05/03/2008

Bienheureusement, le Tribunal fédéral existe !

 

Une décision communale argovienne avait dénié la naturalisation suisse à deux femmes raisonnablement intégrées, vivant en Suisse depuis plus de vingt ans, au motif qu’elles portaient le voile… Le Tribunal fédéral vient de casser cette décision.

 

On « s’émerveille » (!) devant les positions disproportionnées liées à la passion de certains de garder à notre pays une pureté ethno-culturelle qu’il n’a jamais eue… Que la naturalisation soit mise en cause par des délits et des crimes, par une action idéologique et de propagande publique clairement attentatoire aux droits de la personne ou qui va à l’encontre des intérêts de la Suisse, ou encore parce que le candidat n’a manifestement pas compris des aspects essentiels du mode de vie et du cadre socio-juridique qui nous régit, OK. Sans doute. Mais qu’on la dénie à la faveur d’une interprétation (tout de même subjective !) telle que
« quel qu’il soit, le port du voile montre toujours une soumission inacceptable à l’homme », cela est contraire au principe majeur de la proportionnalité nécessaire, impérative, entre la circonstance critiquée et la sanction. En termes d’aveuglement ethno-centré, ce n’est pas loin de « donner une idée de l’infini » comme disait Coluche. Entre nous, il n’est pas rare que j’aie trouvé réellement élégantes (on me dira que c’est une remarque sexiste…) des femmes musulmanes dans leur port du voile - bien plus élégantes, y compris dans leur discrétion, que certaines de nos hurluberlues locales et leurs accoutrements dont on me glisse qu’ils sont à la mode.

 

Au reste, Mesdames et Messieurs, verra-t-on bientôt des Suisses pur sucre s’opposer à la naturalisation de tel Hollandais qui s’obstine à porter des sabots, du Basque qui tient à son béret ou de l’Ecossais qui (de manière moralement équivoque) porte la jupe ?

 

Merci au Tribunal fédéral. N’oublions jamais notre chance qu’existe encore la séparation des pouvoirs, malgré les bruyants émois de ceux qui crient à la montée du pouvoir des juges. Je crains beaucoup plus quant à moi la montée de celui des idéologues populistes.

 

 

 

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23/02/2008

Une Suisse sans migrants ?

 

Récemment s’est tenu à Lausanne un colloque sous ce titre, organisé par le Forum des étrangers/ères de Lausanne (FEEL) et Appartenances. Exposés et débats à dimensions économique, sociale, culturelle. Des chiffres :  plus de la moitié des emplois dans l’hôtellerie sont tenus par des étrangers, qui forment aussi 40% du personnel des hôpitaux suisses et de la Migros ; les Suisses âgés qui nécessitent des soins en EMS ou à domicile ne pourraient en bénéficier sans aide venue d’ailleurs ; les étrangers participent pour près d’un quart aux cotisations AVS (mais n’en profitent pas toujours ou pas complètement) ; la moitié des joueurs de l’équipe nationale qui va faire l’EURO 2008 sont d’origine étrangère.

 

Question : "Que la Suisse serait-elle devenue sans l’immigration qu’elle a connue ?" Lausanne et Renens parmi d’autres auraient deux fois moins d’habitants ; la vie culturelle comme nos restaurants n’auraient pas la même variété ; nous aurions nettement moins de gens fortunés ! (on se souvient ici que les fondateurs de Nestlé, Wander, Bally, Swatch, venaient d’ailleurs). Il y aurait nettement moins de recherche de haut niveau alors que c’est là un créneau fondamental pour l’avenir ; la moitié des profs universitaires sont étrangers. Encourageant, le fait que 90% de la population serait consciente du rôle majeur de ces apports dans notre prospérité. On peut nier l’évidence mais les faits sont têtus : « Sans immigration, point de salut pour l’Europe », entend-on de plus en plus. D’où l’importance, maintenant soulignée par les pouvoirs publics, de travailler mieux à l’intégration des migrants. Changement de décor par rapport aux sept millions de saisonniers venus chez nous au cours du temps et dont les plus âgés se souviennent que - presque - rien  n’était fait pour les intégrer, voire que l’intégration aurait paru incongrue (puisqu’ils rentraient chez eux à Noël pour revenir trois mois plus tard !).

 

Un souhait sur lequel un conférencier a mis l’accent est de se montrer pragmatique. Sans doute les lois doivent-elles être respectées mais n’aurait-on pas pu s’épargner une bonne partie des turbulences qui ont agité ce canton récemment et qui se sont calmées quand on a compris le besoin d’être - aussi - réaliste ?

 

Le thème grave de l’exode/émigration des cerveaux (brain drain) a été abordé ; la Suisse officielle se préoccupe de faire revenir aux pays les scientifiques qui oeuvrent sous d’autres cieux, notamment aux USA ; des pays développés comme en développement voient leurs forces vives les quitter (à la différence des pays pauvres, le nôtre peut importer des professionnels de l’UE pour compenser). Il n’y a aucune solution simple pour gérer ces défis d’une époque très mobile et  multiculturelle - et dont on ne saurait imaginer qu’elle cesse de l’être, sous réserve d’hiver post-nucléaire. Pratiquement, on ne peut suivre ni ceux qui voudraient ouvrir nos grands bras généreux à tous ceux qui souhaiteraient s’installer chez nous ni ceux qui rêvent d’une Suisse « pure » (ce qu’elle n’a jamais été) voire purifiée… Et, surtout, ne pas faire l’erreur, parce que leur gestion est ardue, de ne pas s’occuper des questions qui se posent.

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21/01/2008

Parler de sexualité en Romandie: (pré-)histoire

 

En début d’année, la TSR 2 a présenté le film consacré à Charles Bugnon (1924-1998). A côté de son ministère - peut-on dire - de médecin de famille à Thierrens et environs, il a été un précurseur de l’éducation sexuelle et du planning familial - dans le canton de Vaud et plus largement. Pionnier remarquable, il a aussi connu les avanies des « prophètes », rarement reconnus dans leur propre milieu.

 

Il était devenu un personnage public en 1968 par le film d’Alain Tanner Charles B, médecin de campagne, illustrant son activité de praticien, y compris en plein hiver enneigé ; avec la difficulté à trouver un langage commun entre médecin et patients que, au troisième tiers du XXe siècle, on voyait encore dans le pays profond. Mais c’est son action pour l’éducation sexuelle dans les écoles (là aussi, oser et pouvoir nommer les choses et les faits est essentiel) qui a fait scandale. On a vu des personnalités très en vue vouer aux gémonies celui qui allait à leurs yeux fossoyer la moralité publique… Du jour au lendemain, le Dr B. a perdu près d’un tiers de sa clientèle, disait-il !

 

Ce qui m’a frappé c’est un sentiment du genre « Dire que c’est de là que nous venons…  tant de résistances, si peu d’ouverture ». On voyait à l’époque des oppositions qui aujourd’hui stupéfient. Pourtant, Vaud s’est montré en général ouvert, s’agissant de sujets délicats en matière de santé publique et du registre socio-éthique. Le VIH/sida a représenté un facteur fort d’évolution à partir du moment où, vers 1985, il est devenu un problème majeur de santé publique. Nous avons obtenu sans trop de peine que les quelques communes et établissements qui ne voulaient pas entendre parler d’éducation sexuelle se rallient à la majorité et demandent l’intervention des animatrices de la fondation Profa, chargée d’un mandat dans ce sens.

 

La promotion d’une information et éducation éclairée, équilibrée et ouverte sur de tels sujets, auprès de jeunes gens dont on veut croire qu’ils deviendront des adultes compétents et autonomes, faisant en toute connaissance leurs choix de vie, entreprise jamais achevée…

 

Si vous avez raté l’émission : le DVD du film « Nul n’est prophète… La route du Dr Bugnon » sort dans quelques jours. On peut le commander sur vps@vpsprod.com

 

 

 

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