23/03/2007

Eugénisme, subjectivement (doctrines) et objectivement (pratiques)

Il y a peu, deux étudiantes du secondaire supérieur ont demandé à me voir dans l’optique du travail de maturité qu’elles préparent sur les bébés-médicaments (design babies). Ce qui nous a fait parler de plusieurs sujets, dont le diagnostic préimplantatoire qui examine, lors d’une démarche FIVETE (« bébé-éprouvette »), l’embryon que l’on envisage d’introduire dans l’utérus de la femme, afin de détecter d’éventuelles anomalies. Une de leurs questions a été : « A votre avis, est-ce que ces techniques relèvent de l’eugénisme ? ». Interrogation et préoccupation majeure sans doute. A propos de quoi il faut apprécier les réalités que recouvrent les termes et comment des pratiques quotidiennes peuvent correspondre à des mots très impopulaires (les « mots du Mal », si est permise cette analogie audacieuse avec l’empire du Mal d’un Président U.S. heureusement en fin de mandat).

Sociétalement, eugénisme est un « mot du Mal ». Il y a le propos fou des Nazis, il y a toutes les formes de purification ethnique. Mais, dans la pratique médicale (chez les gynécologues, pédiatres, généticiens… et autres) et si on considère les directions intensément poursuivies de la recherche, il paraît clair que beaucoup concourt à améliorer la « qualité » (merci de ne pas prendre ombrage du mot) des enfants qui naissent et des jeunes et adultes qu’ils deviendront. Promouvoir leur « qualité » intrinsèque afin d’augmenter leur qualité de vie. On s’emploie assidûment à diminuer et si possible supprimer les troubles/handicaps des personnes. Eugénisme ? On pourra dire que l’argument dépend de la définition adoptée : « théorie et méthodes visant à améliorer le patrimoine génétique des groupes humains », selon le Larousse. Il est vrai que le médecin praticien s’adresse à des individus. Mais, en général, n’est-il pas  prêt à mettre son action préventive à disposition de tous les patients ou familles qui le consultent ? Et un certain nombre de personnes, cela fait un groupe humain. Alors ? Le concept général est repoussant, absolument ; mais quid de l’eugénisme au niveau familial, dimension importante de la médecine actuelle ?
 

Des confrères éminents, français notamment, émettent de graves inquiétudes à cet égard. Va-t-on vers une discrimination des personnes handicapées ? (dont on pourrait dire - de manière perverse - que leurs parents n’ont pas fait ce qu’il fallait pour éviter leur naissance… ?!). J’ai été rendu conscient il y a une vingtaine d’années déjà de ce que certains des efforts médicaux visant à éviter la naissance d’enfants présentant des troubles/handicaps de départ posaient problème aux associations de personnes concernées et suscitaient chez elles des réserves. Je respecte ces réserves compréhensibles, fondées sur des valeurs de non-discrimination que nous partageons tous. Mais, ici, qui définira la/les limite(s) entre les affections qu’il est légitime de chercher à prévenir, voire à éradiquer, et celles qui ne devraient pas l’être (pas du tout, ou selon les cas) ? Qui freinera les scientifiques et les parents/familles qui les sollicitent? Impressionnante problématique dont l’étude démontrera, une fois de plus, que l’éthique c’est à propos de limites et de « Comment faire pour bien faire dans les situations-limites ? ».

17:18 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (0)