16/04/2008

"Cinq hommes" - Un spectacle à voir !

 

 

Substantiel moment de théâtre, prenant, complètement crédible.

 

 

Comme tant d’autres clandestins, ces cinq-là ont quitté leur famille, leur pays, en quête de chantiers où l’on prend ceux qui n’ont pas de permis de travail pour autant qu’ils se soumettent aux conditions imposées. Pour le patron, ils sont tous pareils, déracinés prêts à tout pour gagner quelque argent.

 

 

Daniel Keene, auteur australien, dont la pièce originale a été adaptée à l’Europe continentale par le metteur en scène Robert Bouvier et les acteurs eux-mêmes, donne ainsi la parole à des personnages que le théâtre représente rarement ; parole qui leur est fidèle dans leur intime vérité et avec une singulière dignité.

 

 

Vif, stimulant, mettant en scène les plusieurs facettes de la vie de ces gens venus d’ailleurs (le chantier, le bar, le baraquement-dortoir), aux prises avec leur coexistence aléatoire, avec les liens et les amours laissés au pays, avec la tentation du fatalisme ou de la « chute d’espoir ». Remarquablement joué par des acteurs qui véritablement « incorporent » leurs personnages : le Nord-Africain sérieux et empathique à l’affût des lettres de ses femme et enfant, l’ancien soldat espagnol qui a passé par la guerre, le Hongrois épuisé, le Roumain porté sur la bouteille, le Sénégalais qui écrit des histoires pour enfants…

 

 

Excellente soirée. Espace Culturel des Terreaux, Lausanne, jusqu’à dimanche 20 avril.

 

 

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12/03/2008

Dieu et la pub (au service de la pub de certains…)

 

Sujet qui n’a rien à voir avec mon dernier papier « Jouer à Dieu ? » qui évoquait les enjeux éthiques liés aux avancées de la procréation médicalement assistée. Je veux parler de l’exposition qui sous ce titre va se tenir au Forum de l’Hôtel de Ville de Lausanne du 1er au 12 avril prochain. Un linguiste, Gilles Lugrin, et un pasteur, Serge Molla, ont rassemblé des documents dans lesquels Dieu et des thèmes religieux apportent leur contribution à des démarches publicitaires et commerciales. Différents chapitres : figures du Bien et du Mal, textes et gestes religieux, figures de Jésus, religion et commerce, autres religions, enfin la publicité qu’entreprennent les Eglises pour elles-mêmes - pour promouvoir leurs activités.

 

 

L’expo est associée à un ouvrage des mêmes auteurs, Dieu, otage de la pub ?, qui sort incessamment chez Labor et Fides à Genève, avec 197 publicités célèbres illustrant le choc des valeurs ancestrales et contemporaines (www.dieu-pub.ch).

 

Je n’ai encore vu ni l’exposition ni le livre, mais c’est un exercice stimulant sans doute que de se pencher sur les interactions entre religieux et mercantilisme. Des questions éthiques d’importance se posent. Pour ma part, je supporte mal l’instrumentalisation, sous des formes diverses, de Dieu et des valeurs chrétiennes au profit de buts bien éloignés de l’édification des personnes et de l’enrichissement de leur spiritualité. L’exemple crasse, depuis tantôt huit ans, étant l’invocation constante de Dieu dans les entreprises de l’Administration d’un grand pays ami d’outre-Atlantique, dont le chef a même parlé de « croisade ». Funeste asservissement de la transcendance à des objectifs tout ce qu’il y a de terre-à-terre, de belliqueux, et de mercantile justement (quand on a besoin de s’assurer d’avoir assez de pétrole…). Et je suis aussi mal à l’aise, lors de cultes dans le pays en question, de voir au début du service le pasteur entrer dans l’église en défilant drapeau national en tête. Quel rapport entre les deux, s.v.p. ?

 

Mais je m’éloigne du sujet du moment. Allons donc voir ce que nous suggère - ce que nous apprendra - « Dieu et la pub ». Que je mentionne aussi que le 21 avril à 19 h.30, à l’Espace culturel des Terreaux, un visionnement des publicités exposées fera l’objet d’un débat, avec J. Neyrinck, S. Keshavjee, J.-H. Francfort et les auteurs.

 

Enfin, en rapport aussi avec les activités du registre culturel de l’Eglise réformée vaudoise : connaissez-vous le bar du Sycomore, rue de l’Ale 31 ? Espace à la sympathique ambiance qui va bénéficier des animations qu’organise Rachel, sa nouvelle responsable.

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08/03/2008

Jouer à Dieu ?

 

On sait les avancées extraordinaires de la procréation médicalement assistée (PMA) depuis la naissance de Louise Brown, le premier bébé-éprouvette, à Londres en 1978, mais on n’est pas toujours conscient des enjeux éthiques majeurs qui y sont liés. Dans le magazine Time du 10 mars 2008 (toujours post-daté de quelques jours), Nancy Gibbs fait état de ses préoccupations, demandant jusqu’où on peut jouer à Dieu.

 

« Je comprends, dit-elle,  pourquoi aucun politicien ne souhaite se mettre entre un couple sans enfants et les médecins qui offrent une réponse à ses prières. Mais, alors que la médecine redessine la carte de ce qui est possible en vue de procréer, nous avons tous un intérêt à demander jusqu’où nous devrions être autorisés à aller (…) Les milieux progressistes et sociaux disent leurs craintes à propos de vente d’ovules, de location d’utérus (mères porteuses) et du fait que des femmes pauvres soient exploitées pour aider des riches à avoir des enfants, mais ils insistent peu parce que la liberté de procréer est un droit sacré ».
 
Faisant référence à des pratiques imaginables - qui n’ont jusqu’ici pas cours en Europe continentale -, elle poursuit : « Des embryons pourraient être achetés et vendus, clonés et même implantés dans un utérus de singe parce que cela se passe dans une industrie exerçant dans la sphère privée la plus intime, un commerce portant sur des milliards de dollars qui se contrôle largement lui-même » (postulant que la manière dont la profession médicale surveille le respect des codes déontologiques est à même d’éviter les dérives éthiques ou commerciales discutables - je ne suis pas sûr qu’on puisse à cet égard dormir sur ses deux oreilles).

 

Sur une autre question difficile : « Et que dire du demi-million (aux USA) d’embryons surnuméraires congelés dans l’azote ? Ce que vous faites avec ces embryons est votre décision et seulement la vôtre, dit l’American Fertility Association. Mais ce n’est pas si simple. Sont-ils des (futurs) humains ou une propriété ? Il est arrivé que des embryons congelés soient traités comme élément d’une succession et au centre de batailles pour un droit de garde, comme la Porsche ou le chiot », dit Gibbs.

 

Elle évoque les touristes de la procréation, se déplaçant vers des pays dont les règles médico-éthiques et légales sont  plus souples, puis conclut « Nous sommes sur une route vers la procréation qui n’a plus besoin ni d’ovules ni de sperme (ce serait le cas du clonage reproductif, s’il était autorisé). Nous sommes dans une jungle morale, pleine d’espoir et de pièges. Ce n’est pas des parents demandeurs que j’attends qu’ils y mettent de l’ordre, le travail à faire est celui des législateurs et des décideurs ».

 

Un de mes maîtres de santé publique disait qu’il y a un bel avenir pour la complexité… Aucun doute à ce sujet !

16:10 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (1)