23/02/2008

Une Suisse sans migrants ?

 

Récemment s’est tenu à Lausanne un colloque sous ce titre, organisé par le Forum des étrangers/ères de Lausanne (FEEL) et Appartenances. Exposés et débats à dimensions économique, sociale, culturelle. Des chiffres :  plus de la moitié des emplois dans l’hôtellerie sont tenus par des étrangers, qui forment aussi 40% du personnel des hôpitaux suisses et de la Migros ; les Suisses âgés qui nécessitent des soins en EMS ou à domicile ne pourraient en bénéficier sans aide venue d’ailleurs ; les étrangers participent pour près d’un quart aux cotisations AVS (mais n’en profitent pas toujours ou pas complètement) ; la moitié des joueurs de l’équipe nationale qui va faire l’EURO 2008 sont d’origine étrangère.

 

Question : "Que la Suisse serait-elle devenue sans l’immigration qu’elle a connue ?" Lausanne et Renens parmi d’autres auraient deux fois moins d’habitants ; la vie culturelle comme nos restaurants n’auraient pas la même variété ; nous aurions nettement moins de gens fortunés ! (on se souvient ici que les fondateurs de Nestlé, Wander, Bally, Swatch, venaient d’ailleurs). Il y aurait nettement moins de recherche de haut niveau alors que c’est là un créneau fondamental pour l’avenir ; la moitié des profs universitaires sont étrangers. Encourageant, le fait que 90% de la population serait consciente du rôle majeur de ces apports dans notre prospérité. On peut nier l’évidence mais les faits sont têtus : « Sans immigration, point de salut pour l’Europe », entend-on de plus en plus. D’où l’importance, maintenant soulignée par les pouvoirs publics, de travailler mieux à l’intégration des migrants. Changement de décor par rapport aux sept millions de saisonniers venus chez nous au cours du temps et dont les plus âgés se souviennent que - presque - rien  n’était fait pour les intégrer, voire que l’intégration aurait paru incongrue (puisqu’ils rentraient chez eux à Noël pour revenir trois mois plus tard !).

 

Un souhait sur lequel un conférencier a mis l’accent est de se montrer pragmatique. Sans doute les lois doivent-elles être respectées mais n’aurait-on pas pu s’épargner une bonne partie des turbulences qui ont agité ce canton récemment et qui se sont calmées quand on a compris le besoin d’être - aussi - réaliste ?

 

Le thème grave de l’exode/émigration des cerveaux (brain drain) a été abordé ; la Suisse officielle se préoccupe de faire revenir aux pays les scientifiques qui oeuvrent sous d’autres cieux, notamment aux USA ; des pays développés comme en développement voient leurs forces vives les quitter (à la différence des pays pauvres, le nôtre peut importer des professionnels de l’UE pour compenser). Il n’y a aucune solution simple pour gérer ces défis d’une époque très mobile et  multiculturelle - et dont on ne saurait imaginer qu’elle cesse de l’être, sous réserve d’hiver post-nucléaire. Pratiquement, on ne peut suivre ni ceux qui voudraient ouvrir nos grands bras généreux à tous ceux qui souhaiteraient s’installer chez nous ni ceux qui rêvent d’une Suisse « pure » (ce qu’elle n’a jamais été) voire purifiée… Et, surtout, ne pas faire l’erreur, parce que leur gestion est ardue, de ne pas s’occuper des questions qui se posent.

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21/01/2008

Parler de sexualité en Romandie: (pré-)histoire

 

En début d’année, la TSR 2 a présenté le film consacré à Charles Bugnon (1924-1998). A côté de son ministère - peut-on dire - de médecin de famille à Thierrens et environs, il a été un précurseur de l’éducation sexuelle et du planning familial - dans le canton de Vaud et plus largement. Pionnier remarquable, il a aussi connu les avanies des « prophètes », rarement reconnus dans leur propre milieu.

 

Il était devenu un personnage public en 1968 par le film d’Alain Tanner Charles B, médecin de campagne, illustrant son activité de praticien, y compris en plein hiver enneigé ; avec la difficulté à trouver un langage commun entre médecin et patients que, au troisième tiers du XXe siècle, on voyait encore dans le pays profond. Mais c’est son action pour l’éducation sexuelle dans les écoles (là aussi, oser et pouvoir nommer les choses et les faits est essentiel) qui a fait scandale. On a vu des personnalités très en vue vouer aux gémonies celui qui allait à leurs yeux fossoyer la moralité publique… Du jour au lendemain, le Dr B. a perdu près d’un tiers de sa clientèle, disait-il !

 

Ce qui m’a frappé c’est un sentiment du genre « Dire que c’est de là que nous venons…  tant de résistances, si peu d’ouverture ». On voyait à l’époque des oppositions qui aujourd’hui stupéfient. Pourtant, Vaud s’est montré en général ouvert, s’agissant de sujets délicats en matière de santé publique et du registre socio-éthique. Le VIH/sida a représenté un facteur fort d’évolution à partir du moment où, vers 1985, il est devenu un problème majeur de santé publique. Nous avons obtenu sans trop de peine que les quelques communes et établissements qui ne voulaient pas entendre parler d’éducation sexuelle se rallient à la majorité et demandent l’intervention des animatrices de la fondation Profa, chargée d’un mandat dans ce sens.

 

La promotion d’une information et éducation éclairée, équilibrée et ouverte sur de tels sujets, auprès de jeunes gens dont on veut croire qu’ils deviendront des adultes compétents et autonomes, faisant en toute connaissance leurs choix de vie, entreprise jamais achevée…

 

Si vous avez raté l’émission : le DVD du film « Nul n’est prophète… La route du Dr Bugnon » sort dans quelques jours. On peut le commander sur vps@vpsprod.com

 

 

 

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18/01/2008

Commission nationale d'éthique, à quoi ça sert?


 

 

J’ai la chance de faire partie de la Commission nationale suisse d’éthique pour la médecine humaine, instituée par le Conseil fédéral en 2001 ; il vient de la reconduire pour la nouvelle législature. La CNE a pour mission de suivre l’évolution des techniques de procréation et de génie génétique et de donner des avis sur les questions sociales, scientifiques et juridiques qui en résultent.

 

Au terme de débats approfondis, elle rédige des prises de position sur des sujets comme la recherche sur l’embryon et les cellules-souches, l’assistance au suicide, le diagnostic préimplantatoire (on peut voir www.nek-cne.ch). Il y a peu, nous avons voulu procéder à une évaluation-bilan et avons invité dans ce but quelques personnalités: parlementaires fédéraux, une haute fonctionnaire, des rédacteurs en chef, leur demandant comment elle pourrait mieux encore remplir sa tâche. Le fait que la Commission se soit penchée sur des sujets actuels en termes politiques et sociétaux a été salué. On a souhaité qu’elle devienne proactive, anticipe et établisse une sorte de Landkarte en matière bioéthique. Sa manière de communiquer a été jugée adéquate ; avec une réserve toutefois en ce qui concerne l’information du grand public - vulgarisation au meilleur sens du terme, dans un sens de décodage des questions - et l’interaction avec lui.

 

Les échos médiatiques de l’action de la CNE sont relativement nombreux. A noter que, sur des sujets toujours complexes, ses rapports ont essuyé des critiques de représentants de lignes philosophiques ou spirituelles particulières. La Commission consacre beaucoup d’attention et de temps à être à l’écoute de différentes opinions, dans une société ouverte et pluraliste. Elle s’efforce de parvenir à des positions acceptables par la plupart qui cependant - sauf à rester dans la banalité - ne sauraient faire l’unanimité. Mais on peut estimer remarquable par exemple que, sur un thème comme l’assistance au suicide, onze de ses douze thèses aient été acceptées à l’unanimité ou pour le moins sans avis contraire. Relever aussi, comme l’a fait une des personnes consultées, que certains sujets bioéthiques sont du registre de l’indécidable… Il est vrai que parfois l’éthique pose plus de questions qu’elle ne donne de réponses (réponses que chacun élaborera pour lui-même, se souvenant de cette définition simple de l’éthique : « Comment faire pour bien faire ? »).

 

Un aspect d’importance a été soulevé : les enjeux en matière d’éthique des sciences de la vie et de la santé sont majeurs ; il devrait être évident qu’un pays comme la Suisse, pour qui l’enseignement de haut niveau et la recherche sont des créneaux porteurs essentiels pour l’avenir, devrait être doté d’une commission d’éthique qui véritablement réponde aux attentes mises en elle – et ceci aussi en comparaison internationale. Or, on voit que l’ambiance politique « de base », au Café du Commerce populiste, est qu’un peu de bon sens terrien suffit pour apporter des réponses appropriées, d’une part, et que d’autre part les relations et coopérations internationales, cela ne sert à rien ! On croit entendre ceux qui à la Révolution française ont guillotiné Lavoisier au motif que « La République n’a pas besoin de savants »… Préoccupant. Le frugal modèle de milice dont nous sommes fiers a ses mérites mais aussi ses limites. Et il convient de se montrer discriminant quant aux domaines dans lesquels réflexion et action sont urgentes ou ne le sont pas.

 

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