24/06/2016

Tabac - Les politiques pas intéressés par la santé de la population !...

 

L’actualité récente montre à quel point des milieux politiques sont servilement sous l’influence des lobbyistes de l’industrie du tabac. Il y a quelques jours, le Conseil fédéral décide de ne pas augmenter le prix du paquet de cigarettes, alors même qu’il est bien démontré  qu’un prix plus élevé a un effet  incontestable de diminution de la consommation.  Je rappelle que, chaque année, dix mille Suisses meurent prématurément à cause du tabac, qui est le plus important facteur évitable de maladie. Dans le même temps, les nouvelles majorités aux Chambres fédérales sont en train de vider de son efficacité un projet de loi qui améliorerait les mesures de prévention du tabagisme. Au motif classique de la libre entreprise et de l’argument faux que la publicité ne fait pas augmenter la consommation mais simplement changer de marque … Sans rire, ce faisant , les soutiens parlementaires de l’industrie du tabac sont précisément dans la ligne de ceux qui aux Etats-Unis s’opposent à la diminution de la disponibilité des armes à feu.

Pratiquement, toute une partie de l’éventail politique, inféodée à des intérêts économiques discutables, démontre ainsi un mépris de la protection de la santé de la population. Certains de mes confrères médecins réagissent à cet état de fait très préoccupant mais le corps médical en général devrait s’engager bien plus vigoureusement. Comment ne pas être choqué de ce que Gouvernement et Parlement fassent si bon marché, sous des motifs  à vrai dire éculés de « liberté », de la vie et de la santé de leurs concitoyens ?

                                                                                    

19/05/2016

Les abus sexuels, leur détection, leur prise en charge

A propos du livre de Florence Thibaut, Les abus sexuels (Editions Odile Jacob, 2015)

« L’histoire de la violence sexuelle remonte aux origines de l’humanité, il a pourtant fallu attendre jusqu’à récemment pour que les victimes, en très grande majorité des femmes ou des fillettes, voient leur statut de victimes puis leur souffrance psychologique davantage reconnus ». « On se heurte au mur du silence des victimes ; moins de la moitié d’entre elles parlent de leur agression et seulement 10% osent porter plainte ; elles continuent trop souvent à endosser la culpabilité du viol (…) C’est pourquoi il est très important de laisser une large place à leur parole ». Florence Thibaut, professeur de psychiatrie et d’addictologie à l’Hôpital Cochin, Paris, s’adresse dans cet ouvrage aux besoins correspondants.

Onze chapitres. Les premiers font un état des lieux, donnant un aperçu historique, des définitions, puis un panorama de la violence sexuelle en termes chiffrés. Discutant les raisons qui font que les victimes restent si souvent muettes et que les professionnels ne déclarent pas systématiquement les situations. A partir du chapitre 4, on entre dans la pratique : quand faut-il penser à une agression, chez un enfant, un adolescent ? Le chapitre 6 est consacré au point de vue des victimes et le suivant à leurs réactions psychologiques, immédiates et/ou à long terme. Viennent ensuite la législation et les aspects judiciaires, avec le renforcement récent des droits de l’enfant. Le dernier chapitre est consacré à la prévention, y compris l’identification précoce des situations à risque et la problématique Internet. Plusieurs annexes complètent l’information pratique, sur les modalités de signalement, le secret médical auquel il peut être dérogé, l’examen médical et le recueil des preuves.

Des points à noter : La survenue d’abus ne dépend pas de manière importante du milieu social. Le viol entre époux est maintenant condamnable dans la plupart des pays. L’importance aggravante d’un rapport d’autorité ou de dépendance entre abuseur et victime est unanimement reconnue. Le risque est accru de devenir un abuseur si l’on a été soi-même abusé.

S’agissant de pédophilie : se souvenir que « dans la plupart des cas, les signes sont indirects et très peu spécifiques. Ce qui doit alerter, c’est une modification importante du comportement de l’enfant, dans son milieu familial ou scolaire, ne pouvant être expliquée par un évènement identifiable. »

« Difficile pour la victime de faire un choix, sachant que se taire ou parler peut aboutir à la même conséquence : la mort sociale ». Pour l’inceste, des auteurs parlent d’assassinat psychique. On sait la difficulté écrasante, en cas d’inceste, de briser ce « secret entre nous » (abuseur dixit), vu comme une trahison…

Des programmes nécessaires : 1) la mise en place de centres pluridisciplinaires spécialisés d’accueil et d’examen ; c’est heureusement  un domaine où des progrès significatifs sont réalisés, sous l’égide de la médecine légale ; 2) « les soins apportés aux agresseurs sexuels eux-mêmes sont un élément clef dans la réduction du nombre d’abus ». La formation dans ce but d’équipes compétentes permettra de limiter les récidives (un tel lieu vient d'être ouvert à Lausanne, le Centre prévention de l'Âle, rue de l'Âle 30); 3) un rappel qui devrait aller de soi : « il est très important, pour prévenir, de renforcer les programmes d’éducation sexuelle, et d’insister sur la nécessité d’un consentement entre partenaires lors d’une relation ».

 

 

 

28/04/2016

Nouvelle votation sur le DPI - Des signes que le bon sens pourra prévaloir

 

Le 5 juin prochain, nous votons à nouveau sur le diagnostic préimplantatoire (DPI). Après que, par une modification de la constitution fédérale, le peuple en ait accepté le principe à une large majorité, c’est la loi d’application qui est maintenant soumise. Il s’agit donc de permettre à des couples à risque de transmettre une maladie héréditaire grave à leur enfant de bénéficier d’un examen de l’embryon (conçu par une méthode de procréation assistée), avant son implantation chez la mère. La plupart  des pays qui nous entourent  autorisent cette technique, sans que les craintes évoquées chez nous par les opposants se soient concrétisées. Et c’est vers ces pays que les couples suisses concernés sont aujourd’hui contraints d’aller – ce qui à l’évidence est une sélection par l’argent.

Un sondage récent (24 heures du 22 avril) montre que, alors que 20% des citoyens restent indécis, les tenants du oui sont nettement plus nombreux que ceux du non. Et le 23 avril le congrès du parti démocrate-chrétien vient d’apporter une heureuse surprise, en soutenant clairement la loi. Signe de  bon sens, indication de ce que la population garde le recul adéquat vis-à-vis de propos très excessifs qu’on voit réapparaitre dans des états-majors politiques ou religieux, selon quoi la loi ouvrirait toute grande la porte à des dérives (il n’est pas acceptable de caricaturer en parlant de « scénario à la Frankenstein» !). Comme la  Fédération des médecins suisses, qui s’engage pour la loi, je suis de ceux qui encouragent l’électeur à confirmer son vote antérieur.