08/05/2018

Jacques Dubochet met ses convictions sur le papier

Parcours - Rosso Editions, 1773 Léchelles, 2018.

Guère besoin de rappeler la surprise qu’a été l’irruption le 4 octobre 2017, sur la scène médiatique, du biophysicien J. Dubochet auquel le prix Nobel était attribué. Six mois plus tard, il publie un livre, présentation « globale » de ce qu’il est.

Trois parties : « Faire sens » réunit cinq textes de fond où il discute ce qu’il entendait dire en octobre, parlant en impromptu, sur ses engagements. La seconde, « Tranches de vie », est constituée des briques peut-on dire qui ont construit sa carrière. La troisième, « De la science en miettes », comprend des notes rédigées assidûment, un blog, sur ses lectures de revues scientifiques. Par exemple sur le dérèglement climatique – dont il parle à réitérées reprises en faisant état de son souci.

« J’ai  écrit le présent texte parce que je rencontre tant de gens qui n’ont pas compris que « bien faire » n’est pas faire n’importe quoi et que « bien vivre » se construit sur quelques fondements incontournables. Un bon point de départ est ‘Fais à ton prochain ce que tu voudrais qu’il te fasse’ »

Conscience, évolution. « La conscience est à mon sens la capacité d’un individu à se construire un modèle mental du monde dans lequel il peut naviguer (…) Elle est aujourd’hui en rupture avec près de 4 milliards d’années de vie sur Terre. Jusqu’ici, l’évolution s’est déroulée selon le couple variation au hasard/sélection naturelle. Arrivent l’homme et ses capacités. L’évolution biologique est écrasée par l’évolution culturelle. La première se déroulait par millions d’années, les transformations culturelles se font maintenant par périodes de 10 ans. La mondialisation s’est installée et nous nous fourvoyons dans un changement climatique et l’ère anthropocène. »

Le Moi et le Nous. « L’homme repose sur deux jambes : le Moi et le Nous. Pour moi, une personne est de gauche si elle tend à favoriser les valeurs altruistes ; elle est de droite si elle met son intérêt propre en priorité. » « Les bases de nos sociétés chancellent. Laisser aller conduira à des catastrophes extraordinaires. Pour nous sauver, les solutions seront collectives ou ne seront pas. Notre société a un urgent besoin de consolider la force du Nous. »

« Bien faire se ramène à deux stratégies possibles : l’une est darwinienne [sélection naturelle], elle va de soi, elle poursuit aujourd’hui son écrasante efficacité. Comme la pierre qui roule vers la vallée, elle ne demande ni plan ni choix. La seconde stratégie prend de la distance. Elle se fait une image du monde dans laquelle l’Homme se voit, lui, parmi les autres. »

Retraite. Il est à la retraite depuis dix ans. « La difficulté est que chaque jour n’a que 24 heures. J’essaie d’équilibrer mes quatre S, à savoir : Soi-même, Social, Science et Service. »

"Le 27 septembre 2017, j’annonçais que je cessais la rédaction de mon blog pour me lancer dans un bouquin du genre réflexions d’un vieil intellectuel. Une semaine plus tard, le 4 octobre, le Prix Nobel ! L’urgence et la nécessité ont produit l’objet que vous avez dans les mains. » Il ne se laisse toutefois pas emporter : « Le Prix Nobel me donne une voix, celle de la notoriété. Je n’ai pas de respect pour la notoriété. J’ai du respect pour ceux qui essaient de vivre juste. »

Parcours, une sorte de mosaïque/kaléidoscope stimulant pour approcher de plus près - avec profit ! - ce scientifique atypique.

 

 

 

13/04/2018

Halte aux publicités pour des engins altérant gravement notre qualité de vie

Il importe que chacun s'engage pour éviter que les pollutions multiples et diverses poursuivent leurs agressions contre notre bien-être (CO2, bruit etc.).

Judicieuse démarche d'un groupe de jeunes gens engagés, qu'il faut soutenir: signez leur utile pétition, à l'adresse ci-dessous:

https://act.campax.org/petitions/la-publicite-nuit-aussi-a-notre-climat

06/03/2018

Prévention du suicide - Un ouvrage très complet

Laurent Michaud et Charles Bonsack (dir.publ). Prévention du suicide. Chêne-Bourg/Genève : Médecine et Hygiène, 2017, 375 pages.

Sur un sujet de grande importance, près de 80 auteurs ont contribué à ce livre fourni, précis. Moitié de femmes et moitié d’hommes, attachés à des services du CHUV pour deux tiers d’entre eux. La plupart sont psychiatres-psychothérapeutes. Une trentaine sont d’autres disciplines.

Huit parties. La première présente le contexte global du suicide, la seconde le modèle de rencontre, évaluation et intervention utilisé. On différencie trois niveaux : la prévention universelle (visant toute la population), la prévention sélective (à l’endroit de groupes à risque) et la prévention dite indiquée (pour ceux à risque manifeste). Sont évoqués l’intervention scolaire, la coopération avec les médias, la prévention situationnelle (limitation de l’accès aux moyens - considération majeure de santé publique, qu’il s’agisse de médicaments , d’alcool ou d’endroits qui se prêtent au suicide - et bien sûr, si nous étions aux USA, il faudrait limiter drastiquement la disponibilité des armes à feu).

Les parties suivantes abordent chacune une problématique spécifique : Suicide et … périodes de la vie, … problèmes de santé, … dispositifs de soins. Puis on traite des possibles déterminants sociaux et politiques. Parmi les sujets moins « classiques » : suicide et … spiritualité, formation, incarcération, migration, LGBT, violence contre autrui, addiction, en périnatalité.

Chacun de ces chapitres (chacun « pièce d’un large puzzle ») s’organise selon la même structure : 1) vignette clinique ; 2) Que faut-il savoir (point sur les connaissances) ; 3) Comment rencontrer et évaluer ? (particularités de la situation clinique présentée) ; 4) Comment intervenir ? (ce qui est efficace ou l’est moins) ; 5) A quoi être attentif ? (notamment, erreurs à éviter) ; 6) le suivi/l’issue de l’histoire présentée.

Dans la préface (d’une Québécoise et d’un Lyonnais) : «Dans chaque cas, le lecteur est confronté  à une situation spécifique qui lui montre la prévention en mouvement, de l’impasse d’une souffrance insurmontable à l’ouverture  d’un chemin qui préserve la vie. » « Il nous est aisé de faire partager notre enthousiasme. Ouvrage homogène et plein de vie, avec une colonne vertébrale robuste."

A noter enfin que le dernier chapitre traite du suicide assisté. J’ai apprécié, en huit pages, une présentation basée sur l’expérience professionnelle et humaine de l’auteure, factuelle, non-jugeante, équilibrée quant aux enjeux éthiques et pratiques que pose cette problématique - qu’il n’est plus possible aujourd’hui d’ignorer, ni de vouer aux gémonies.