16/07/2008

Fin de scolarité : propos d’un vieux schnock à des ados (II)

Aigle, le 4 juillet 2008

 

 

 

Fin de scolarité : propos d’un vieux schnock à des ados (II)

 

 

La Direction de l’Etablissement secondaire d’Aigle m’a demandé une brève allocution, le 4 juillet, lors de la manifestation que de mon temps on appelait les « promotions ». Exercice difficile pour le vieux que je suis… Comment ne pas être moralisant, passéiste ? On a insisté, j’ai accepté (suite et fin du propos mis en ligne le 5 juillet).

 

 Entretenir des piliers forts sur lesquels construire, c’est un élément des responsabilités que vous assumerez, pour vous, pour la famille que vous aurez un jour, pour la localité où vous vivrez. La prise de conscience qu’on devient responsable arrive de diverses façons : pour moi, cela a été notamment quand mon père est mort ; j’avais déjà 36 ans, donc plus tout jeune, j’étais médecin et avais vécu à l’étranger mais c’est à ce moment-là que je me suis dit : « Alors maintenant, tu es vraiment de la génération des adultes responsables. A toi de faire ta part pour que la société fonctionne pour que, tout en respectant la liberté de chacun, il y ait aussi une solidarité suffisante et une bonne ambiance, qu’il fasse bon « vivre ensemble ».

 

 

Qu’est-ce que c’est que la responsabilité ? Je me souviens de quelqu’un disant que c’est la situation du bouton qui est le dernier à tenir des bretelles, s’il lâche on perd son pantalon... Près des montagnes où nous sommes, on peut penser à la responsabilité de celui qui assure un alpiniste.

 

 

A mon avis, votre première responsabilité c’est qu’on puisse vous faire confiance, qu’on puisse compter sur vous. Exemple : Quand j’avais votre âge il n’y avait pas de séances d’éducation sexuelle de Profa comme vous en avez bénéficié. Je parlai de mon père tout à l’heure ; la seule chose ou presque qu’il m’a dite sur  mes rapports avec les filles, c’est « Tu feras ce que tu décideras mais ne trompe pas une fille, ne lui fais pas miroiter des promesses que tu ne tiendras pas ». C’est un bon conseil. J’ai des défauts, comme tout le monde, mais je n’aime pas mentir. Je déteste mentir. Parce que si on se met à raconter des salades différentes aux uns et aux autres, on va toujours finir par se couper, on perdra des amis ; cela crée une toute mauvaise ambiance et parfois des dégâts sérieux.

 

 

C’est vraiment mieux, et aussi plus simple, de mener sa vie en évitant de tromper ceux qui sont autour de nous. Il vaut mieux aussi ne pas se tromper soi-même… mais ça c’est une autre histoire.

 

 

La responsabilité cela peut être stressant, vous l’avez probablement déjà vécu quand on vous a demandé de rendre tel ou tel service, d’assumer tel rôle. Mais c’est un bon stress, qui fait avancer. Et si la pression est forte on peut toujours prendre conseil, se faire épauler. Gardez aussi à l’esprit le point suivant : si on peut compter sur vous, il y a toutes les chances que les autres vous le rendent bien et que à votre tour vous puissiez compter sur eux.

 

 

La responsabilité est une notion de la même famille que réponse ou répondre. En d’autres termes : il importe que vous répondiez à ce qu’on attend de vous, que vous ayez du répondant. Dans le futur, il s’agira du répondant vis-à-vis de vos enseignants, de votre patron, de vos camarades, des rôles que vous accepterez d’assumer dans un club ou une association et un jour peut-être dans les autorités. Plus tard, je vous souhaite d’être un répondant solide vis-à-vis de la personne avec qui vous vivrez et des enfants que vous aurez : ce sera votre responsabilité, dans 10, 15 ou 20 ans, de leur assurer les racines sur lesquelles grandir et construire leur propre vie, dans une société qui va continuer à évoluer très vite.

 

 

Une dernière chose, à propos de liberté, liberté qui est en quelque sorte l’autre face de la responsabilité. Essayez de retenir le point suivant : « La liberté n’a de valeur que par les limites qu’on lui met » ; c’est une preuve de notre liberté que nous acceptions certaines limites, certaines contraintes, en particulier par respect des droits et des intérêts des autres. Souvenez-vous que la liberté, ce n’est pas faire tout et n’importe quoi, ce n’est surtout pas faire tout et n’importe quoi. C’est choisir ce qu’on décide de faire. Et le choisir de manière autonome, choisir soi-même, sans se laisser trop influencer par les autres.  (fin)

 

 

 

 

 

 

 

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05/07/2008

Fin de scolarité : propos d’un vieux schnock à des ados (I)

Fin de scolarité : propos d’un vieux schnock à des ados (I)

 

 

La Direction de l’Etablissement secondaire d’Aigle m’a demandé une brève allocution, le 4 juillet, lors de la manifestation que de mon temps on appelait les « promotions ». Exercice difficile pour le vieux que je suis… Comment ne pas être moralisant, passéiste ? On a insisté, j’ai accepté.

 

 

Ce jour est un grand jour, comme on dit dans ces circonstances, surtout pour vous qui arrivez au terme de votre scolarité obligatoire. Et qui allez après l’été apprendre un métier, poursuivre des études, consolider votre formation ou, pour certains peut-être, entreprendre un de ces voyages « qui forment la jeunesse ».

 

 

Votre directeur m’a prié de m’adresser à vous et je le fais avec plaisir. Deux mots sur celui qui vous parle : je suis né il y a longtemps dans une famille vigneronne de la région de Morges, j’ai fait des études de médecine, ai travaillé dans un hôpital régional vaudois puis durant huit ans loin d’ici, sur plusieurs continents. Après quoi je suis revenu au pays. Comme médecin cantonal, je ne soignais plus des personnes, cela peut surprendre, mais je disais que « mon patient, c’est la collectivité vaudoise ». Ma mission était de m’occuper des problèmes de santé qui touchent notre population en général : l’usage de drogues (qui reste un vrai problème), le sida, la santé en milieu scolaire, y compris l’éducation pour une bonne santé.

 

 

Avec vous, j’aimerais réfléchir à quelques éléments que la vie m’a appris. Il y a une formule qui dit « L’expérience est la seule chose qui ne s’apprend pas dans les livres ». Dans le passé et jusque vers 1950 environ, les vieux, les anciens, avaient l’expérience de la vie et aussi les connaissances techniques, dans leur métier en particulier. Aujourd’hui, nous le vivons tous les jours, vous en savez beaucoup plus sur l’informatique, par exemple, que beaucoup de vos parents et que tous vos grands-parents. Néanmoins, cela ne signifie pas que vous n’avez rien à apprendre d’eux.

 

 

Ici, je cite une drôle de formule qui dit « J’ai des racines, je m’en sers pour avancer »… Qu’est-ce qu’elle veut dire ? Que, même quand comme aujourd’hui tout change si vite, il est important d’avoir des bases, des fondations. Ces fondations sont données par votre famille, vos proches, par l’école, les clubs ou groupes dont vous pouvez faire partie ; aussi par les institutions qui tiennent ce pays ensemble, y compris les autorités qui sont représentées ici aujourd’hui.

 

 

Vos activités de loisirs ressemblent souvent à celles de jeunes Français ou Américains, ou peut-être même Japonais. Pourtant, nous ne sommes ni Américains ni Japonais. Il peut y avoir du bon à prendre chez eux mais il y a bien sûr du bon chez nous.

 

 

J’ai des racines, je m’en sers pour avancer, cela ne veut pas dire qu’il faut forcément tout garder… on a le droit d’adapter certaines choses, et même de les écarter si elles ne sont plus appropriées. Mais, comme on dit, ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain.    

 

 

Bien sûr je ne pense pas seulement aux racines typiques d’ici, du Chablais vaudois. La vie m’a convaincu qu’il est toujours enrichissant de s’intéresser aux gens différents. Beaucoup d’entre vous ont par leur famille des racines dans d’autres pays, avec d’autres langues, d’autres habitudes, d’autres religions ou confessions. On a le droit d’être fier de toutes ses racines, elles méritent d’être respectées et valorisées. L’histoire de votre famille peut comprendre des changements majeurs, parfois des déchirements. S’il s’agit certes de le reconnaître, de garder en mémoire ces difficultés, il est toujours possible d’utiliser son histoire personnelle pour aller de l’avant.   (à suivre)

 

09:59 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (0)

03/07/2008

Assistance au suicide : la prudence du Conseil fédéral a ses justifications

 

En matière d’assistance au suicide, l’article 115 du Code pénal dispose qu’elle n’est pas punissable sauf si elle est liée à un mobile égoïste. Cette possibilité est utilisée par des organisations offrant d’aider des personnes gravement souffrantes. Les activités de certaines d’entre elles préoccupent, cela a amené la Commission nationale d’éthique (CNE) à demander une législation assurant leur surveillance. Le 2 juillet, le Conseil fédéral a (ré-)affirmé qu’une loi n’était pas nécessaire, sans exclure de réglementer des aspects particuliers. Ayant participé aux débats sur le sujet notamment au sein de la CNE, cette attitude me paraît compréhensible.

 

 

Plusieurs sondages montrent qu’une large majorité de la population comprend le désir de voir leur vie se terminer de personnes âgées, malades, pour qui le futur est fait de grande dépendance. Cela étant, il importe de discuter la dimension institutionnelle, publique, de la problématique. En EMS ou en hôpital, le suicide assisté diffère de la démarche limitée à deux acteurs et quelques proches qu’il est à domicile. Dans les cantons de Vaud et de Genève notamment, les associations d’EMS et les hôpitaux universitaires ont émis des documents qui ont demandé du courage et qui, dans la clarté et dans un cadre défini, admettent que le suicide assisté y soit possible.

 

 

S’agissant de promulguer une législation précise pour contrôler les organisations d’assistance au suicide, la question est de savoir si cela représenterait une légitimation, une caution par les pouvoirs publics du suicide assisté? C’est la crainte du Conseil fédéral et elle mérite l’attention. Au vu de mon expérience au sein d’une autorité sanitaire en tant que médecin cantonal, je ne serais pas à l’aise avec la délivrance d’une « autorisation de pratiquer » (une attestation qu’on est qualifié pour aider les gens à se suicider de la bonne manière…). Compte tenu du perfectionnisme suisse dont nous ne savons pas nous débarrasser, cela pourrait mener à des certifications de type professionnel (diplôme de suicidologue ?). Par contre on pourrait, modalité moins équivoque, instituer un devoir d’annonce de ces organisations auprès de l’autorité, avec des précisions sur leur mode de faire, mais sans qu’il s’agisse d’une quelconque certification. La clause générale de police permettant à l’autorité d’intervenir chaque fois que les circonstances le justifient.

 

La position du Conseil fédéral est ainsi défendable, étant entendu que la réglementation de points spécifiques reste envisageable.

 

13:41 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (1)