16/01/2008

"Une mort très douce"


 

 

Grandes manoeuvres à l’occasion du centenaire de la naissance de Simone de Beauvoir. Accaparé par une activité de nature scientifique, j’ai dans le passé trop peu lu les « grands auteurs ». Articles et émissions sur le « Castor » (tout en m’apprenant que ce surnom lui venait de la proximité de son nom avec beaver, castor en anglais) m’ont fait trouver sur les rayons de la bibliothèque familiale « Une mort très douce » (Gallimard, 1964), sur les dernières semaines de sa mère, morte des suites d’un cancer à fin 1963.
 
Histoire forte d’une relation mère-fille difficile, dans des conditions où cette dernière s’est émancipée en tant que femme (entre autres et particulièrement), d’une manière inouïe jusqu’alors.

 

« Déformation »  professionnelle, j’ai été interpellé par les remarques faites sur l’attitude de mes confrères français de l’époque, avec ce côté paternaliste pas rarement autoritaire, de gens qui savent ce qu’ils ont à faire et s’embarrassent peu de l’avis du patient et de ses proches…
Réflexions aussi sur le dialogue avec les mourants, la vérité qu’on leur dit ou pas, la lutte contre la douleur. Avec des notations qui font que ce récit reste très actuel quant aux questions que pose la fin de vie - débats d’aujourd’hui sur les soins palliatifs, l’assistance au suicide, l’euthanasie.

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30/11/2007

Interprétariat communautaire - Très intéressante table ronde à Appartenances

 

 

 

Vendredi 30 décembre, réunion de qualité à l’occasion des dix ans du Service d’interprétariat communautaire d’Appartenances. Je rappelle que cette association offre depuis une quinzaine d’années, à Lausanne, Vevey et Yverdon, un éventail de prestations à l’intention des personnes venues d’ailleurs. Dans des registres divers : consultation psychothérapeutique, formation élémentaire des adultes et formation continue de professionnels, promotion, animations et soutiens divers (espaces de rencontre), cours (couture etc.)…

 

Une activité importante de l’association est la formation et la mise à disposition d’interprètes communautaires, depuis 10 ans. Ces derniers sont sollicités principalement dans les domaines de la santé, de l’éducation et du social, à l’intérieur d’Appartenances comme à l’extérieur (établissement scolaires parmi d’autres). Durant la dernière année, il s’est agi de 16’500 heures d’interprète. La rencontre du 30 novembre avait pour point central une table ronde, sur le thème « L’interprétariat sous toutes ses formes » ; avec la participation d’une interprète communautaire, d’une interprète de conférence, d’une médiatrice en gestion de conflit et d’une interprète en langue des signes (à l’intention de personnes sourdes). Ce qu’a dit cette dernière en particulier a été une découverte pour beaucoup des auditeurs. La Fédération suisse des sourds, dont des responsables étaient présents, a eu l’occasion de faire état de ses activités  et de ses préoccupations.

 

Il est apparu que les questions qui se posent en matière d’interprétariat, si elles ont bien entendu des spécificités en fonction des différents contextes évoqués, ont aussi des dimensions substantielles communes. Par exemple en ce qui concerne les principes déontologiques, notamment la fidélité, le secret professionnel et la neutralité.

 

L’interprétariat communautaire s’est surtout développé dans le passé récent. En Suisse, l’association Interpret  regroupe les personnes formées, qui viennent de passer le nombre de 500. Il existe aussi une organisation  au niveau international, Critical Link.

 

Pour en savoir plus, visitez le site www.appartenances.ch.

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22/08/2007

Jacques Chessex sur l'état du pays (quarante ans après)

Relu « Portrait de Vaudois », de Jacques Chessex (Editions Bertil Galland, 1969). Dans le dernier chapitre, « Voir sa mort », l’auteur parle, comme il l’a fait souvent depuis, du suicide de son père le 14 avril 1956 (moment dont personnellement je me souviens bien dans la mesure où, deux semaines auparavant, Pierre Chessex me remettait, et à ma volée de collégiens,  le Certificat d’étude secondaires du Collège scientifique cantonal qui nous permettait d’entrer au Gymnase).

 

A la mort du père dont on sait combien elle a marqué (« Cette mort m’a fait ce que je suis »),  il associe une réflexion sur le pays (« Mon père est devenu ce pays ») et a des mots qui ne manquent pas de frapper :

 

« ce pays est menacé de mort ! (…) Mourir ? Pas  tout entier, certes, Pas sa géographie, pas sa place dans le plus grand pays – mais plusieurs aspects décisifs de sa nature agonisent, c’est le mauvais drame qui se joue sous nos yeux et que nous ne voulons pas voir pour éviter de condamner des habitudes de pensée et d’être où nous nous abîmons à notre tour.
 
« Le pays devient un bazar. L’industrie gagne. Un air de mauvaise magie flotte autour de la foire d’empoigne. Nos fermes meurent (…)

 

« Un prophète de la décadence larmoyant sur les ruines des archétypes ? J’assiste à l’étouffement et à la disparition d’un pays pur. Nous n’avons pas été sommés de choisir, c’eût été peut-être plus simple, il aurait fallu  dire oui ou non, accepter ou se couper, mais consciemment. Notre défaite me serre le cœur parce qu’elle a été sournoise, feutrée, parce qu’elle a été une défaite confortable et flatteuse. Caressant les pires instincts ! A l’ancienne terre romane et savoyarde, à l’ancienne terre de Calvin se substituent des mœurs de parvenus, de texans.».

 

Je ne connais pas bien Jacques Chessex et ne suis en rien l’interprète autorisé de sa pensée. Simplement qu’on me permette de relever comment, écrites il y a une quarantaine d’années, ces phrases peuvent avoir une résonance actuelle. Au plan politique notamment, au moment où les préoccupations en rapport avec l’écologie et, en général, l’avenir de la planète sont au centre des préoccupations. Et qu’il y a une urgence majeure à agir.

 

Aussi, pour l’idéaliste d’extrême-centre que je suis (selon l’expression de certains amis) : ne peut-on poser aujourd’hui des questions sur une possible défaite (sournoise, confortable et flatteuse… ?) de ce pays, s’agissant de valeurs fondamentales : du registre du sérieux, de la frugalité, de la solidarité et de l’ouverture aussi. Au moment où fleurissent sur les panneaux d’affichage et dans la presse de nouvelles illustrations du populisme le plus sommaire – c’est peu dire que l’action d’une certaine mouvance politique a des conséquences sournoises et délétères. Par ailleurs, bien sûr, si on constate chez nous des dérives grossièrement consuméristes et de type capitalisme sauvage, c’est que nous vivons dans un monde qui connaît ces évolutions, et que  nous sommes petits. La sempiternelle problématique du « On ne peut pas être sages tout seuls », à laquelle je vois – douloureusement –qu’il n’est pas simple de répondre.

 

Stimulant, dans tous les cas, de relire ces fortes formulations d’un écrivain vigoureux et de réfléchir à leur pertinence aujourd’hui.

 

 

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