ne pourrais plus remplir adéquatement ma fonction.

 

 

La question centrale est de savoir si accorder du poids à la dimension morale d’un professionnel – ou d’un politique – de rang élevé est une vieillerie, une scorie d’une doctrine où on attendait aussi d’eux d’être estimables en soi, sinon irréprochables ? Accepte-t-on le régime dont La Fontaine disait « Selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de cour vous feront blanc ou noir » ? 

 

 

Mon impression est-elle fausse que, de plus en plus, la mesure de l’estime dans laquelle on tient les gens est - seulement - proportionnelle à ce qu’ils gagnent, respectivement au pouvoir qu’il exercent, et plus guère au fait qu’on puisse leur faire confiance, qu’ils assument une tenue morale ? Les excès et autres dérives de « gens qui comptent » sont trop aisément tolérées – quand on n’y voit pas un progrès reconnaissant l’imperfection de la nature humaine ! Montée d’un laxisme éthique multiforme et multi-secteurs, « justifié » au nom d’une idéologie libérale dévoyée ?

 

 

 Au risque d’apparaître terriblement ringard, je crois que nous avons tous, qui que nous soyons, un mandat d’exemplarité. Et, bien sûr, ce mandat est d’autant plus impératif qu’on joue un rôle dans et vis-à-vis de la collectivité. S’ils veulent garder une crédibilité, les responsables sont tenus d’être attentifs à toutes situations potentielles de mensonge, de corruption, d’exploitation d’autres personnes – y compris dans leur vie privée.

 

 

Dernière remarque : il paraît clair que des faits démontrant que les gens importants ne sont pas au-dessus des règles de bonne foi, de sérieux dans les engagements et de simple décence ordinaire seront bien accueillis par Monsieur et Madame Tout-le-monde.

 

 

Le comportement extraprofessionnel du Chef de notre armée qui, par dépit, a effectué des démarches mesquines, choquantes, de nature à nuire à son ancienne compagne, a suscité moult débats durant l’été. Deux questions ont été légitimement posées. Un officier général qui « perd les nerfs » pour un problème privé aurait-il en cas de guerre le sang-froid nécessaire devant les décisions à prendre ?  Quels effets une telle faiblesse morale peut-elle avoir sur l’estime dont doit bénéficier un chef de la part de ses subordonnés ?

 

 

 On vient aussi d’apprendre la démission du directeur de l’OFAC, condamné pénalement pour des faits survenus avant qu’il intègre l’administration fédérale. Et, il y a deux ans, notre canton était secoué par la découverte des malversations financières d’un professeur du CHUV. Il a été exclu de son poste mais les avis ont été divers quant aux conséquences logiques, sur sa capacité de pratiquer, de fautes d’un médecin sans rapport direct avec son art. J’ai écrit à l’époque : « Attend-on seulement du médecin des compétences techniques, ou un « plus » majeur, humain et éthique, est-il partie intégrante du métier ? ».

 

 

Plus ancien, il y a encore le cas d’un responsable du Service pénitentiaire, qui avait  provoqué un accident en étant alcoolisé et avait dû quitter son poste. Médecin cantonal, je m’étais demandé ce que serait l’effet d’un écart du même type s’il m’arrivait… J’avais conclu que, censé défendre la santé publique, je ne pourrais plus remplir adéquatement ma fonction.

 

 

La question centrale est de savoir si accorder du poids à la dimension morale d’un professionnel – ou d’un politique – de rang élevé est une vieillerie, une scorie d’une doctrine où on attendait aussi d’eux d’être estimables en soi, sinon irréprochables ? Accepte-t-on le régime dont La Fontaine disait « Selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de cour vous feront blanc ou noir » ? 

 

 

Mon impression est-elle fausse que, de plus en plus, la mesure de l’estime dans laquelle on tient les gens est - seulement - proportionnelle à ce qu’ils gagnent, respectivement au pouvoir qu’il exercent, et plus guère au fait qu’on puisse leur faire confiance, qu’ils assument une tenue morale ? Les excès et autres dérives de « gens qui comptent » sont trop aisément tolérées – quand on n’y voit pas un progrès reconnaissant l’imperfection de la nature humaine ! Montée d’un laxisme éthique multiforme et multi-secteurs, « justifié » au nom d’une idéologie libérale dévoyée ?

 

 

 Au risque d’apparaître terriblement ringard, je crois que nous avons tous, qui que nous soyons, un mandat d’exemplarité. Et, bien sûr, ce mandat est d’autant plus impératif qu’on joue un rôle dans et vis-à-vis de la collectivité. S’ils veulent garder une crédibilité, les responsables sont tenus d’être attentifs à toutes situations potentielles de mensonge, de corruption, d’exploitation d’autres personnes – y compris dans leur vie privée.

 

 

Dernière remarque : il paraît clair que des faits démontrant que les gens importants ne sont pas au-dessus des règles de bonne foi, de sérieux dans les engagements et de simple décence ordinaire seront bien accueillis par Monsieur et Madame Tout-le-monde.

 

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16/07/2008

Fin de scolarité : propos d’un vieux schnock à des ados (II)

Aigle, le 4 juillet 2008

 

 

 

Fin de scolarité : propos d’un vieux schnock à des ados (II)

 

 

La Direction de l’Etablissement secondaire d’Aigle m’a demandé une brève allocution, le 4 juillet, lors de la manifestation que de mon temps on appelait les « promotions ». Exercice difficile pour le vieux que je suis… Comment ne pas être moralisant, passéiste ? On a insisté, j’ai accepté (suite et fin du propos mis en ligne le 5 juillet).

 

 Entretenir des piliers forts sur lesquels construire, c’est un élément des responsabilités que vous assumerez, pour vous, pour la famille que vous aurez un jour, pour la localité où vous vivrez. La prise de conscience qu’on devient responsable arrive de diverses façons : pour moi, cela a été notamment quand mon père est mort ; j’avais déjà 36 ans, donc plus tout jeune, j’étais médecin et avais vécu à l’étranger mais c’est à ce moment-là que je me suis dit : « Alors maintenant, tu es vraiment de la génération des adultes responsables. A toi de faire ta part pour que la société fonctionne pour que, tout en respectant la liberté de chacun, il y ait aussi une solidarité suffisante et une bonne ambiance, qu’il fasse bon « vivre ensemble ».

 

 

Qu’est-ce que c’est que la responsabilité ? Je me souviens de quelqu’un disant que c’est la situation du bouton qui est le dernier à tenir des bretelles, s’il lâche on perd son pantalon... Près des montagnes où nous sommes, on peut penser à la responsabilité de celui qui assure un alpiniste.

 

 

A mon avis, votre première responsabilité c’est qu’on puisse vous faire confiance, qu’on puisse compter sur vous. Exemple : Quand j’avais votre âge il n’y avait pas de séances d’éducation sexuelle de Profa comme vous en avez bénéficié. Je parlai de mon père tout à l’heure ; la seule chose ou presque qu’il m’a dite sur  mes rapports avec les filles, c’est « Tu feras ce que tu décideras mais ne trompe pas une fille, ne lui fais pas miroiter des promesses que tu ne tiendras pas ». C’est un bon conseil. J’ai des défauts, comme tout le monde, mais je n’aime pas mentir. Je déteste mentir. Parce que si on se met à raconter des salades différentes aux uns et aux autres, on va toujours finir par se couper, on perdra des amis ; cela crée une toute mauvaise ambiance et parfois des dégâts sérieux.

 

 

C’est vraiment mieux, et aussi plus simple, de mener sa vie en évitant de tromper ceux qui sont autour de nous. Il vaut mieux aussi ne pas se tromper soi-même… mais ça c’est une autre histoire.

 

 

La responsabilité cela peut être stressant, vous l’avez probablement déjà vécu quand on vous a demandé de rendre tel ou tel service, d’assumer tel rôle. Mais c’est un bon stress, qui fait avancer. Et si la pression est forte on peut toujours prendre conseil, se faire épauler. Gardez aussi à l’esprit le point suivant : si on peut compter sur vous, il y a toutes les chances que les autres vous le rendent bien et que à votre tour vous puissiez compter sur eux.

 

 

La responsabilité est une notion de la même famille que réponse ou répondre. En d’autres termes : il importe que vous répondiez à ce qu’on attend de vous, que vous ayez du répondant. Dans le futur, il s’agira du répondant vis-à-vis de vos enseignants, de votre patron, de vos camarades, des rôles que vous accepterez d’assumer dans un club ou une association et un jour peut-être dans les autorités. Plus tard, je vous souhaite d’être un répondant solide vis-à-vis de la personne avec qui vous vivrez et des enfants que vous aurez : ce sera votre responsabilité, dans 10, 15 ou 20 ans, de leur assurer les racines sur lesquelles grandir et construire leur propre vie, dans une société qui va continuer à évoluer très vite.

 

 

Une dernière chose, à propos de liberté, liberté qui est en quelque sorte l’autre face de la responsabilité. Essayez de retenir le point suivant : « La liberté n’a de valeur que par les limites qu’on lui met » ; c’est une preuve de notre liberté que nous acceptions certaines limites, certaines contraintes, en particulier par respect des droits et des intérêts des autres. Souvenez-vous que la liberté, ce n’est pas faire tout et n’importe quoi, ce n’est surtout pas faire tout et n’importe quoi. C’est choisir ce qu’on décide de faire. Et le choisir de manière autonome, choisir soi-même, sans se laisser trop influencer par les autres.  (fin)

 

 

 

 

 

 

 

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