18/01/2008

Commission nationale d'éthique, à quoi ça sert?


 

 

J’ai la chance de faire partie de la Commission nationale suisse d’éthique pour la médecine humaine, instituée par le Conseil fédéral en 2001 ; il vient de la reconduire pour la nouvelle législature. La CNE a pour mission de suivre l’évolution des techniques de procréation et de génie génétique et de donner des avis sur les questions sociales, scientifiques et juridiques qui en résultent.

 

Au terme de débats approfondis, elle rédige des prises de position sur des sujets comme la recherche sur l’embryon et les cellules-souches, l’assistance au suicide, le diagnostic préimplantatoire (on peut voir www.nek-cne.ch). Il y a peu, nous avons voulu procéder à une évaluation-bilan et avons invité dans ce but quelques personnalités: parlementaires fédéraux, une haute fonctionnaire, des rédacteurs en chef, leur demandant comment elle pourrait mieux encore remplir sa tâche. Le fait que la Commission se soit penchée sur des sujets actuels en termes politiques et sociétaux a été salué. On a souhaité qu’elle devienne proactive, anticipe et établisse une sorte de Landkarte en matière bioéthique. Sa manière de communiquer a été jugée adéquate ; avec une réserve toutefois en ce qui concerne l’information du grand public - vulgarisation au meilleur sens du terme, dans un sens de décodage des questions - et l’interaction avec lui.

 

Les échos médiatiques de l’action de la CNE sont relativement nombreux. A noter que, sur des sujets toujours complexes, ses rapports ont essuyé des critiques de représentants de lignes philosophiques ou spirituelles particulières. La Commission consacre beaucoup d’attention et de temps à être à l’écoute de différentes opinions, dans une société ouverte et pluraliste. Elle s’efforce de parvenir à des positions acceptables par la plupart qui cependant - sauf à rester dans la banalité - ne sauraient faire l’unanimité. Mais on peut estimer remarquable par exemple que, sur un thème comme l’assistance au suicide, onze de ses douze thèses aient été acceptées à l’unanimité ou pour le moins sans avis contraire. Relever aussi, comme l’a fait une des personnes consultées, que certains sujets bioéthiques sont du registre de l’indécidable… Il est vrai que parfois l’éthique pose plus de questions qu’elle ne donne de réponses (réponses que chacun élaborera pour lui-même, se souvenant de cette définition simple de l’éthique : « Comment faire pour bien faire ? »).

 

Un aspect d’importance a été soulevé : les enjeux en matière d’éthique des sciences de la vie et de la santé sont majeurs ; il devrait être évident qu’un pays comme la Suisse, pour qui l’enseignement de haut niveau et la recherche sont des créneaux porteurs essentiels pour l’avenir, devrait être doté d’une commission d’éthique qui véritablement réponde aux attentes mises en elle – et ceci aussi en comparaison internationale. Or, on voit que l’ambiance politique « de base », au Café du Commerce populiste, est qu’un peu de bon sens terrien suffit pour apporter des réponses appropriées, d’une part, et que d’autre part les relations et coopérations internationales, cela ne sert à rien ! On croit entendre ceux qui à la Révolution française ont guillotiné Lavoisier au motif que « La République n’a pas besoin de savants »… Préoccupant. Le frugal modèle de milice dont nous sommes fiers a ses mérites mais aussi ses limites. Et il convient de se montrer discriminant quant aux domaines dans lesquels réflexion et action sont urgentes ou ne le sont pas.

 

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16/01/2008

"Une mort très douce"


 

 

Grandes manoeuvres à l’occasion du centenaire de la naissance de Simone de Beauvoir. Accaparé par une activité de nature scientifique, j’ai dans le passé trop peu lu les « grands auteurs ». Articles et émissions sur le « Castor » (tout en m’apprenant que ce surnom lui venait de la proximité de son nom avec beaver, castor en anglais) m’ont fait trouver sur les rayons de la bibliothèque familiale « Une mort très douce » (Gallimard, 1964), sur les dernières semaines de sa mère, morte des suites d’un cancer à fin 1963.
 
Histoire forte d’une relation mère-fille difficile, dans des conditions où cette dernière s’est émancipée en tant que femme (entre autres et particulièrement), d’une manière inouïe jusqu’alors.

 

« Déformation »  professionnelle, j’ai été interpellé par les remarques faites sur l’attitude de mes confrères français de l’époque, avec ce côté paternaliste pas rarement autoritaire, de gens qui savent ce qu’ils ont à faire et s’embarrassent peu de l’avis du patient et de ses proches…
Réflexions aussi sur le dialogue avec les mourants, la vérité qu’on leur dit ou pas, la lutte contre la douleur. Avec des notations qui font que ce récit reste très actuel quant aux questions que pose la fin de vie - débats d’aujourd’hui sur les soins palliatifs, l’assistance au suicide, l’euthanasie.

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30/11/2007

Interprétariat communautaire - Très intéressante table ronde à Appartenances

 

 

 

Vendredi 30 décembre, réunion de qualité à l’occasion des dix ans du Service d’interprétariat communautaire d’Appartenances. Je rappelle que cette association offre depuis une quinzaine d’années, à Lausanne, Vevey et Yverdon, un éventail de prestations à l’intention des personnes venues d’ailleurs. Dans des registres divers : consultation psychothérapeutique, formation élémentaire des adultes et formation continue de professionnels, promotion, animations et soutiens divers (espaces de rencontre), cours (couture etc.)…

 

Une activité importante de l’association est la formation et la mise à disposition d’interprètes communautaires, depuis 10 ans. Ces derniers sont sollicités principalement dans les domaines de la santé, de l’éducation et du social, à l’intérieur d’Appartenances comme à l’extérieur (établissement scolaires parmi d’autres). Durant la dernière année, il s’est agi de 16’500 heures d’interprète. La rencontre du 30 novembre avait pour point central une table ronde, sur le thème « L’interprétariat sous toutes ses formes » ; avec la participation d’une interprète communautaire, d’une interprète de conférence, d’une médiatrice en gestion de conflit et d’une interprète en langue des signes (à l’intention de personnes sourdes). Ce qu’a dit cette dernière en particulier a été une découverte pour beaucoup des auditeurs. La Fédération suisse des sourds, dont des responsables étaient présents, a eu l’occasion de faire état de ses activités  et de ses préoccupations.

 

Il est apparu que les questions qui se posent en matière d’interprétariat, si elles ont bien entendu des spécificités en fonction des différents contextes évoqués, ont aussi des dimensions substantielles communes. Par exemple en ce qui concerne les principes déontologiques, notamment la fidélité, le secret professionnel et la neutralité.

 

L’interprétariat communautaire s’est surtout développé dans le passé récent. En Suisse, l’association Interpret  regroupe les personnes formées, qui viennent de passer le nombre de 500. Il existe aussi une organisation  au niveau international, Critical Link.

 

Pour en savoir plus, visitez le site www.appartenances.ch.

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