04/12/2015

Bioéthique dans le monde

 

Je reçois en ligne le bulletin hebdomadaire BioEdge (www.bioedge.org), dont je parcours avec intérêt les informations dans le vaste domaine de la bioéthique. Son responsable est un journaliste scientifique basé à Sydney, Michael Cook, qui anime un second site stimulant, Mercatornet (www.mercatornet.com), dont le logo est « Navigating modern complexities ».

Les articles de Bioedge touchent un éventail d’enjeux. A propos d’un défi majeur, Michael Cook commente l’encyclique ‘Laudato si’ du Pape François : « En un sens, ‘Laudato si’ est une méditation large sur la bioéthique. Il y a toujours eu une tension entre une « bioéthique de la liberté », qui met l’accent sur l’autonomie de la personne et la protection de son intégrité, et une ‘bioéthique globale ‘, qui inclut l’activité humaine dans le milieu. » C’est dans ce sens que François parle d’écologie intégrale.

Bien que souhaitant développer une perspective mondiale, BioEdge parle plus d’Europe, d’Amérique du Nord et du Pacifique Sud - mais le fait est que beaucoup de travaux bioéthiques sont issus de ces régions. Les thèmes de l’euthanasie et du suicide assisté, d’actualité dans plusieurs pays, sont souvent traités.

Au moment où ces lignes sont écrites, BioEdge présente une prise de position du Comité international de bioéthique de l’UNESCO : «  La thérapie génique représente une ligne de partage en médecine. Le « genome editing » (chirurgie/aménagement d’un génome) est une entreprise prometteuse. Toutefois, des interventions sur le génome ne sont acceptables que pour des raisons préventives, diagnostiques ou thérapeutiques et sans que des modifications puissent être transmises aux descendants. » Le CIB demande un large débat sur le potentiel y relatif de la science et, à ce stade, un moratoire sur le « genome editing ». Présentation d’un travail récent du bioéthicien hollando-américain Henk ten Have, pour qui la responsabilité éthique a son origine dans la réalité de la vulnérabilité humaine : « Confronté à la mondialisation et aux défis de la pauvreté, des inégalités, de la dégradation environnementale, le discours bioéthique contemporain ne suffit plus. L’éthique ne rendra pas justice à sa mission si elle fait abstraction de la dimension sociale, et si elle néglige les effets délétères que les mécanismes du marché ont sur la vie de la société. »

Parmi les multiples problématiques abordées : la question (pérenne) de l’objection de conscience, dans divers domaines, la PMA et ses développements parfois ébouriffants, des questions liées à la transplantation, le harcèlement sexiste des chirurgiens femmes en Australie…

En cherchant ce qui concerne la Suisse : en août 2015, un article sur l’arrêt du Tribunal fédéral refusant à un couple gay la paternité d’un enfant né par mère porteuse à l’étranger. En mai était présenté l’enjeu électoral du 14 juin (modification constitutionnelle autorisant le DPI). Notre pays est aussi présent à propos d’assistance au suicide : en 2104, la loi neuchâteloise enjoignant les EMS d’accepter de telles assistances ; auparavant avait été mentionné dans le même canton l’acquittement d’un médecin mis en cause dans un cas de suicide assisté.

Il n’est pas rare d’être déçu de la qualité des articles lus sur des sujets qu’on connait !... Je ne saurais me prononcer sur l’ensemble des livraisons de BioEdge mais il me parait que ses textes et commentaires sont généralement bien informés et équilibrés. Et la pondération, la pesée attentive des enjeux, est une dimension majeure en éthique.

 

 

 

28/07/2014

Einstein et la marche du monde (I)

 

Lecture de vacances… Je me suis plongé dans un recueil d’Albert Einstein (1879-1955), découvreur des lois de la relativité, prix Nobel 1921 - et qui a eu la nationalité suisse de 1901 à sa mort (1). Il s’agit de textes écrits entre 1930 et 1935. Cinq chapitres : le premier intitulé « Comment je vois le monde », les suivants traitant de son pacifisme affirmé, de son engagement contre le national-socialisme (alors que beaucoup restaient timorés), de son attachement à la communauté juive. 

 

Illustrations de ce qu’Einstein se sentait citoyen du monde et était très soucieux de l’instauration d’une convivialité planétaire. Véritable « honnête homme ». Avec des notations qui restent très actuelles.

 

Vivre – Pratique, éthique

 

« Je n’ai jamais considéré le plaisir et le bonheur comme une fin en soi. En revanche des idéaux ont suscité mes efforts et m’ont permis de vivre. Ils s’appellent le bien, le beau, le vrai (…) Si je ne me m’obstine pas inlassablement à poursuivre cet idéal, pourtant inaccessible, la vie n’a aucun sens pour moi. »  "Chaque jour, mille fois, je ressens ma vie, corps et âme, intégralement tributaire du travail des vivants et des morts. Je voudrais donner autant que je reçois et je ne cesse de recevoir ».

 

«  La vertu républicaine correspond à mon idéal politique. Chaque vie incarne la dignité de la personne humaine, et aucun destin ne justifierait une quelconque exaltation de quiconque. Or, le hasard s’amuse de moi, car les hommes me témoignent une invraisemblable et excessive admiration ».

 

« Je me pose une très vieille question. Que dois-je faire quand l’Etat exige de moi un acte inadmissible, une attitude que ma conscience rejette ? Je suis totalement dépendant de la société où je vis, donc je devrais me soumettre ? …  Cette pensée dément violemment le sentiment inné de la justice. »

Le pacifiste – A propos de nationalisme, de politique, de droits des gens  

 « Je hais violemment l’héroïsme sur commande, la violence gratuite et le nationalisme débile. La guerre est la chose la plus méprisable »

 

« N’importe où, en quinze jours, une campagne de presse peut exciter une population incapable de jugement à un tel degré de folie que les hommes sont prêts à s’habiller en soldats pour tuer et se faire tuer ». Quatre-vingt ans plus tard, les effets potentiels des campagnes médiatiques d’un type ou de l’autre restent comparables, mutatis mutandis. A quoi s’ajoutent internet et la galaxie des réseaux sociaux, qui peuvent exciter une population dans le monde entier, et en quinze heures plutôt que quinze jours.

 

 « Les politiciens réactionnaires ont réussi, en agitant le spectre d’un danger extérieur, à sensibiliser l’opinion publique contre toutes les activités des intellectuels. Ils essaient maintenant d’interdire la liberté de l’enseignement. Que doit faire la minorité intellectuelle contre ce mal ? Je ne vois qu’une voie possible : celle de la désobéissance civile, celle de Gandhi ».

 

Des aphorismes. « L’effort d’unir sagesse et pouvoir aboutit rarement et seulement très brièvement ». « Pour être un membre irréprochable parmi une communauté de moutons, il faut être soi-même un mouton ».

 

11:09 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (2)

05/06/2014

On peut vivre heureux sans l'avoir lu...

 

 

 

On peut vivre heureux sans avoir lu un livre qui vient de sortir, intitulé « Prendre soin – Un médecin engagé dans le monde », mais on peut aussi y trouver de l’intérêt ! L’auteur en est le rédacteur du présent blog (merci de ne pas prendre ombrage de ce que je le recommande). Il traite  de nombreux sujets: évolution actuelle de la médecine et de la santé publique (mon métier) bien sûr, mais aussi de problématiques éthiques et d’enjeux  actuels de société. Des préoccupations qui sont largement partagées.

 

En effet, des défis majeurs sont lancés au monde d’aujourd’hui. Quelles voies pour y répondre ? Que représente aujourd’hui « Prendre soin » : des autres, ce que fait la médecine ;  de la collectivité, ce que font la santé publique et la politique ;  de soi… Cet ouvrage apporte des éclairages basés sur mon expérience professionnelle (de médecin cantonal vaudois, auparavant outre-mer durant huit ans). J’ai été passionné par ma profession, à l’interface du système de santé, des institutions et de la société civile.

 

Récemment, j’ai pu m’intéresser particulièrement aux enjeux éthiques au sein de la Commission nationale suisse d’éthique. 

 

 

 

Huit chapitres :

 

  • Soignés et soignants

  • Une médecine et un système en évolution rapide

  • Ethique – Comment faire pour bien faire ?

  • La société change

  • Le monde dans lequel nous vivons

  • Etrange, étranger…. – Autres cultures et contextes

  • Prendre soin de soi et du monde

  • Découvertes, ailleurs

 

De la préface du Rédacteur en chef du Bulletin des médecins suisses :

 

« Jean Martin expose des points de vue originaux, avec une vraie capacité à mettre le doigt sur le pouls de notre temps ».

 

 

 

On peut vivre heureux sans le lire mais... si vous vous laissez tenter (Fr. 29.-), s’adresser à M. R. Bienz, aux Editions EMH :

 

r.bienz@schwabe.ch

 

 

 

 

 

 

 

23:44 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (1)