24/01/2012

De ces choses qui font plaisir

Alors que j'étais médecin cantonal au Service dela santé publique, nous voyions arriver en fin d'après-midi , vers 18 h., des personnes chargées de nettoyer nos bureaux. Comme je restais jusque vers 19 h., cela donnait l'occasion de discuter quelque peu.

Je viens d'avoir des nouvelles d'une dame tamoul qui faisait ce travail il y a dix à quinze ans. Souriante, aimant bien engager la conversation malgré son fançais fragmentaire, dont on voyait qu'elle faisait beaucoup d'efforts pour s'intégrer. Elle nous parlait de ses enfants à l'école primaire.

Je viens d'apprendre que, aujourd'ui, lesdits enfants sont l'un ingénieur en mécanique de l'EPFL, l'autre étudiante à l'université.

Une de ces choses qui vraiment font plaisir, qui font passer une excellente journée

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07/10/2011

Les grands progrès qu'on doit à l’éducation sexuelle

Chacun a le droit strict d’avoir ses idées sur l’éducation sexuelle à l’école et les moyens mis en œuvre. Toutefois, les réserves qu’on peut émettre sont une chose, les faits en sont une autre. Ainsi, il est bien démontré que les jeunes qui ont bénéficié d’éducation sexuelle ont des relations sexuelles moins précoces, moins fréquentes et moins à risque que leurs congénères qui n’en ont pas eu. N’est-ce pas là un résultat qui doit satisfaire les promoteurs d’une éducation moderne comme ceux qui, de longue date, imaginent qu’informer et dialoguer à propos de sexualité, c’est ouvrir la porte à la débauche. Les craintes grotesques et les blocages puritains d’une partie notable de la population des Etats-Unis à cet égard valent à ce pays les taux les plus navrants de grossesses chez les adolescentes. Occasion de rappeler que, depuis trente ans, le nombre d’interruptions de grossesse en Suisse a nettement baissé, d’un tiers ; on le doit en particulier à l’éducation sexuelle mise en place. Il faut rappeler que les grandes difficultés liées à une information insuffisante (moralisante, « sélective », on ne touche pas les sujets délicats) sont plus fréquentes dans les milieux défavorisés. Comme médecin cantonal qui avait à suivre le dossier de l’interruption de grossesse, j’ai constaté chez certaines jeunes filles un véritable « analphabétisme » sexuel, menant aux relations non consenties, troubles psycho-sociaux et malheurs qu’on sait. Le différentiel social des risques de problèmes comme, à l’inverse, des chances de disposer des moyens de se sortir d’un mauvais pas, est ici majeur. Enfin, faut-il rappeler un effet actuel d’un certain « libéralisme », à savoir la marée pornographique sur la toile, à laquelle les jeunes aussi trouvent accès. En plus de ses mérites déjà démontrés, l’éducation sexuelle dès l’école contribue à contrecarrer les effets délétères de ces dérives.

 

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23/09/2011

« Le problème, ce ne sont pas nos corps, ce sont les barrières ! »

 

Phrase qui étonne … prononcée début juillet, à la Fondation Brocher près de Genève, par Tom Shakespeare, bioéthicien britannique au sein de la section chargée du handicap au Siège de l’OMS. Lui-même est achondroplasique (nain), est donc limité dans ses aptitudes par sa petite taille et se déplace en chaise roulante (NB : certaines des positions ci-dessous sont remarquables dans la bouche d’une personne handicapée mais pourraient être une expression de banalisation et de manque d’engagement dans celle d’un autre). Il faisait un exposé dans le cadre d’une Académie d’été organisée par le Hastings Center (New York), institut connu de bioéthique, consacrée à la problématique de l’ « amélioration de l’être humain » (enhancement).

 

Il a eu la formule citée en titre en parlant de promotion des droits des handicapés; droits à une vie aussi libérée de contraintes que possible. Elle m’a frappé comme illustrant vivement ce qu’est la santé publique, domaine où j'ai oeuvré durant trente ans. C'est la branche de la médecine et de la politique de santé qui a pour objet le bien-être optimal des gens, au sein de la société;  elle veut permettre d’avoir la vie la plus autonome, la plus « praticable » et satisfaisante possible, dans son milieu ; une vie dans laquelle on ne se voit pas interdire l’accès aux potentialités de réalisation et de plaisir qu’ont la plupart de nos congénères. Shakespeare dit « le handicap est le produit de l’interaction entre des corps ‘limités' et des environnements sociaux qui excluent ».

 

Par barrières, il faut entendre ici tout ce qui nous bloque, diminue la qualité de vie. Qualité de vie liée, entre autres facteurs, à l’accès à une eau et des aliments sains, à la lutte contre les maladies infectieuses, à l’évitement de pollutions de toutes sortes, à la libération de la dépendance au tabac et d’autres produits, à ce qui rend malaisé l’exercice physique, parmi d'autres.

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