14/01/2020

Une découverte importante qui les étonne : y a-t-il un problème avec le climat ?...

Dans son verdict d'hier lundi dans le procès des jeunes activistes qui ont passé une heure dans le lobby de l'agence de Lausanne de Credit suisse il y a un an, le Tribunal leur accorde d'avoir agi en état de nécessité. Point d’importance majeure. Cela veut dire qu'il y avait danger imminent, pas détournable par d'autres moyens et qui menace sérieusement leurs santés voire leurs vies.

Intéressant de voir comment un certain nombre de notables, entre autres politiques et juristes, semblent découvrir qu'il y a dérèglement climatique. Sortent-ils d'un long coma, d'un séjour sur une ile perdue loin du monde? Où donc est cette urgence, demandent-ils?

Il y a là une illustration de l'attitude qui nous est actuellement trop fréquemment servie, consistant à penser que les faits scientifiques établis depuis une quarantaine d'années, sur lesquels plus des 95% de la communauté scientifique se rejoignent et dont les effets se font de sentir de plus en plus vivement (voir les incendies en Australie en ce moment, ou la fonte des calottes polaires) ne valent pas mieux que les convictions ou intuitions personnelles de chacun. Un peu court, trop simple. Mais bien sûr ces faits nous sortent de notre zone de confort.

Alors lesdits notables en restent à leurs conversations, imperméables aux dangers qui se concrétisent chaque jour un peu plus, indifférents à l'idée que ce serait mieux si nos petits-enfants bénéficiaient encore de conditions de vie vivables. Business as usual ...

15/06/2019

Des affiliés de la CPEV veulent qu'elle se montre responsable en désinvestissant les combustibles fossiles

Un groupe d’affiliés de la Caisse de pensions de l’Etat de Vaud très concernés par l’urgence climatique, animé par Etienne Schaufelberger, s’est constitué sous le nom de Divest-Vaud. Ils interpellent la Caisse en demandant un réexamen - urgent - de leurs modalités d’investissement. Ceci dans la foulée, entre autres, de l’action exemplaire du quotidien britannique « The Guardian », qui a fait du climat un thème prioritaire et met en exergue la formule "Laissez les combustibles fossiles sous terre".

Renoncer à ces énergies est un facteur majeur pour réduire les émissions de gaz à effet de serre. Et les mécanismes financiers usuels (ceux de la bourse) sont ici un levier potentiellement efficace. Si on parvient à convaincre les grands organismes financiers d’aller vers le désinvestissement, l’attrait de ces valeurs va beaucoup baisser et l'exploitation ces  énergies diminuera - comme diminuera le CO2 émis dans l’atmosphère. En réalité, quand la bulle (financière) carbone éclatera, les milliards investis dans les réserves fossiles s’évaporeront...  

 Une douzaine de personnalités romandes étaient réunies à ce propos à Lausanne le 24 mai dernier, pour inviter la CPEV à développer une stratégie respectant l'Accord de Paris de 2015. De cette manière, la Caisse non seulement donnerait un signal fort pour l’avenir des Vaudois, mais pourrait améliorer le rendement de ses investissements. Il importe que les affiliés de la CPEV s’interrogent : « Voulons-nous que nos retraites participent à un meilleur avenir ? » Comme eux, tout citoyen-ne concerné-e est invité-e à soutenir cette démarche via la plateforme en ligne divest-cpev.ch.

 Rappel : le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) a depuis longtemps sonné la sonnette d'alarme : un réchauffement de 4 degrés serait synonyme de catastrophes inouïes ; par exemple jusqu'à 75% des habitants de la planète pourraient être victimes - jusqu’à en mourir - de vagues de chaleur meurtrières. Or, chez nous, l’Office fédéral de l'environnement a rendu attentifs les investisseurs au fait que leur comportement actuel favorise une augmentation de température de l’ordre de 4 à 6 degrés avant la fin de ce siècle - alors que l’Accord de Paris entend la limiter à 1,5 degré.

 La réunion du 24 mai s’est tenue dans la Salle capitulaire de la Cathédrale de Lausanne. Frappant de penser que, pour discuter d’enjeux majeurs à très court terme (quelques décennies au plus), on se réunissait dans un bel espace gothique, illustrant la continuité et la (relative) stabilité historiques au cours des siècles. A vrai dire, on aimerait sauvegarder une stabilité… Extraits des propos d'orateurs de haut vol.

 « Entre l'égoïsme darwinien et l'altruisme humain, la raison dit de s'engager pour le  second », a affirmé le Prix Nobel Jacques Dubochet, qui depuis des années est de tous les combats pour la solidarité et le maintien d’un environnement vivable.

Margherita, représentant la Grève/Marche des jeunes pour le climat qui s’était déroulée peu auparavant dans les rues de Lausanne. « Quand j'ai rejoint le mouvement, j'avais déjà réduit ma consommation de viande et ma production de déchets, dit-elle. J'achetais local, de saison, de seconde main, je privilégiais les transports publics. La grève du climat valorise ces petits gestes du quotidien mais reconnaît leur limite. L'impact des actions individuelles est bien modeste face à celui des grands acteurs. Et ça fait peur. »

Susana Jourdan, cofondatrice des Artisans de la transition, a présenté leur travail - répercuté notamment par La Revue Durable. Charles Kleiber, ancien Directeur général du CHUV et ancien Secrétaire d'Etat, grand-père sans voiture de quatre petits-fils sans permis de conduire (!), a souligné les défis lancés au modèle occidental de démocratie libérale, actuellement menacé, érodé par des tentations autoritaires et les invasions de " fake news". 

Selon l’avocat Luc Recordon, ancien conseiller aux États, la pression économique est un puissant facteur de modification des comportements qu’il faut employer pour enrayer le dérèglement climatique. La prise de conscience des milieux financiers commence.

Les Grands Parents pour le Climat étaient représentés (en plus de Jacques Dubochet !) par Laurence Martin: « Au soir d'une vie remplie notamment par la vie associative, j'avais fait des adieux sereins à ces activités. Je pensais que le temps était venu du repli sur la famille et la méditation. Pourtant, La Revue Durable allait bouleverser ma perspective, il y a cinq ans, en relatant que des Grands-parents du monde entier se mettaient en route pour ne pas mourir de honte face à leurs petits-enfants. Parce que notre génération a aveuglément cédé à des habitudes de pillage et de gaspillage éhonté. »

Personne, individu, entreprise ou corporation, banque ou caisse de pensions, gouvernement, personne n’a seul les moyens de résoudre le problème. Et ne croyons pas à ceux qui manifestent une fois inébranlable dans les prouesses à venir des technologies, qui régleraient d’un coup de baguette magique les problèmes dramatiques et urgents actuels. L’action de Divest-Vaud est hautement pertinente.

 

 

 

 

 

 

 

25/09/2018

Récit substantel et attachant d'un médecin de famille vaudois

A propos de: Christian Danthe - Un rescapé de l’absolu

1450 Sainte-Croix : Editions Mon Village, 2018.

Le Dr Danthe a été médecin de famille à Vallorbe, dans le Jura vaudois, durant 35 ans. Il a toujours été intéressé par la réflexion et l’écriture et, à sa retraite, a repris dans son galetas sa « nécropole de papier », les cinq cents dossiers de ses patients décédés (sur une patientèle de six mille personnes).

« Au fond de moi, j’ai conscience d’être habité par ceux que j’ai rencontrés. Je suis tissé des autres. Les métamorphoses de la vie active ont ébranlé mes certitudes au profit de représentations plus souples. C’est le souvenir des relations qui donne un sens à l’ensemble du cheminement. » « Ce qui apparaissait futile a gagné en gravité. La vie est transgression. Le timide a enfin osé son cri de colère, la servante s’est mise à danser, le prêtre est tombé amoureux. » « J’ai mis quelques dizaines d’années pour apprendre à m’émerveiller des ressources des personnes et à me débarrasser de mon tic spirituel qui consistait à juger, à normaliser. »

Au cours de 38 chapitres, se basant sur les histoires qui lui ont été confiées, l’auteur développe des réflexions substantielles. D’abord son enfance dans un milieu évangélique. Il est aujourd’hui agnostique mais reste marqué par les Ecritures. Les philosophes grecs et romains sont aussi présents, avec ceux de Lumières et certains modernes – mais aussi les chamanes.

Parmi les thèmes débattus : les aléas de l’existence bien sûr, la mort et l’attitude devant elle, la mort/imprévue, la croyance ou pas à une vie après la vie, la mort de l’animal compagnon. Et aussi l’amour et la perte de l’aimé, l’enfant homosexuel (il y a quelques décennies), le sida, une migrante bohémienne et les risques de racisme - et même des revenants rendant visite à un proche ! Terminant par l’actualité, « les tentations messianiques » et transhumanistes.

Mes confrères médecins ne sont pas rares qui ont, au terme de leur carrière, pris la plume pour parler de celle-ci. L’essai (en termes de rugby) de Christian Danthe est réussi. Ouvrage bien écrit, « buissonnant » comme disent les Vaudois, nourrissant par ses récits de compagnonnage avec ceux qui le consultent. Dans ses dernières lignes : « Le moment venu, j’aimerais me retirer sur la pointe des pieds en disant : ‘C’était imparfait mais c’était bien’ ».

Un rescapé de l’absolu est à recommander. Sans doute faut-il un peu de temps pour lire ces quelque 500 pages mais tentez la lecture, elle en vaut la peine.