07/06/2007

A propos d'équilibre entre travail et vie personnelle

 

La place, le statut, la valeur accordés au travail font l’objet de multiples travaux académiques et sont, logiquement, parmi les préoccupations de tous et de chacun. J’ai envie de citer ici des extraits d’un article du professeur de médecine Reto Krapf, paru dans le Forum médical suisse du 6 juin 2007.

 

« Paradoxe moderne : jamais encore nous n’avons travaillé aussi peu et disposé d’autant de loisirs et de vacances. Et, malgré tout, nombre de personnes se sentent talonnées, stressées. Le burnout constitue, d’après (certaines) déclarations publiques, une maladie nouvelle acceptée comme entité diagnostique (…) Le travail et la vie sont-ils en compétition ? Cette ségrégation du travail de ce qui est considéré comme la « vraie vie » lui confère a priori un aspect désagréable, voire menaçant. Un quotidien parfois fébrile n’est plus considéré comme un défi positif (ce qui peut pourtant être le cas), mais comme une surcharge négative.

 

« Khalil Gibran évoquait le travail comme de « l’amour rendu visible ». Quelle que soit la valeur qu’il représente et la satisfaction qu’il apporte à celui qui le fait, le travail doit être considéré comme un élément de la vie (…) Considérer le travail comme un élément important de la vie et non comme une menace pourrait représenter une nouvelle stratégie de protection contre le stress et même contre le burnout. Le travail doit être compris non comme du temps soustrait de la vie elle-même, mais comme une valeur intrinsèque qui enrichit le travailleur ».

 

Intéressant, non ? Je n’ai pas de sympathie particulière pour l’homme Nicolas Sarkozy mais dois dire que je n’ai pas trouvé inadéquate son intention de remettre son pays au travail… (on a lu et entendu comment les 35 heures ont mis encore plus « à vau l’eau » certains salariés qui n’avaient guère d’autres repères, et de réseaux, que ceux liés au travail). Indépendamment de la situation de nos voisins, il me paraît clair qu’une société qui se mettrait à considérer le travail comme un mal nécessaire n’est pas une société qui va bien. Peut-être y a-t-il un côté « vieux schnock » à soutenir le propos de mon confrère Krapf, mais j’assume.

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06/06/2007

Expérience(s), fruits...

 

  

Depuis des années, je cite la formule « L’expérience est la seule chose qui ne s’apprend pas dans les livres ». Il m’a semblé au cours du temps qu’il y a là du vrai ; chacun dans sa ligne ou sur ses créneaux, personnels et professionnels, fait avec l’âge son bagage d’expériences, nourri de réussites, d’échecs et d’autres circonstances qui n’ont été ni l’un ni l’autre. Ce qui fait que, vis-à-vis de collègues, de proches, d’enfants, on estime être crédible en disant « Si j’en juge par ce que j’ai vécu, fait, observé, je peux dire ceci… ». Même au-delà de l’âge de 50 ans, je me suis demandé s’il y avait de la suffisance dans le fait ainsi de « prodiguer ma science »… Parfois peut-être mais, en général, j’ai été de moins en moins « inconfortable » dans les circonstances où j’étais amené à donner un avis fondé sur mon parcours. 

 

Avis discordant : « La lumière que donne l’expérience est une lanterne de poupe, qui éclaire seulement les vagues qui sont derrière nous » (Samuel T. Coleridge). Et, lisant récemment l’excellent Alexandre Jollien (La construction de soi, Seuil, 2006), je trouve « L’expérience ressemble à un peigne qui ne sert qu’aux chauves » (Jollien cite sans toutefois reprendre à son compte). Alors ? L’expérience, c’est ce qui devrait servir mais quand on n’en a plus besoin ? A rapprocher de « L’expérience, c’est le nom que chacun donne à ses erreurs » (Oscar Wilde)? Ou de « Ce fruit tardif, le seul qui mûrisse sans devenir doux » (Barbey d’Aurevilly).

 

A propos de fruits : en février dernier, j’ai été invité à intervenir devant un Groupe d’aînés de ma région sur le thème « Entrer dans la retraite : le temps de cueillir les fruits mûrs ». J’y ai affirmé que les seniors ne sont pas inutiles, qu’il importe qu’ils passent plus loin les enseignements engrangés durant leur existence. Ceci toutefois (y être attentif !) sans donner dans le paternalisme ou le moralisme. A la fin de la réunion, j’ai eu cette remarque : « Oui, vous, avec ce que vous avez vécu, vous pouvez parler de ce que les anciens apportent, mais cela ne vaut pas pour ceux parmi vos auditeurs qui sont des gens simples dont l’existence n’a rien eu de particulièrement remarquable »… J’espère – et je crois – que cette dame se trompait. Souvenons-nous que nous avons tous eu dans notre enfance et notre jeunesse des personnes qui, aussi modestes aient-elle été, restent des références (parents, grands-parents, enseignants, d’autres).

 

A propos de fruits encore, récemment sous la plume d’un confrère senior le Prof. G. Abraham, psychiatre enseignant : « Si nous, les anciens, faisions notre devoir d’information, si nous avions le courage de parler aussi des difficultés dans notre jeunesse, nous (verrions) que la vieillesse (peut) se présenter comme l’âge le plus important de la vie. Pas tellement celui des semailles mais plutôt l’âge de la récolte ».

Ainsi, je crois que l’expérience cela existe et qu’il est possible d’en faire profiter d’autres. Il est vrai que, comme pour beaucoup de choses et particulièrement  dans une époque mouvante, il n’y pas là de garantie, et que c’est un instrument - ou un capital – dont on peut faire des usages de qualités diverses. Il vaut la peine de s’attacher à en trouver le bon usage !

 

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31/05/2007

Dopage II - Eloge de la transparence ou incitation à des conduites professionnelles prohibées?

 

 

En rapport avec mon billet d’hier sur le dopage, on peut recommander la lecture du courrier de lecteur, dans 24 Heures de ce jour, du Dr S. Vecerina, chirurgien lausannois connu, à propos de son confrère Blanc (24 Heures du 23 mai). Le Dr Vecerina a de longue date son franc-parler et son propos le confirme. Qu’on en juge : « Parmi les médecins ‘dopeurs’, le Dr Daniel  Blanc a été le seul à agir à visage découvert et le seul à assumer le suivi de sportifs dans un monde de compétition où la privation des produits dopants signifie l’échec. Merci à lui, et bravo pour son dévouement à la médecine du sport, ses compétences et son courage ».

 

Déclaration pour le moins intéressante, non ? A propos de quoi on peut suggérer        quelques questions qui paraissent pertinentes :
-         Le Dr B. peut-il reprendre à son compte les catégoriques déclarations du Dr V. ?  A vrai dire, ceux qui se préoccupent ici de médecine sportive ont été amenés au cours du temps à penser que, quant aux faits (pas forcément quant à l’appréciation de dévouement !), les propos du Dr V. correspondent pour une bonne part à la réalité.
-         Le Dr B., très connu dans les milieux sportifs, a souvent tenu des propos minimisant beaucoup le caractère nuisible et illicite du dopage, voire s’est fait l’avocat de sa pratique « régulée ». Toutefois, à ma connaissance, il a toujours nié avoir passé à l’acte, avoir aidé des athlètes dans ce sens… Est-il susceptible d’en dire plus aujourd’hui ?
-         Que pensera de la lettre du Dr V. le tribunal qui a levé la sanction disciplinaire infligée au Dr B. par l’autorité chargée de surveiller la pratique de la médecine dans notre canton ?
-         On attend des professions libérales, telles que la médecine, le respect d’une certaine déontologie (morale professionnelle, incluant le respect du cadre légal) et d’une certaine éthique. Le fait pour un médecin d’affirmer hautement qu’il y a du dévouement et du courage dans la pratique de gestes prohibés suscite-t-il des remarques ; si oui, de la désapprobation ou des applaudissements ?

 

Je réalise pleinement, primo, que la question du dopage est complexe et, secundo, que la société d’aujourd’hui n’en a plus guère à « cirer » des doctes avis d’anciens moralisants, comme je le suis peut-être. Il n’empêche que la banalisation et même l’apologie du dopage, dont on a ici un épisode non négligeable, laisse songeur.

 

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